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Miró, Vers l’infiniment libre, vers l’infiniment grand, au musée Paul Valéry, Sète

Jusqu’au 9 novembre 2014, le Musée Paul Valéry  présente près de70 œuvres ( peintures, œuvres sur papiers et quelques sculptures) dans  l’exposition intitulée Miró – Vers l’infiniment libre, vers l’infiniment grand.

Le projet

Dans son introduction au très riche catalogue, Maithé Vallès-Bled, directrice du Musée Paul Valéry et commissaire général souligne que son projet n’est pas celui d’une rétrospective, comme de nombreuses exposition consacrées à Joan  Miró, mais une volonté de « mettre en évidence tout à la fois l’extrême liberté de l’artiste sur les plans de l’esthétique, de son regard sur les guerres qui, en Espagne et en Europe, ont traversé son époque, de la représentation de la femme, et son aspiration à introduire dans ses œuvres une cosmogonie personnelle spontanément liée à l’immensité des espaces célestes ».

Maithé Vallès-Bled_1
Maithé Vallès-Bled, directrice du Musée Paul Valéry et commissaire général de l’exposition. Joan Miró, Oiseau dans la nuit, 8 décembre 1967, Huile sur toile, 190 x277 cm. Collection particulière, Suisse. (Cat.33)

Elle en précise également la démarche, tout en justifiant les éléments du titre de l’exposition :

Vers l’infiniment libre car, dans toutes les étapes qui scandent sa production, Miró ne cesse d’exprimer une indépendance d’esprit qui le maintient à l’écart de toute adhésion définitive à quelque doctrine que ce soit, si proche a-t-elle parfois pu lui paraître.

Ainsi, n’adhère-t-il jamais formellement au surréalisme, ainsi son nom n’est-il jamais mentionné dans les différents manifestes successivement publiés par André Breton. Car si le surréalisme correspond alors à son éloignement de toute représentation de la réalité visible, extérieure, il est loin d’en suivre tous les dogmes, comme n’a cessé de le lui reprocher André Breton – qui reconnaîtra cependant que sa production «atteste d’une liberté qui n’a pas été dépassée ».

Joan Miró, Peinture, 1925 - Cat.4
Joan Miró, Peinture, 1925. Huile sur toile, 65 x 81 cm. Collection particulière. Cat.4

Miró laisse un total libre-cours à la spontanéité. Sur ce chemin de liberté apparaissent les formes simples, géométriques, dépouillés, irréelles mais toujours identifiables, livrant une vision du « sujet » tout aussi lyrique qu’onirique.

(…) Un chemin de liberté sur lequel apparaît une représentation de la relation homme/femme relevant, avec le thème récurrent femme/oiseau (le mot oiseau étant en catalan, comme en français une désignation du sexe masculin), d’une symbolique érotique et poétique née spontanément sous le pinceau.

(…) C’est également sur ce chemin de liberté que s’expriment les positions politiques de l’artiste face aux drames contemporains de la guerre civile espagnole et de l’Europe en guerre ne manquent pas d’être présentes dans son œuvre.

Joan Miró, Peinture, 1936 - Cat.12
Joan Miró, Peinture, 1936. Technique mixte sur mansonite, 78 x 108 cm. Collection particulière, Suisse. Cat.12

(…) L’esthétique de Miró convie enfin à une interrogation sans cesse renouvelée de l’infiniment grand. Une esthétique issue d’une calligraphie inventée qui, des Constellations des années 1939-41 aux compositions des années 1970 évoquant une cartographie du ciel, en passant par l’expérience plus abstraite des monochromes – expression d’une extrême liberté dans laquelle se dissipe tout signe -, laisse l’univers envahir la surface de la toile. « On trouve très souvent des étoiles dans mon œuvre, devait préciser le peintre, parce que je me promène souvent en pleine nuit, je rêve de ciels étoilés et de constellations, cela m’impressionne et cette échelle de l’évasion qui est très souvent mise en valeur dans mon œuvre représente une envolée vers l’infini, vers le ciel en quittant la terre. » C’est à cet univers de symboles célestes, recourant à la poétique d’un langage pictural tout autant novateur qu’initiateur, que s’attachera également cette exposition. Un infiniment grand conduisant Miró à introduire dans ses tableaux, ainsi qu’il le précisait, « de toutes petites formes dans de grands espaces vides », et à formuler la quête ultime de sa démarche : « Ce que je cherche, c’est le mouvement immobile, quelque chose qui soit l’équivalence de l’éloquence du silence ».

