Archives du mot-clé Photographie

Le murmure de la matière à la Barak

Du 15 janvier au 12 février 2016, La Barak accueille Le murmure de la matière, une exposition photographique interactive et sonore avec des photographies de Didier Cot, des échantillons  sonores de Bruno Navarra et Didier Cot et une composition algorithmique de Luc Marty.

À la lecture de l’invitation pour le vernissage, ce projet annonce « une démarche acousmatique singulière » construite à partir d’ « une vingtaine de photographies noir et blanc grand format 60x80cm illuminée en lumière UV représentant le monde de l’infiniment petit. Le spectateur entre dans l’intimité de la matière baigné dans une lumière bleue, évoquant ce monde invisible à nos yeux, cette ambiance est renforcée par une musique issue de données expérimentales d’analyse de la matière. Des bornes interactives permettent au spectateur d’être acteur de cette expérience ».

On lira ci-dessous une présentation de Le Bruit des Atomes ou Le Murmure de la Matière  extraite du site dédié au projet .

Ouvert au public du mercredi au samedi de 14h à 18h30
Vernissage le 15 janvier à 18h30

En savoir plus :
Sur le site dédié au projet Le Murmure de la Matière
Sur le site de A La Barak
Sur la page Facebook de A La Barak

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Iwan Baan, 52 weeks, 52 cities à pierresvives

Du 14 janvier au 26 mars, la galerie d’exposition de pierresvives présente 52 weeks, 52 cities, une proposition en forme de carnet de voyage du photographe hollandais, Iwan Baan.

Créée pour le musée Marta Herford, en 2013, 52 weeks, 52 cities nous promet selon le communiqué de presse de « saisir ce qu’est l’architecture aujourd’hui. L’architecture des stars, Rem Koolhaas, Zaha Hadid, Steven Holl, Herzog et De Meuron, Toyo Ito, Sanaa, Diller Scofidio & Renfro, mais aussi l’architecture vernaculaire, sans architecte ».

Iwan Baan a découvert pierresvives en 2012, lorsque l’architecte Zaha Hadid lui a commandé des photos du bâtiment.

On en reparle éventuellement après le vernissage public, annoncé pour le jeudi 14 janvier 2016 à 18h30. Il sera suivi d’une conférence d’ Iwan Baan à 20 h.

À lire ci-dessous, une présentation de l’exposition et un portrait d’Iwan Baan, extraits du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur le site de pierresvives
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Sur le site d’Iwan Baan
Sur la page Facebook d’Iwan Baan
Suivre Iwan Baan sur Instagram
52 weeks, 52 cities sur le site du musée Marta Herford

Interview (en anglais) d’Iwan Baan par Kunst+Film à l’occasion du salon d’architecture de Cologne, en 2014.

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Humaines, trop humaines à la Galerie Annie Gabrielli

Du 5 décembre 2015 au 30 janvier 2016, la Galerie Annie Gabrielli présente, à  Montpellier, « Humaines, trop humaines », une exposition collective des photographes Morgane Gille, Kasuya Kyoko, Delphine Sauret, Wang Pei et  Annabel Werbrouck.

Faut-il comprendre le titre de ce projet comme une référence aux « choses humaines, hélas ! trop humaines !» que voyait Nietzsche là où d’autres ne voyaient que des choses  idéales, ou bien faut-il y voir un clin d’œil « moqueur » au centre national dramatique de Montpellier ?

La réponse est peut-être à la Galerie Annie Gabrielli…

Vernissage vendredi 4 décembre 2015 à 18h

Texte de présentation de « Humaines, trop humaines » par la Galerie Annie Gabrielli

Au travers des photographes choisies, ce sont deux continents qui sont représentés, l’Asie (Chine et Japon) et l’Europe (Belgique et France), irrigués par des propos différents qui, toutefois, se recoupent par endroits. De la sorte, la question de l’intime se cristallise par le biais du journal chez Annabel Werbrouck (Journal d’une femme à Berlin) et par celui du souvenir et de la remémoration dans le travail de Delphine Sauret ; celle du document est partagée par Kyoko Kasuya et Morgane Gille. Alors que la première, en écho à la catastrophe de Fukushima qui a meurtri son pays, abolit les frontières et les distances en proposant un ensemble de clichés, accompagné de textes, sur les paysages avoisinant les sites nucléaires français (La Zone), la seconde s’empare de documents d’archives sur un quartier de Nîmes pour produire des images recomposées et hybrides, qui mettent à mal la vér(ac)ité portée par la photographie, et qu’elle présente sous forme d’ouvrage. Le travail de Wang Pei, quant à lui, se situe dans le voisinage de celui d’un socio-ethnologue critique. En effet, la mise en regard et en scène de photographies de mariages chinois témoignent de leurs permanences, et des codes qui les innervent (La vie similaire), tout autant que des écarts qui existent entre vie quotidienne et parenthèse lisse et idéale du jour des noces (La vie parallèle).

