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« Mon île de Montmajour » , dans la crypte Saint-Benoît…

Dans un article précédent, nous avions fait part de notre enthousiasme après la visite de l’exposition « Mon île de Montmajour »  dont Christian Lacroix a assuré le commissariat et la scénographie. Dans la série qui commence avec ce billet, il s’agit d’exposer plus en détail ce qui a retenu notre attention.

Le parcours débute par la crypte Saint-Benoît. La transition avec le monde extérieur est très prononcée, presque brutale. L’épaisseur des murs massifs et le poids des arcs en plein ceintre d’une architecture héritée de l’antiquité romaine, la température, l’humidité, la lumière, le silence plongent le visiteur dans un univers  imprégné de mystère…

En partie creusée dans le rocher sur le côté sud, cette partie basse de l’abbatiale date du XIIe siècle. Elle est bâtie sur un plan concentrique avec un transept, muni de deux absidioles, qui ouvre sur une rotonde centrale entourée d’un déambulatoire desservant cinq chapelles rayonnantes. Cette église basse est  un des chefs-d’œuvre architecturaux de Montmajour. Elle était vouée à la liturgie, aux offices privés et aux offices funéraires. Un accès conduit au cimetière qui entoure le chevet.
Une faible lumière naturelle  pénètre par d’étroites ouvertures percées dans le mur des chapelles rayonnantes de l’abside.

Lacroix a su exploiter avec bonheur l’ambiance un peu surnaturelle qui se dégage du lieu.

Dans le côté sud du transept creusé dans la roche, un chœur d’anges féminin semble flotter dans une atmosphère à la lumière dorée…  Les costumes pour le chœur de femmes d’un « Aïda » de Verdi monté à l’opéra de Cologne en 2010 trouvent ici un deuxième emploi et semblent pourvus d’une vie saisissante et magique.

À l’opposé, au nord, dans une relative obscurité renforcée par l’épaisseur croissante des arcs-doubleaux, une étrange lumière et une musique mystérieuse sont émises par deux « ampoules » de verre, posées sur une table métallique noire. La crypte prend ici l’allure d’un laboratoire d’alchimie…

Espace résonné est une œuvre de Pascal Broccolini qui décrit ainsi ce travail :  « Le projet développé pendant deux ans avec l’équipe du CIRVA est une expérience à partir d’un phénomène sonore rare, « l’harmonique infini ». Il s’agit de réaliser une série de résonateurs acoustiques en verre et de démultiplier en chaîne le phénomène de la fréquence de résonance, jusqu’à ce que l’ensemble du système se mette en effet de bouclage »[1].

Robert Wilson, célèbre metteur en scène de théâtre et d’opéras américain, qui a collaboré avec Philip Glass à la création du mémorable Einstein on the Beach, est aussi un plasticien remarquable. Il a travaillé au CIRVA entre 1994 et 2003. Lacroix a sélectionné  six de ses œuvres réalisées à Marseille pour une présentation dans la crypte.
Concept 7 trouve naturellement place sur l’autel de la rotonde, évoquant les porte-cierges et le mobilier liturgique.
La mise en valeur de Concept 1,2,3,5,6 dans les cinq chapelles rayonnantes du déambulatoire est particulièrement réussie. Sur des socles en bois brut, suggérant les autels disparus, les urnes/calices de verre à la forme similaire, mais au traitement à chaque fois différent, accrochent de façon prodigieuse la lumière changeante et particulière à chaque chapelle. La forme et l’épaisseur de ces objets sont en parfaite concordance avec les profils architecturaux du lieu.