Joan Miró, Personnages, oiseaux du 28 mars 1976. Huile sur toile, 162,5 x 316,5 cm. Collection particulière, Suisse. Cat.67
Joan Miró, Personnages, oiseaux du 28 mars 1976. Huile sur toile, 162,5 x 316,5 cm. Collection particulière, Suisse. Cat.67

L’exposition

L’exposition que nous présente Maithé Vallès-Bled est une invitation à un regard attentif et renouvelé sur le travail de Miró.

Les œuvres proposées sont rares, pour la plupart issues de collections privées, certaines exceptionnellement montrées. On retrouve certaines toiles de la collection Nahmad qui avaient été présentées au Kunsthaus de Zurich,en 2011. Quelques prêts sont issus de collections publiques (Centre Pompidou) et de la fondation Pilar i Joan Miró à Majorque et de la galerie Lelong à Paris.

Maithé Vallès-Bled, directrice du musée Paul Valéry, Joan Punyet Miró, petit-fils de Joan Miró et Elvira Cámara López, directrice de la fondation Pilar i Joan Miró à Majorque.
Maithé Vallès-Bled, directrice du musée Paul Valéry, Joan Punyet Miró, petit-fils de Joan Miró et Elvira Cámara López, directrice de la fondation Pilar i Joan Miró à Majorque.

L’accrochage sobre et sans effet assure un parcours fluide et clair. Il propose des rapprochements pertinents et évocateurs. L’éclairage est parfait, à de rares exceptions près pour quelques œuvres graphiques protégées par des vitrages.

Chaque cartel est accompagné d’une citation, souvent instructive et congruente. Majoritairement extraites de correspondances et d’entretiens avec Joan Miró, certaines proposent le regard d’amis, d’artistes, d’écrivains ou de critiques (Michel Leiris, Sebastia Gash, Tristan Tzara, André Breton, Alberto Giacometti, Patrick Waldberg, Antoni Tapies, Eugène Ionesco, Marcelin Pleynet, Jacques Dupin…)

Les textes de salle sont d’une très (trop ?) grande sobriété. Ils introduisent très brièvement chacune des quatre sections qui articulent le parcours de visite.

La scénographie, assez austère, invite le visiteur à un réel engagement dans sa découverte des peintures, œuvres graphiques et sculptures exposées.
La lecture attentive des textes qui accompagnent les cartels offre cependant des clés judicieuses pour apprécier les œuvres et pour comprendre le propos de cette très belle exposition.

Le catalogue publié par les Éditions Midi-pyrénéennes  est très complet. Les notices d’œuvres sont exemplaires (ce qui devient rare). Elles sont accompagnées de repères biographiques et d’une bibliographie synthétique de qualité.  Les essais éclairants sont signés Joan Punyet Miró, Christophe Averty, Jacqueline Munck, Rémi Labrusse et Stéphane Tarroux.

Le parcours de visite

Ouvert par un portait photographique de Miró par Yousuf Karsh, en 1966, le parcours s’articule en quatre sections. Nous empruntons les titres suivants au catalogue.

Miró par Yousuf Karsh, en 1966
Miró par Yousuf Karsh, en 1966

Vers une liberté esthétique

Dans cette séquence, trois petites salles et une dizaine d’œuvres suffisent à exposer le chemin vers la liberté emprunté par Joan Miró.
Des années de jeunesse à Barcelone, une huile sur bois de 1916 (Cat.1) et deux sur toiles de 1917 (Cat.2 et 3), nature morte et paysages montrent la période dite fauve de Miró, les influences de Van Gogh et Cézanne.

L’arrivée à Paris dans les années 1920, la rencontre de Picabia, l’amitié avec Masson, la rencontre des surréalistes, puis le rapprochement avec Arp, Ernst et la rencontre de Calder et Giacometti  offrent les moyens à  Miró de construire très vite son propre univers et son vocabulaire en toute indépendance . La toile de 1925 (Cat.4) et les deux très belles huiles, peintures métallisées, encre de chine et craie sur toile de 1927 (Cat. 5 et 6) en témoignent.

La troisième salle de cette première section s’accompagne d’un texte de Miró à propos de Klee qu’il découvre en 1925 : « Klee m’a fait comprendre qu’une tache, une spirale, un point même, peuvent être des sujets de peinture aussi bien qu’un visage, un paysage ou un monument ». Beaucoup de choses sont dites ici. Une très belle toile de 1927, Peinture(L’oiseau) (Cat.7) côtoie une huile de 1933 (Cat.8) et deux œuvres sur papier de 1936 et 1937 (cat.9 et 10).

Dans le bruit des guerres, une liberté de dire en silence

Cette deuxième section est sans aucun doute un moment très fort du parcours.