Qu’il s’agisse de travail intimiste, de travail de type documentaire ou de travail plasticien, chaque aspect participe à une même intention : s’interroger sur la création et le médium photographique. La légèreté du sujet de Pei Wang se teinte de gravité dans la sérialité, la déshumanisation des photographies de Kyoko Kasuya trouve une incarnation dans la voix de l’auteur, l’objectivité de l’archive se charge de facticité dans le traitement de l’image avec Morgane Gille, l’autofiction de Delphine Sauret devient universelle par les choix techniques et plastiques effectués, et le récit porté par les instantanés de vie de la série d’Annabel Werbrouck résonne bien au-delà de la femme berlinoise qu’elle a choisie pour héroïne anonyme.

Dans la galerie, d’un mur à l’autre et d’un ensemble à l’autre, ces voix individuelles et personnelles se croisent, se répondent et se complètent dans une conversation qui s’inscrit pleinement dans les préoccupations de la photographie plasticienne contemporaine.

En savoir plus :
Sur le site de la Galerie Annie Gabrielli
Sur la page Facebook de de la Galerie Annie Gabrielli
Sur les sites de Morgane Gille, Kasuya Kyoko, Delphine Sauret et  Annabel Werbrouck

Denis Roche, Photolalies, 1964-2010

Jusqu’au 14 février 2016, le Pavillon Populaire présente « Photolalies, 1964-2010 », une rétrospective du travail photographique de Denis Roche, poète et éditeur reconnu, photographe singulier, inclassable, pour qui « l’acte photographique » est un moment de liberté, une quête du plaisir.

Denis Roche, Photolalies, 1964-2010. Pavillon Populaire, Montpellier
Denis Roche, Photolalies, 1964-2010. Pavillon Populaire, Montpellier

Avec Gilles Mora, Claude Nori et Bernard Plossu, il fut un des fondateurs des Cahiers de la photographie, en 1980. Le directeur artistique du Pavillon Populaire assure naturellement le commissariat de cette exposition. Pendant presque une année, les deux amis ont travaillé sur ce projet avec comme fil conducteur la liberté absolue avec laquelle Denis Roche pratiquait la photographie.

Françoise Peyrot-Roche et Gilles Mora au Pavillon Populaire, Montpellier
Françoise Peyrot-Roche et Gilles Mora au Pavillon Populaire, Montpellier

Après la disparition de Denis Roche en septembre dernier, sa femme, Françoise, a accompagné le projet jusqu’à son terme en souhaitant que « la tonalité générale de l’exposition soit heureuse et qu’elle rende compte de ce qu’avait été le plaisir de photographier pour Denis Roche».

Denis Roche, 7 août 1994 - Autoportrait, - 30x40cm © Denis Roche
Denis Roche, 7 août 1994 – Autoportrait, – 30x40cm © Denis Roche

Le parcours s’achève avec ces citations du photographe qui résument à la fois sa pratique artistique et les « couleurs » de ces « Photolalies », exposées à Montpellier :

« Toute photographie est un récépissé de liberté.
Aucune autre activité humaine ne possède cette charge de bonheur-là : autant de bonheur, n’importe où, n’importe quand, autant de fois qu’on veut. L’amour connaît des creux, pas la photo.
Encore un effort, citoyens, et vous saurez bientôt ce qu’est la liberté… »

Pour rendre compte du moment de liberté qu’était la photographie de Denis Roche, la quête du plaisir de l’acte photographique, le parcours de l’exposition ne propose ni approche chronologique ou thématique, ni de circuit de visite…

« Photolalies, 1964-2010 » affirme sa volonté d’être « une invitation au voyage dans le pays de liberté de Denis Roche, des éclats d’images pour une exposition éclatée [qui souhaite restituer], en reflet, le visage libre du photographe ».