À propos des œuvres et des créateurs :

Pascal Broccolichi
Né en 1967 à Antibes. Vit et travaille à Cagnes-sur-Mer. Il travaille au CIRVA de 2011 à 2013. À travers un vaste programme de recherche acoustique, le travail de Pascal Broccolichi prend sa source dans une approche focalisée sur l’écoute et le son envisagés comme un vocabulaire de formes qui se prêtent à la création d’installations.
http://www.pascalbroccolichi.com/

Robert Wilson
Né en 1941 au Texas (USA). Vit et travaille à Watermill (USA). Il travaille au CIRVA régulièrement de 1994 à 2005. Plasticien et metteur en scène pour le théâtre et l’opéra, Bob Wilson réalise une œuvre pluridisciplinaire en passant par tous les médiums. Tout son travail est traversé par les forces qui s’opposent et l’idée des contraintes et des contraires. Partant toujours du dessin, les formes qu’il imagine pour le CIRVA construisent peu à peu un ensemble qui tend à définir une échelle de valeurs sur l’idée de la lumière, allant de l’opacité à la translucidité.
http://www.robertwilson.com/

En savoir plus :
Billet du 16 avril : Christian Lacroix investit l’Abbaye de Montmajour
Sur le site du centre des monuments nationaux
Sur le site de Marseille-Provence 2013
Sur le site Arles Marseille-Provence 2013
Sur le site du CIRVA

 

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« Mon île de Montmajour » par Christian Lacroix avec le CIRVA, Arles

EntréeLibre parcours de Christian Lacroix à l’abbaye de Montmajour du 5 mai au 3 novembre 2013.
Exposition dans le cadre de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la Culture.

Montmajour est un lieu unique et  magique situé à cinq kilomètres d’Arles. La colline (Mons Majoris) était autrefois une véritable île entourée de marais et dont l’accès ne pouvait se faire qu’en barque. Autour du marais qui fournissait poisson, gibier et pâturages, s’est édifié un riche domaine agricole. Des moines bénédictins y  ont vécu jusqu’en 1790. Ils ont construit deux ensembles monastiques : le monastère Saint-Pierre (Xe-XVe siècles) et le monastère Saint-Maur (XVIIIe siècle). Après la Révolution, l’abbaye, dépouillée de ses pierres de taille et de ses charpentes,  a été réduit à l’état de ruine.

Pour le jeune Christian Lacroix, l’endroit était un véritable lieu d’aventure où il partait avec ses amis à la recherche d’un trésor disparu et imaginaire, le fameux collier de la reine… Ce terrain de jeux et d’escapades deviendra lieu « de rendez-vous d’amour et de travail, lieu de culture et de méditation ».

Créé il y a trente à Marseille, le CIRVA (Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques) voulait depuis longtemps que Christian Lacroix mette en scène une sélection de pièces parmi les quelques 600 œuvres de verre qu’il détient… Le lieu qui restait  à trouver… et il le fut, lorsque Véronique Legrand et le Centre des monuments nationaux proposa à Christian Lacroix une carte blanche à Montmajour.

Le couturier arlésien explique dans le livret offert au visiteur : « j’ai pu choisir mes œuvres favorites parmi celles déposées au CIRVA depuis trente ans exactement cette année, et les disposer au fil des différents espaces du site, accompagnées de photos, peintures et  installations d’art contemporain ou de pièces su XVIIIe issues des collections de la Visitation de Moulins et provenant des couvents des Visitandines du Midi. Avec, aussi, une invitation particulière à Gérard Traquandi qui a réalisé dans l’église des toiles spécialement inspirées par les lieux. Ainsi que quelques costumes d’Opéra que j’ai créés pour une «Aïda» à Cologne
J’espère ainsi montrer l’abbaye de Montmajour sous un jour inattendu et authentique a la fois, et faire découvrir les collections du CIRVA en leur faisant rencontrer et raconter en filigrane un des monuments les plus particuliers du pays d’Arles et de la région marseillaise
».

On retrouve dans cette exposition la qualité, la séduction et l’intelligence des accrochages auxquels Lacroix nous a habitué depuis la mémorable carte blanche qui lui avait été offerte par le musée Réattu en 2008, en passant par l’invitation à dialoguer avec les Picasso d’Arles en 2012.