Une série de sept peintures sur mansonite, d’une collection particulière suisse, peintes à l’été 1936 au moment où les républicains espagnols prennent les armes  après de coup d’État des généraux conduits par Franco, montre l’engagement du peintre au côté des républicains, mais aussi son effroi (Cat.11 à 17). À leur propos, Miró dira : « Elles annoncent et inaugurent les années troubles et cruelles que le monde va vivre. Elles sont brossées sur mansonite. Elles fourmillent d’oppositions, de conflits, de contrastes. Je les appelle mes  » peintures sauvages « . L’imagination de la mort me fit créer des monstres qui m’attiraient et me repoussaient à la fois… »

Joan Miró, Peinture, 1936 - Cat.12
Joan Miró, Peinture, 1936 – Cat.12

Cet ensemble est accompagné par une œuvre sur toile de juillet 1939, Le vol d’un oiseau sur la plaine II (Cat.19). Exécutée quelques semaines avant de début de la Seconde Guerre mondiale, l’œuvre peinte dans des tonalités proches de la série de l’été 1936…

Joan Miró, Le vol d’un oiseau sur la plaine II, 1939 - Cat.19
Joan Miró, Le vol d’un oiseau sur la plaine II, 1939 – Cat.19

À ces œuvres contemporaines des noires années du fascisme en Europe,  Maithé Vallès-Bled a choisi avec bonheur de joindre une grande toile, Silence, datée du 17 mai 1968 (Cat.21). Le texte qui l’accompagne, extrait d’un propos  publié en août 1968 par les Nouvelles Littéraires est éloquent.

Joan Miró, Silence, 1968 - Cat.21
Joan Miró, Silence, 1968 – Cat.21

Joan Miró, Silence, 1968 - Cat.21 - Citation_1

Nous n’avons pas réellement compris d’une salle plongée dans le noir pour présenter l’affiche Aidez l’Espagne, 1937 (Cat.18) que Miró réalisa pour l’édition d’un timbre postal destiné à aider le gouvernement républicain espagnol. Nous n’avons pas compris  son rapprochement avec une petite huile sur toile de 1944, Personnages et oiseau dans la nuit (Cat.20 )…
Peut-être s’agit-il simplement de conditions particulières de conservation préventive…

D’un infini à l’autre

Avec près de la moitié des œuvres présentées, cette section est la plus importante de l’exposition.
Sa visite est aussi celle qui demande le plus d’investissement au visiteur. L’accrochage suit peu ou prou une logique chronologique, en tenant compte bien entendu des contraintes de la taille des œuvres et des cimaises. Il ménage quelques rapprochements particulièrement réussis.

Miró, Vers l’infiniment libre, vers l’infiniment grand, au musée Paul Valéry, Sète - Salle 05

Une première salle s’ouvre avec  des œuvres de la fin des années 40, peu après l’invention des Constellations auxquelles on peut rapprocher Figures et Constellations datée de 1949 (Cat.24). On remarque aussi Soirée snob chez la princesse, 1946 de la collection Nahmad (Cat.22) et une très belle Peinture de 1952 (Cat.27).

Sur le mur face à la mer, un ensemble en triptyque autour d’Oiseau dans l’espace, 1959 (Cat.30) avec deux prêts de la fondation  Miró de Majorque (Sans titre, 1971 – Cat.35 et Sans titre, c.1973-1978 – Cat.39).

Joan Miró, Sans titre, 1971 (Cat.35), Oiseau dans l’espace, 1959 (Cat.30),  Sans titre, c.1973-1978 (Cat.39)
Joan Miró, Sans titre, 1971 (Cat.35), Oiseau dans l’espace, 1959 (Cat.30), Sans titre, c.1973-1978 (Cat.39)

Sur la droite, un grand format, Oiseau dans la nuit, 1967 (Cat.33) de la collection Nahmad.

Joan Miró, Oiseau dans la nuit, 1967 - Cat.33
Joan Miró, Oiseau dans la nuit, 1967 – Cat.33

Dans l’espace suivant, autour d’une céramique en grès, Tête de 1981 (Cat.54), un ensemble d’œuvres majoritairement sur papier des années 70 et quelques peintures dont une étonnante Tête datée du 12 février 1976 (Cat.43).

Deux très belles huiles sur toile (Sans tire, 1975-1976 – Cat.37 et Sans titre, 1975 – Cat.38) de la fondation  Miró de Majorque dirigent le regard vers le dernier espace de cette section.