Ce pari est, sans aucun, doute une réussite. Le visiteur construit sans difficulté son expérience de visite à partir de quelques regroupements et en explorant certains chemins autour de repères biographiques, d’approches formelles parfois érudites et quelquefois singulières et surtout des utilisations débridées et inventives de l’appareil photographique de Denis Roche.

Denis Roche, 27 décembre 1990Madurai, Inde - 30x40cm. © Denis Roche
Denis Roche, 27 décembre 1990Madurai, Inde – 30x40cm. © Denis Roche

« Photolalies, 1964-2010 » mérite un passage par le Pavillon Populaire à Montpellier. La découverte du travail de Denis Roche est un réel plaisir.

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Georges Rousse à Campredon

Jusqu’au 21 février 2016, Campredon présente « Collectionneur d’espaces », une exposition de  Georges Rousse.
Sur les cimaises du centre d’art de l’Isle-sur-la-Sorgue, on retrouve une partie de l’exposition « Utopia », présentée au Familistère de Guise, l’été dernier.

Trente-quatre photographies grand format et dix dessins occupent les salles en enfilade au rez-de-chaussée et au premier étage de Campredon. « Collectionneur d’espaces »montre la continuité du travail de Georges Rousse depuis les années 1980 jusqu’à nos jours.

Regarder les images de Georges Rousse suppose un peu de temps et d’attention pour en percevoir la poésie et comprendre la relation très particulière entre l’architecture, la peinture, la photographie qu’il nous propose :

« L’architecture est la condition première et préalable à mon travail. Sans elle, mon œuvre n’existerait pas. Dans l’image que je fabrique, je me dois de partager toute l’émotion que j’ai ressentie en découvrant les lieux, en y déambulant, puis dans le lent travail de leur transformation. C’est ce que j’appellerai agrandir le hors-champ de la photographie. » Georges Rousse

L’exposition

Très souvent, Georges Rousse accompagne ses expositions d’une installation réalisée in situ. La compréhension de son  travail est alors immédiate. Ce n’est pas le cas pour « Collectionneur d’espaces » à Campredon. Certes, on peut certes le regretter mais on peut aussi en comprendre les probables raisons : une actualité très chargée pour l’artiste en cette fin d’année 2015 et la difficulté d’intervenir dans un lieu protégé au titre des Monuments Historiques.

À l’exception d’un texte d’introduction dans le hall, l’exposition n’offre pas d’autres informations que les cartels très succincts qui accompagnent les œuvres.

Film Peru
« Georges Rousse, La Lumière et la ruine » de Gilles Perru

Pour les visiteurs qui ignorent le processus de travail de Georges Rousse, il est certainement profitable de commencer la visite par le film « Georges Rousse, La Lumière et la ruine » de Gilles Perru,  projeté en continu au deuxième étage d’hôtel  particulier. On peut également suggérer de suivre une visite guidée.
Dans notre compte-rendu de visite, chaque fois que cela était possible, des vidéos qui illustrent la construction des images de Georges Rousse, ont été intégrées. On reproduit également, à la fin de cet article, quelques lignes du texte d’Alain Sayag pour le N° 123 du Photo Poche, consacré à Georges Rousse, dont on conseille la lecture.

Sans logique chronologique, le parcours est essentiellement construit autour des formes géométriques récurrentes dans le travail de Georges Rousse (carré, cercle, triangle, étoile, mots). Une place importante est accordé aux images réalisées lors de son intervention au Familistère de Guise.

Georges Rousse, Utopia 2015. Tirage lambda sur Papier photo. 125 x 160 cm. ©Georges Rousse 2015
Georges Rousse, Utopia 2015. Tirage lambda sur Papier photo. 125 x 160 cm. ©Georges Rousse 2015

Si les tirages sur dibond assurent très bon confort visuel, malheureusement, la lumière naturelle de l’après-midi produit quelques reflets dérangeants sur les vitrages de protection des tirages sur papier.

L’absence de mise en contexte des images est probablement souhaitée par l’artiste… Certains pourront le regretter.
L’exposition exige un regard attentif du visiteur. Il faut accorder du temps à chaque image pour laisser le trouble et l’équivoque s’installer, pour en apprécier la poésie et pour construire ses propres histoires…

Étoile

Au pied de l’escalier, le visiteur est accueilli avec un grand tirage d’une installation architecturale complexe, réalisée en 2013, au rez-de-chaussée du  Museo d’Arte Contemporáneo (M.A.C.) de Santiago de Chile.