Les œuvres sont magistralement mises en valeur, leur intégration aux différents espaces du site est parfaite. Des dialogues souvent très riches se tissent entre les pièces présentées.

Les surprises sont multiples, parfois spectaculaires mais aussi pleines d’émotion et parfois teinté d’un humour plein de retenue…

Cette exposition d’une grande richesse est à découvrir de toute urgence, avant les afflences probables de la saison estivale. Sa très grande richesse nous conduit à envisager la publication, dans les prochains jours, d’une série de billets pour en présenter les éléments les plus marquants.

Premier billet : « Mon île de Montmajour » , dans la crypte Saint-Benoît…

Soulignons que le personnel présent dans le parcours de visite est particulièrement aimable et attentif. Il sait faire preuve de beaucoup de tact, de gentillesse et de pertinence dans ses échanges avec les visiteurs.

Quelques vues de l’exposition de Didier Plowy / CMN Paris  (Cliquez sur une photo pour lancer un diaporama)

En savoir plus :
Billet du 16 avril : Christian Lacroix investit l’Abbaye de Montmajour
Sur le site du centre des monuments nationaux
Sur le site de Marseille-Provence 2013
Sur le site Arles Marseille-Provence 2013
Sur le site du CIRVA

Le CIRVA (Centre International de Recherche sur le Verre et les Arts plastiques)

Centre d’art contemporain créé en 1983 à l’initiative du Ministère de la Culture, le CIRVA est installé depuis 1986 à Marseille dans un ancien bâtiment industriel, en plein coeur du quartier Euroméditerranée. Atelier verrier de recherche et de création contemporaine, le CIRVA accueille des plasticiens, designers ou architectes ayant des pratiques variées et désirant introduire le verre dans leur démarche créatrice. Ces artistes développent leurs projets de recherche et de réalisation, assistés de l’équipe technique du Centre, selon les modalités et le rythme convenant à chacun des projets.

Les artistes accueillis se confrontent alors, le plus souvent pour la première fois, à une matière fascinante mais difficile à maîtriser. Chacun des artistes révèle dans le matériau ce qui contribue à enrichir sa propre démarche. Sous la conduite de l’artiste, l’équipe qui l’assiste s’efforce d’ajuster la palette des techniques et des savoir-faire disponibles au plus près du projet artistique. Cette attitude les amène quelquefois à inventer de nouveaux procédés, et parfois même les outils propres à leur collaboration. Par exemple, la technique Mistral – verre projeté à chaud – imaginée par Gaetano Pesce, est née au CIRVA et a fait l’objet d’un dépôt de brevet.

Depuis plus de vingt ans, le CIRVA a accueilli quelque 200 artistes pour des projets divers, dans les domaines de l’art contemporain et du design ou des arts décoratifs. Il possède une collection d’environ 600 œuvres qui sont montrées au cours d’expositions dans des musées, centres d’art ou galeries à travers le monde.

L’abbaye de Montmajour

Montmajour se dresse sur la vaste plaine marécageuse de la vallée des Baux. A 5 kilomètres d’Arles, le glorieux Mons Major des chartes médiévales n’est qu’une modeste butte calcaire de 43 mètres d’altitude, qui jadis, formait une véritable île cernée par des eaux mortes, et dont l’accès ne se faisait qu’en barque. Autour du marais primitif qui fournissait poisson, gibier, pâturages et plantes d’oeuvre, s’était constitué un riche domaine foncier de terres à blé, vignes, oliviers, bois, cours d’eau, moulins, salines, pêcheries avec leurs serfs, leurs tenanciers et leurs dîmes. Des moines bénédictins y vécurent selon la règle de Saint-Benoît de Nurcie jusqu’en 1790. Ils édifièrent deux ensembles monastiques.