Miró, Vers l’infiniment libre, vers l’infiniment grand, au musée Paul Valéry, Sète - Salle 06

On y remarque une huile sur carton Sans titre de 1975 (Cat.40) qui contraste avec une peinture sur toile Sans titre de 1978 (Cat.50) et deux  huiles qui entretiennent un dialogue fécond (Personnage, 1977 – Cat.45 et Sans titre, 1978 – Cat.51).

Sous la citation de Miró qui termine l’introduction au catalogue de Maithé Vallès-Bled  « Ce que je cherche, c’est le mouvement immobile, quelque chose qui soit l’équivalence de l’éloquence du silence », la commissaire de l’exposition a choisi un exceptionnel ensemble de trois Bons à tirer pour la Fondation Palma de 1978 (Cat.46, 47 et 48). L’un d’eux est accompagné d’un extrait de l’article « l’impromptu intempestif » de Jacques Dupin dans le n° 193-194 de la revue Derrière le Miroir édité par Adrien Maeght.

Une représentation libre et mystérieuse de la femme

Cette dernière section s’organise autour de trois bronzes : Femme soleil de 1966 (Cat.61), Femme de 1967 (Cat.62) et Projet pour un monument de 1979 (Cat.64).
Les deux premières statues encadrent avec pertinence Femme et oiseau III/X de 1960 (Cat. 59).

Miró, Projet pour un monument de 1979 (Cat.64), Femme soleil de 1966 (Cat.61), Femme de 1967 (Cat.62) et  Femme et oiseau III/X de 1960 (Cat. 59)
Miró, Projet pour un monument de 1979 (Cat.64), Femme soleil de 1966 (Cat.61), Femme de 1967 (Cat.62) et Femme et oiseau III/X de 1960 (Cat. 59)

Personnages, oiseaux du 28 mars 1976 (Cat.67) est une des œuvres majeures présentées dans cette exposition. Elle est accompagnée par Femme dans la rue, 1973 (Cat.65) de la fondation Miró de Majorque.

Miró, Vers l’infiniment libre, vers l’infiniment grand, au musée Paul Valéry, Sète - Salle 08
Miró, Vers l’infiniment libre, vers l’infiniment grand, au musée Paul Valéry, Sète – Salle 08

Ces deux grands formats sont complétés par un ensemble de taille plus réduite dont le très délicat Peinture (Deux figures sous la lune), 1927 (Cat.55) et le très beau Vipère exaspérée devant l’oiseau rouge de 1955 (Cat.57) qui illustre la simplification de la palette du peintre dans les années 50 et dont Miró disait « Plus simple est l’alphabet, plus facile est la lecture ».

Le parcours s’achève par la projection continue d’un film pédagogique réalisé par le musée Paul Valéry, puis en bas de l’escalier, dans le hall d’accueil, par la rencontre d’un imposant bronze Femme, 1969 (Cat.63), prêt du Centre Pompidou.

En savoir plus :
Sur le site du musée Paul Valéry
Sur la page Facebook du musée Paul Valéry

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Sixième édition d’ImageSingulières à Sète

Du 28 mai au 15 juin 2014, Sète accueille la sixième édition d’ImageSingulières.
Depuis 2009, on apprécie la convivialité et la qualité de cet événement qui accueille chaque année gratuitement toujours plus de visiteurs (plus de 52 000 en 2013 !).

Richard Dumas en résidence

Cette année, Richard Dumas est le photographe invité en résidence.
Venu à Sète une première fois, il y a une dizaine d’années, il avait avoué «ne pas avoir trop aimé la ville»… Gageons qu’il aura révisé son jugement après ses séjours hivernaux dans le Quartier Haut ! Richard, toujours fidèle au film et à son bon vieux Rollei, est un photographe inclassable capable de «sentir» la lumière comme peu d’autres. Avec lui on revient aux sources de la photographie, photographier : «écrire avec la lumière» en grec. (extrait du dossier de presse).

Richard Dumas. Sète #14 / Impasse Pinet, 1er janvier 2014.  © Richard Dumas / Galerie VU’
Richard Dumas. Sète #14 / Impasse Pinet, 1er janvier 2014. © Richard Dumas / Galerie VU’

On attend avec intérêt son exposition Sète #14 et son regard que l’on nous promet hors «des sentiers battus d’une Sète policée et touristique ! ». C’est à la Chapelle du Quartier Haut.
Chaque année, CéTàVOIR publie un ouvrage consacré aux résidences organisées. Avec Richard Dumas, le septième ouvrage de cette collection sera coédité par Le Bec en l’air éditions et disponible en mai.