Georges Rousse, Santiago de Chile, 2013 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon.jpg
Georges Rousse, Santiago de Chile, 2013 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

Le motif géométrique de l’étoile qui apparaît au centre de cette image se retrouve dans les deux photographies (Matsushima, 2013 1 & 2) qui sont  accrochées dans le palier, au premier étage. Elles ont été réalisées  avant la destruction du Café Loin à Miyagi, sur une colline, au-dessus de la baie de Matsushima au Japon, en 2013.

Georges Rousse, Matsushima, 2013 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Matsushima, 2013 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

Carré

Au rez-de-chaussée, le parcours commence par une première salle où le carré est la forme géométrique commune aux quatre œuvres présentées.

À droite, dans Luxembourg 2006 – 9, un carré rouge semble flotter dans un atelier d’une aciérie luxembourgeoise  abandonnée par le groupe Mittal.  L’image appartient à une importante série qui évoquait la mémoire de la sidérurgie…

Georges Rousse, Luxembourg 2006. Tirage Lambda à partir d'Ektachrome. 180x240 cm - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Luxembourg 2006. Tirage Lambda à partir d’Ektachrome. 180×240 cm – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

Cette photographie réalisée de 2006 semble faire écho, par la forme du carré, avec les trois images qui lui font face.

Dans La Madelaine-sous-Montreuil 2014 – 2, un fond vert laisse en réserve un carré, à l’angle d’une pièce dans la « maison de Jeanne », sur le domaine du restaurant La Grenouillère.
Pour La Madelaine-sous-Montreuil 2014 – 3,  Georges Rousse peint le carré en blanc, estompant ainsi la réalité qui semble se faner, évoquant comme il le souligne « une nature morte à la Morandi ».

Georges Rousse, Montreuil-sur-Mer (3), 2014. Tirage Lambda sur Papier Photo. 90x120 cm
Georges Rousse, Montreuil-sur-Mer (3), 2014. Tirage Lambda sur Papier Photo. 90×120 cm

Enfin pour la troisième image, La Madelaine-sous-Montreuil 2014 – 4, un carré vert sur fond vert produit un monochrome subtil et troublant qui pourrait évoquer Malevitch (qu’il cite comme une influence essentielle, avec le Land Art, dans sa biographie)… mais qui annonce probablement la disparition prochaine de la bergerie.

Si la forme du carré semble unir ces quatre images, en fait tout les oppose :  Le vert utilisé pour la maison fait contraste avec le rouge de l’usine. Le cadre sur un angle de la bergerie crée un effet de profondeur qui se distingue de à la vue frontale dans l’aciérie où le carré semble venir vers le regardeur. Enfin, la construction rurale de La Grenouillère s’oppose au bâtiment industriel abandonné par Mittal…

Carré, Triangle & Cercle

La deuxième salle rassemble des œuvres où trois formes géométriques « équilatérales » cohabitent : un carré, un triangle, un cercle.

Georges Rousse, Séoul 2013 et Bordeaux 2014 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Séoul 2013 et Bordeaux 2014 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

La série commence en Corée, en 2013. Le Hangaram Museum de Séoul propose à Georges Rousse de faire une installation dans une salle du musée large et assez basse de plafond. Il décide d’y intégrer ces trois formes (Séoul 2013 – 3E), en découpant un mur, pour créer une espace de 30 mètres de profondeur.

Georges Rousse, Séoul 2013
Georges Rousse, Séoul 2013

À la base sous-marine de Bordeaux, Georges Rousse dispose d’un mur de 11 mètres de haut et de 25 mètres de large. Au centre, il peint un cercle noir qu’il accompagne d’un triangle et d’un carré  anamorphosés qui débordent sur les murs latéraux.

Georges Rousse, Bordeaux 2014 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Bordeaux 2014 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

Dans ce vaste espace, les trois mêmes formes semblent flotter devant le mur (Bordeaux 2014 – 1). À leur propos, Georges Rousse évoque, dans le film réalisé par Caroline de Otero et Catherine Guillaud, ces trois formes comme éléments des Stupas tibétains.

Au Familistère de Guise, dans les logements ouvriers, Georges Rousse commence par peindre en blanc, mur,sol et plafond pour atténuer le décor, avant de peindre en noir un triangle, un cercle, un carré qui apparaissent en avant de l’angle de trois pièces différentes… Les dessins préparatoires accompagnent les trois photographies Guise 2015 – 1, 2 & 3 réalisées au Familistère.