Le monastère Saint-Pierre (Xe-XVe siècles) : de ce premier lieu subsiste l’ermitage Saint- Pierre en partie aménagé dans le rocher sud. La nécropole rupestre fut aménagée au sommet de la colline et autour de la chapelle funéraire Sainte-Croix (XIIe siècle), véritable reliquaire architectural. La tour Pons de l’Orme (XIVe siècle) surplombe ce premier ensemble et offre à son sommet un panorama vers Arles, Tarascon, La Crau, Les Alpilles.

Le monastère Saint-Maur (XVIIIe siècle) : lieu de vie de la communauté réformée bénédictine de Saint-Maur installée à Montmajour en 1639, il fut édifié à partir de 1703 jusqu’en 1736. Il est actuellement en cours de restauration avant son ouverture à la visite. À l’origine de l’abbaye, étaient présents des hommes ayant choisi la solitude et la méditation sur le rocher de Montmajour. Jadis cerné par des eaux mortes, le but premier du site était d’accueillir les morts. En quelques décennies, ces hommes donnèrent naissance avant l’an mille, à une puissante abbaye bénédictine, avec au sommet du rocher une grandiose abbatiale consacrée à la Vierge. Les grandes familles firent preuve de générosité envers l’abbaye qui devint une sorte de sanctuaire dynastique.

À la fin du XIIIe siècle, l’autorité de Montmajour également renforcée par la possession d’une relique – fragment du bois de la vraie croix – couvrait alors 56 prieurés. Ce fut dans le courant du XIVe siècle que la décadence de l’abbaye débuta, avec la terreur, la dévastation des terres et de la population par le passage des « Grandes Compagnies », les épidémies de peste, de famine… Au XVIIe siècle, Montmajour connut grâce à la congrégation de Saint-Maur, une restauration spirituelle et matérielle, ainsi que la construction de nouvelles bâtisses ; les marais furent asséchés permettant l’augmentation des terres cultivables. Après la Révolution, l’abbaye fut dépouillée de ses pierres de tailles, de ses charpentes… la réduisant à l’état de ruine. Il fallut attendre 1840 pour que Prosper Mérimée, inspecteur des monuments historiques, la fasse classer et la sauve. L’abbaye de Montmajour est ouverte au public par le Centre des monuments nationaux.

Perturbations, parcours céramique & verre contemporain

Perturbations, parcours céramique & verre contemporain au musée Fabre

Du 31 mars au 16 septembre 2012, l’Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, département des Arts décoratifs du musée Fabre de Montpellier Agglomération, accueille 80 œuvres en céramique et en verre d’une trentaine d’artistes, dans le cadre de l’exposition Perturbations.

Fruit d’un partenariat entre le musée Fabre de Montpellier Agglomération et Ateliers d’Art de France, l’exposition vient déranger l’ordre établi de cet hôtel particulier, et se fondre au sein des collections qui reconstituent fidèlement le cadre de vie d’une famille bourgeoise montpelliéraine aux XVIIIe et XIXe siècles.

Confronter l’expression contemporaine et les collections historiques

Les œuvres présentées par Perturbations ont été réalisées par une trentaine d’artistes, jeunes talents et artistes confirmés, français et étrangers. En confrontant les générations et les styles, elles donnent un aperçu de la création céramique et verrière contemporaine.
Sur les trois niveaux de l’Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, Perturbations vient bousculer les œuvres anciennes de l’hôtel particulier, en proposant une mise en perspective de la céramique utilitaire et de l’argenterie des vitrines du rez-de-chaussée, ou se fondant dans les décors des étages. Dans ce lieu aux décors opulents et somptueux, les œuvres contemporaines de Perturbations, qui s’égrènent au fil du regard, jouent du contraste ou de l’harmonie dans ce cadre raffiné. Parfois ludiques, caustiques, impétueuses ou provocantes, elles aspirent toutes à chahuter la sérénité de l’illustre demeure bourgeoise.

Via museefabre.montpellier-agglo.com