Voir sa page sur le  site de l’agence Vu’

Expositions :

Sergey Chilikov, Selected Works 1978, à la Maison de l’Image Documentaire

Sergey Chilikov est né en 1953 en Russie. Diplômé de philosophie, il commence la photographie au sein de “ The Fact”, un collectif où il croise, entre autres, Boris Mikailhov. Il devient très vite, dans son pays, le porte drapeau d’une photographie non-conformiste.
Depuis trente ans, il chronique dans un style très personnel, le journal de la fin de l’URSS d’abord, puis de l’émergence de la Russie. C’est un travail en couleurs, d’un esthétisme rappelant parfois les années 70 où Chilikov photographie un pays décadent dans des décors souvent miséreux. Une photographie sociale, l’humour (russe) en plus !

Sergey Chilikov, Selected works 1978. Extrait du cycle “Kolorizm”, Série “Carpates” ,1994. © Sergey Chilikov / Grinberg Gallery
Sergey Chilikov, Selected works 1978. Extrait du cycle “Kolorizm”, Série “Carpates” ,1994.
© Sergey Chilikov / Grinberg Gallery

Sergey Chilikov sur le site de la Grinberg Gallery

Sergueï Procoudine-Gorsky, Voyage dans l’empire russe, à la Maison de l’Image Documentaire

Sergueï Procoudine-Gorsky, scientifique de formation, décide en 1902 de s’intéresser à la photographie couleur en prenant le contre-pied de la toute nouvelle découverte des frères Lumière, les autochromes.
Il améliore sensiblement la trichromie, le procédé mis au point par l’Allemand Adolphe Miethe, qui consiste à faire successivement trois images en noir et blanc avec un filtre de couleur rouge-vert-bleu, obtenant ainsi trois négatifs de contrastes différents. En projetant simultanément trois positifs de ses clichés, il obtenait des images extrêmement fidèles et d’une grande qualité.
Le tsar Nicolas II, médusé par la magie du procédé, le missionne pour documenter l’Empire russe. C’est ainsi qu’installé dans un wagon spécialement aménagé, ou à bord d’un bateau à fond plat, Procoudine-Gorsky voyage dans les régions les plus reculées de l’ancienne Russie. Il en rapporte plusieurs milliers d’images qui le suivront lors de son exil européen, à la révolution. La bibliothèque du Congrès américain fera l’acquisition de la collection en 1948.

Sergei Procoudine, Voyage dans l’empire russe. L’émir de Bukhara. ©Library of Congress, Procoudine-Gorksy Collection / Famille Procoudine-Gorsky
Sergei Procoudine, Voyage dans l’empire russe. L’émir de Bukhara.
©Library of Congress, Procoudine-Gorksy Collection / Famille Procoudine-Gorsky
Sébastien Colombier, Des héros ordinaires, à la gare SNCF

Pour Sébastien Colombier, il y avait urgence à rencontrer et à faire témoigner ces protagonistes majeurs de la Seconde Guerre mondiale. Ces résistants déportés sont ici représentés par devoir de mémoire. Héros modestes, leurs témoignages sont essentiels pour écrire l’histoire contemporaine.
Cette série de portraits en calotypie grand format, pour ne pas oublier, pour ne pas les oublier.

Sebastien Colombier, Des héros ordinaires. Guy Marty : né en 1926 - il distribuait des tracts et cachait des armes - déporté dans le camp de Buckenwald - transféré à Dora, Harzungen puis Ellrich. ©Sébastien Colombier
Sebastien Colombier, Des héros ordinaires. Guy Marty : né en 1926 – il distribuait des tracts et cachait des armes – déporté dans le camp de Buckenwald – transféré à Dora, Harzungen puis Ellrich. ©Sébastien Colombier
Samuel Gratacap, La chance, au CRAC (Centre Régional D’art Contemporain Languedoc-Roussillon)

Samuel Gratacap est né en France en 1982 et a suivi sa formation artistique à l’École supérieure des beaux-arts de Marseille. Depuis 2007, il mène une réflexion sur la représentation des enjeux géopolitiques nord-sud, sud-sud, et des espaces transitoires sur la carte des routes migratoires en Méditerranée.
Ce travail commencé dans le centre de rétention du Canet, près de Marseille, allait le mener à Lampedusa puis à Zarzis, ville portuaire du sud de la Tunisie qui fut le théâtre d’embarquements massifs vers l’Italie au moment de la révolution. Zarzis était déserte, vidée de ses touristes et d’une partie de sa jeunesse. Deux jeunes sur trois avaient tenté la traversée ou en envisageaient la possibilité. Pas de travail, peu de perspectives, la traversée coûtait entre 500 et 1000 euros et s’offrait aux jeunes comme« la chance