Face à ces œuvres, on perçoit très bien, comment Georges Rousse construit ses images en jouant avec la lumière, multipliant les nuances et des effets de transparence dans les aplats noirs ou bleus  qu’il peint sur les murs, le sol et parfois le plafond.

Constructions

Georges Rousse, Guise (Cour du pavillon central) ,2015 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Guise (Cour du pavillon central) ,2015 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

Dans la dernière salle au rez-de-chaussée, une œuvre ancienne (Bercy, 1984-4), une de ses premières architectures « factice », sur le site abandonné des entrepôts de Bercy, fait face à une de ses plus récentes constructions, au familistère de Guise (Guise 2015 – 5), la reproduction du bâtiment de l’économat dans la cour centrale du pavillon.

Georges Rousse, Bercy,1984 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Bercy,1984 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

Ce grand format est accompagné de dessins préparatoires et de trois photographies qui montrent la construction sur trois angles différents, permettant ainsi d’en percevoir la complexité.

Utopia

Au premier étage, la visite commence par une salle entièrement dédiée au projet Utopia. Georges Rousse raconte la découverte, dans un appartement du Familistère, d’un papier peint reproduisant la photographie d’un vaste paysage naturel au Canada. Pour le photographe, cette image évoque le rêve d’un ailleurs du locataire qu’il met en relation avec l’utopie fouriériste de Godin dans le projet du Familistère. Naît alors l’idée d’Utopia, une série qui s’élabore autour de la photo dans la photo associée au mot Utopia (Utopia 2015 – 1A ).

Il décide alors d’introduire une photo dans chaque espace où il va travailler, avant d’y ajouter les lettres « UTOPIA ».

Il commence par une pièce dont le papier peint utilise un motif de roses ; après avoir peint le sol en rose, il colle sur un mur la photographie d’un paysage produisant une ouverture vers une forêt (Utopia 2015 – 2B).

Georges Rousse, Utopia,2015 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Utopia,2015 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

Dans un autre logement, il choisit une photo d’un bord de mer où une grue entame le chantier d’une future tour de Babel qui rejoindra peut-être l’avion qui traverse le ciel (Utopia 2015 – 3).
Plus loin, c’est la photographie d’une cabane de SDF qui occupe un pan de mur (Utopia 2015 – 4)
Dans chaque image, le doute sur la position des lettres du mot Utopia (peintes sur les murs ou sur la photo ?) est particulièrement entretenu par Georges Rousse, qui déclare à propos de cette série :  « Ce que l’on voit, ce n’est pas ce qui est réellement… »

Georges Rousse, Utopia 5A,2015 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Utopia 5A,2015 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

Enfin, pour la dernière image (Utopia 2015 – 5A), l’artiste a utilisé deux appartements réunis par la suppression d’un mur mitoyen. Il reproduit le dispositif imaginé à La Madelaine-sous-Montreuil. Un cadre rouge délimite la nature morte de la pièce voisine,peinte en blanc, comme si c’était une photographie très éclairée. Avec cette photographie Georges Rousse joue parfaitement avec l’incertitude de ce que l’on voit, ou de ce que l’on croit voir.

Escaliers

La salle suivante expose les dessins préparatoires et deux photographies (Chambéry 2008 – 1 & 2) de son intervention dans les escaliers des halles de Chambéry, avant leur réhabilitation, en 2008.

Cercle

Le troisième salon présente des photographies réalisées à Palerme, au château de Chambord et dans un escalier du Familistère de Guise. Le cercle, autre figure géométrie récurrente dans le travail de GR, est le point commun de ces images.

Georges Rousse, Palerme,2000 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Palerme,2000 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

L’image Palerme 2000 – 1 restitue une expérience réalisée en 2000, avec des jeunes d’un quartier populaire et défavorisé à Palerme. Un important travail préparatoire de découpe d’un mur, pour approfondir l’espace, puis de construction pour créer l’illusion de deux espaces ont été nécessaires avant le travail de peinture et la prise de vue. Cette photographie montre un engagement discret de l’artiste en direction des jeunes. L’image était récemment exposée au Plateau  à Lyon, dans Utopies partagées. Georges Rousse expliquait à propos de cette exposition : « J’ai travaillé sur un certain nombre de ces projets avec des jeunes, en difficulté ou en insertion, de cette région et ensemble, nous avons fait plusieurs installations à l’étranger : à Palerme en Italie, à Houston aux États-Unis … J’ai voulu rassembler tout ce travail afin de montrer que l’art peut être un outil pédagogique d’une grande efficacité ».