Samuel Gratacap, La chance. Couple Zarzis, Tunisie. © Samuel Gratacap
Samuel Gratacap, La chance. Couple, Zarzis, Tunisie. © Samuel Gratacap
Carel Van Hees, >Play, à l’espace Paul Boyé

Carel van Hees est un documentariste néerlandais, né en 1954 à Rotterdam. Habitué à mener des projets au long cours où il mêle photographie et vidéo, il s’inscrit dans la grande tradition de la photographie humaniste néerlandaise. Ses images noir et blanc, intenses et contrastées, ne sont pas sans rappeler parfois celles d’Anders Petersen.
> Play est un travail de trois années sur la jeunesse de Rotterdam qui tente de répondre à une unique question : «Qu’est-ce que cela fait d’être jeune dans cette ville, ici et ailleurs ?».
Trois années et plusieurs centaines d’images pour comprendre cette ville, ce pays, dont l’actualité entre faits divers racistes et crispation identitaire nous a parfois déroutés ces dernières années.
> Play est un pur projet photographique. Sans texte, mais avec une bande son (un CD), partie prenante du livre et de l’exposition. Il est présenté sous forme d’une multi-projection.

Carel Vanhees, >Play.  © Carel van Hees / Paradox
Carel Vanhees, >Play. © Carel van Hees / Paradox

>Play sur le site de Paradox
> Play sur Vimeo

Carlos Spottorno, The Pigs, à l’espace Paul Boyé

Le photographe Carlos Spottorno est l’auteur de l’une des satires photographiques les plus pertinentes de notre époque. Sous forme de parodie d’un numéro de la bible de la presse financière, The Economist, Carlos Spottorno dénonce les stéréotypes qui courent sur ses pages à propos des pays “outsiders” de l’Union européenne : le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne.

Carlos Spottorno, The Pigs. ©Carlos Spottorno
Carlos Spottorno, The Pigs. ©Carlos Spottorno

Voir sur le site de Carlos Spottorno

Galerie Lumière des Roses, Fesses Anonymes aux Chais des Moulins

La galerie Lumière des Roses propose depuis sa création, en 2004, les photographies des XIXe et XXe siècles. De Léon Gimpel à Niki de Saint-Phalle, la galerie présente de nombreux artistes connus. Toutefois, c’est surtout la photographie anonyme qui est mise en lumière lors de ses expositions.
Cette année, le festival ImageSingulières a donné carte blanche à Marion et Philippe Jacquier qui dirigent la galerie. Ils ont choisi d’explorer le champ fécond du nu depuis 1850, à travers le regard de photographes amateurs. Spontanées ou mises en scène, ces photographies, essentiellement de femmes, sont autant de points de vue différents sur le corps.

Lumiere des roses, Fesses anonymes. Photographe anonyme France, vers 1960. ©Courtesy Lumière des Roses
Lumiere des roses, Fesses anonymes. Photographe anonyme
France, vers 1960. ©Courtesy Lumière des Roses

Voir le site de la galerie Lumière des roses

Gaston Paris, photographe : De Vu à Détective, à la Salle Tarbouriech / Théâtre de la Mer

Gaston Paris est né en 1903. Il devint très tôt un des piliers du célèbre magazine de reportage VU où il côtoya Man Ray, Kertész et Capa. Hormis ce pur travail de reportage qui l’entraîna à photographier aussi bien les manifestations du Front populaire et le procès de Laval que les coulisses des cabarets parisiens, il s’adonna à la production de petites séries où l’influence des surréalistes est flagrante.
Dès la fin des années trente, il commence une collaboration avec Détective, pour lequel il (re)met en scène des faits divers : entre horreur et Grand Guignol !
Cet adepte du format carré noir et blanc, qui maîtrisait à la perfection lumière et cadrage, laissa à sa mort, en 1964, plus de quinze mille négatifs qui sont une admirable chronique des années trente à cinquante, une tranche de l’histoire de la France au XXe siècle.

Gaston Paris, Photographe : de Vu à Détective. Parade dans une fête foraine. France, années 1950. © Gaston Paris / Roger-Viollet
Gaston Paris, Photographe : de Vu à Détective. Parade dans une fête foraine. France, années 1950. © Gaston Paris / Roger-Viollet

Gaston Paris sur el site de Roger-Viollet

La bande dessinée documentaire au Chai Skalli

Depuis quelques années, dans le sillage de Joe Sacco, pape de ce nouveau genre, le neuvième art a investi le champ du documentaire. Une revue, La Revue Dessinée, avec laquelle nous collaborons pour cette exposition, lui est même consacrée.
Deux axes nous ont intéressés dans ce virage pris par la BD, les thématiques traitées qui épousent celles que nous développons à ImageSingulières et les rapports plus qu’étroits entretenus par les auteurs avec la photographie, soit qu’ils s’inspirent d’images existantes, soit qu’ils en créent eux-mêmes pour illustrer leur journal de bord.
Parfois même, les héros de ces histoires sont des photographes, comme pour la célèbre série éponyme d’Emmanuel Guibert, Le Photographe, qui nous fait découvrir les coulisses du métier de photojournaliste.
Un espace de projection diffusera en continu le documentaire de Mark Daniels, La BD s’enva t-en guerre (Arte éditions), sur l’histoire du BD journalisme, de Art Spiegelman à Joe Sacco.

Cairo Blues. © Pino Creanza - 2014 Editions Rackham
Cairo Blues. © Pino Creanza – 2014 Editions Rackham
Liz Hingley, The Jones Family aux Chais des Moulins

Liz Hingley, jeune photographe anglaise diplômée de l’université de Brighton, a aussi obtenu un master en antropologie sociale de l’université de Londres. Elle symbolise cette génération de jeunes photographes britanniques qui documentent avec talent et ténacité la pauvreté extrême qui sévit dans leur pays.
La famille Jones vit dans une maison de trois pièces dans la ville industrielle de Wolverhampton, au Royaume-Uni. C’est la première fois, et ce depuis trois générations, que les membres de cette famille habitent une maison construite en dur. En effet, la mère et le père ont été élevés dans une caravane, comme leurs parents avant eux. Cette maison est un bien précieux, elle renferme de nombreux souvenirs au point qu’ils refusent de déménager dans un endroit plus grand, malgré le manque de place. Liz Hingley a choisi de photographier la maison des Jones en y cherchant les traces matérielles d’une interaction avec leur environnement : les objets de décoration qu’ils chérissent comme les petits rituels du quotidien, dans lesquels chaque membre de la famille trouve son expression personnelle et son autonomie.

Liz Hingley, The jones Family. Angleterre, Wolverhampton, 2010-2012. Le rideau tigre de Nicola. © Liz Hingley / Agence VU’
Liz Hingley, The jones Family. Angleterre, Wolverhampton, 2010-2012. Le rideau tigre de Nicola. © Liz Hingley / Agence VU’

Voir sur le site de Liz Hingley

Expositions Théma 

Thema « Égypte » au Chais des Moulins

Trois regards, trois pistes pour appréhender une réalité complexe, celle d’un pays en prise à une cascade de mouvements politiques depuis 2011. Autour de ce climat social complexe, les photographes adoptent des points de vue différents.
Denis Dailleux, lui, descend dans la sphère privée et montre “Mères et fils” dans des échanges tendres qui dépoussièrent le regard sur le monde musulman. Voir site.
Bieke Depoorter, comme à son habitude, est dans l’intime des intérieurs de maisons où chaque famille partage un moment de quiétude avant le retour aux tourments quotidiens. Voir site.
Enfin, Johann Rousselot se rend dans l’espace public pour individualiser des manifestants anonymes, à travers des photomontages où les slogans revendicateurs accèdent au même plan que le sujet. Voir site,

Thema « Les femmes (aussi) travaillent » au Boulodrome Agrocanet

En 1967, le réalisateur Jacques Krier, dans son film Les Matinales consacré aux femmes de ménage, demande à l’une d’elles si «elle travaille toute la nuit ?»… Elle lui répond qu’elle travaille à mi-temps de 11h du soir à 6h du matin seulement… Et elle ajoute : «Comme ça je suis là pour m’occuper des enfants et faire à manger à mon mari quand il rentre fatigué du travail…». Longtemps les femmes ont été les oubliées de la classe ouvrière.

Quatre expositions autour de ce théma :

  • Txema Salvans, The Waiting Game. Voir site.
  • Valérie Couteron, Corps oubliés,
  • Alfred Palmer et Howard Hollem, We can do it !
  • Jacques Krier, Les matinales

Tous les textes de présentation ci-dessus sont extraits du dossier de presse.

En savoir plus :
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Liens vers les sites des photographes dans le texte de présentation

Fin de Fiesta à Séville, au MIAM à Sète.

Après Winnipeg et Manille, le Musée International des Arts Modestes (MIAM) nous propose de découvrir, du 11 avril au 21 septembre, la production des « cultures savantes, modestes et populaires » à Séville avec sa nouvelle exposition Fin de Fiesta à Séville.