Georges Rousse, Chambord,2011 - « Collectionneur d’espaces » à Campredon
Georges Rousse, Chambord,2011 – « Collectionneur d’espaces » à Campredon

En 2011, Georges Rousse est en résidence au Domaine national de Chambord. Il réalise trois installations dans les parties hautes du donjon. Des contraintes (liées au classement au titre des Monuments Historiques) interdisent toute intervention sur le bâti. Georges Rousse imagine alors des architectures pour créer ses images.
La photographie Chambord 2011 – 2D montre une de ces installations, dont les éléments, disposés dans l’espace et recouverts à la feuille d’argent, construisent un cercle centré sur une cheminée, qui évoque évidemment l’obturateur d’un appareil photographique.

Georges Rousse, Guise 2015-4
Georges Rousse, Guise 2015-4

La troisième photographie de cette salle (Guise 2015 – 4) a été réalisée dans un des escaliers du Familistère de Guise. Deux cercles noirs superposés se recoupent. Un des deux est partiellement couvert de traits de craie, créant ainsi une texture qui contraste avec ce cercle noir. Soulignons que la craie est utilisée par Georges Rousse pour tracer les points de repère de ses formes dans l’espace, avant leur mise en peinture…

Pour finir, Ordre et Lumière…

Dans la salle qui clôture la visite, on retrouve l’utilisation de mots dans l’espace. ORDER pour illustrer le propriétaire d’un espace qui est sur le point de s’effondrer (Laroque Timbaut 2006) et LIGHT pour Dans cette image, le reflet,dans un miroir, d’une partie des lettres déjoue ironiquement l’idée de lumière divine…

 

En savoir plus :
Sur le site de Campredon, centre d’art
Sur la page Facebook de Campredon, centre d’art
Sur le site de Georges Rousse

Le travail de Georges Rousse

Extraits du texte d’Alain Sayag  pour le N° 123 du Photo Poche, consacré à Georges Rousse :

« Par prédilection, Georges Rousse intervient dans des architectures désaffectées, entrepôts, palais en ruine, immeubles promis à la démolition ou en reconversion, usines dévastées qui s’offrent à lui dans le monde entier (…)

En premier, dans le processus de travail de Georges Rousse, il y a la reconnaissance du bâtiment brut, vide. En déambulant à l’intérieur, il s’imprègne du lieu et repère immédiatement (l’oeil du photographe !) un espace dont il perçoit la qualité architecturale, symbolique, photographique, avec déjà à ce moment là, une vision claire de l’oeuvre qu’il y créera, pensée à partir du point de vue qu’il a choisi. Plus tard, dans l’atelier, l’artiste précise son idée ; il dessine plusieurs croquis et esquisses qu’il peint à l’aquarelle afin de mieux appréhender les difficultés de l’espace, les contraintes, l’incidence de la lumière sur l’architecture.

Pour réaliser son œuvre dans le lieu, l’artiste utilise les lois de l’optique géométrique mais, à l’inverse des peintres de la Renaissance, qui voulaient représenter la profondeur sur la surface plane d’une toile, il s’agit pour lui de rendre plan un objet réalisé dans un espace tridimensionnel physique pour le rendre photographique. Renversant ainsi le paradigme des inventeurs de la perspective, Georges Rousse se situe du point de vue de sa chambre grand format pour passer de l’espace réel en trois dimensions à la surface plane de la photo (…) Éclatées et fragmentées sur les différents plans spatiaux, les formes se recomposent en une image juste et lisible lorsque le regard se positionne dans le champ de l’objectif. L’« anamorphose » ainsi matérialisée dans l’espace n’est cependant pas le propos de l’artiste : il n’y a pas d’anamorphose dans l’œuvre finale. Ce procédé optique qui permet à l’artiste d’inscrire une figure plane dans le réel est destiné à l’objectif de l’appareil et non à un observateur dans l’espace. Dans le travail de Georges Rousse la photographie est véritablement première : elle rassemble l’image dans une synthèse où les éléments disséminés s’unissent pour rendre visible son imaginaire ».