Hervé Di Rosa a choisi de confierle commissariat a été confié à Curro González qui a réunit une trentaine d’artistes.

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Hervé Di Rosa et Curro González au MIAM le 10 avril 2014

L’exposition présentée par le MIAM est une fois de plus passionnante, foisonnante et unique.
Les propositions artistiques sont d’une grande diversité. Peinture, sculpture, dessin, photographie, vidéo, objets de collection et installations se succèdent avec bonheur, faisant rebondir l’intérêt du visiteur dans un parcours qui multiplie les surprises et les découvertes.

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Curro González et les artistes de Seville présents au MIAM, le 10 avril.

Les artistes, qui appartiennent à la scène créative récente, explorent avec  humour et ironie les clichés et les stéréotypes culturels qui ne manquent pas à Séville.
Leurs œuvres montrent parfois avec mélancolie et quelquefois avec une certaine violence la ville, ses habitants, ses histoires et ses mutations…  Elles évoquent, dans un mélange baroque, le flamenco, les corrales de la Maestranza, les multiples images de la femme sévillane, et la profusion des images religieuses …

Artistes présents :
Andrés Martínez de León (1885-1978) • Antonio Garrido Díaz (né 1929) Nazario (né 1944) • Ignacio Tovar (né 1947) Juan Sebastián Bollaín (né 1945) • Alejandro Sosa (né 1951) Antonio Sosa (né 1952) • Atin Aya (1955-2007) Manolo Cuervo (né 1955) • Rafael Agredano (né 1955) • Javier Buzón (né 1957) Patricio Cabrera (né 1958) • Ricardo Cadenas (né 1960)  Juan Antonio Rodríguez Tous (né 1960) •  Anna Jonsson (née 1961) Salomé del Campo (née 1961) Jabi Machado (né 1961) • Abraham Lacalle (né 1962) • Juan Carlos Robles (né 1962) • Guillermo Paneque (né 1963) • Victoria Gil (née 1963) Pedro G. Romero (1964) • Federico Guzmán(1964) • Alonso Gil (né 1966) • Pilar Albarracín (née 1967) • Inmaculada Salinas (née 1967) • María Cañas (né 1972) • Miguel Brieva (1974) • Curro González (né 1960) • Israel Galván (né 1973) • José Miguel Pereñiguez (né 1977) • Cristina Lama (née 1977) • Gloria Martín (née 1980) • Celia Macías (née1980) • Daniel Alonso • 4Taxis

Dans une prochaine chronique, nous reviendrons plus en détail sur ces propositions artistiques.

Affiche

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Un photogramme de 26 mètres présenté par Guillaume Leingre, au CRAC, Sète

Dans cette vidéo d’Aloïs Aurelle récemment mise en ligne par le Centre Régional d’Art Contemporain (CRAC) de Sète, Guillaume Leingre présente son surprenant photogramme de 26 mètres de long, exposé dans la Projet Room qu’il partage avec Guillaume Constantin jusqu’ au 11 mai 2014.


Réalisation vidéo Aloïs Aurelle © CRAC LR – février mars 2014

En savoir plus :
Sur le site du CRAC
Sur la page Facebook du CRAC
Sur le site de Guillaume Leingre
Lire sur ce blog : Guillaume Leingre, 5000 K, project room au CRAC, Sète.

Expo Crac Guillaume Leingre

Project Room au CRAC à Sète : Guillaume Constantin , La constante des variables.

Le Centre Régional d’Art Contemporain (CRAC) de Sète a récemment mis en ligne une vidéo dans laquelle Guillaume Constantin commente le travail qu’il expose à Sète, La constante des variables .

Réalisation vidéo Aloïs Aurelle © CRAC LR – février mars 2014

Une proposition qui mérite attention et, donc, un déplacement à Sète ! Jusqu’au 11 mai 2014

En savoir plus :
Sur le site du CRAC
Sur la page Facebook du CRAC
Sur le site de Guillaume Constantin 
Lire sur ce blog Guillaume Constantin , La constante des variables, Project Room au CRAC, Sète

Guillaume Constantin,  au premier plan : Fantômes du quartz XI, 2014 - Objets collectés, cadeaux, emprunts, Papier bakélisé - Fantômes du quartz XII, 2014 - Everyday Ghosts 2008-2014 - Production CRAC LR
Guillaume Constantin, au premier plan : Fantômes du quartz XI, 2014 – Objets collectés, cadeaux, emprunts, Papier bakélisé – Fantômes du quartz XII, 2014 – Everyday Ghosts 2008-2014 – Production CRAC LR