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« J’aime les panoramas » au MuCEM

Après les musées d’Art et d’Histoire de Genève, l’été dernier,  le MuCEM présente « J’aime les panoramas », jusqu’au 29 février 2016, à Marseille.

Conçue à partir d’une réplique de Jean Dujardin dans OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, l’exposition cherche à définir en six chapitres, ce qu’est la vision panoramique.

Plus de 400 objets illustrent un propos pluridisciplinaire, dense, complexe qui frôle parfois la confusion.  Sa lisibilité est desservie par une scénographie bavarde d’Adrien Rovero et un accrochage quelquefois incompréhensible.

Dommage car le projet était attrayant et l’exposition rassemble des objets et des œuvres remarquables…

Une sérieuse préparation de la visite s’impose, si l’on souhaite faire de « J’aime les panoramas » une expérience enrichissante. La dernière étape du parcours rassemble une exceptionnelle sélection de tableaux et d’œuvres contemporaines, exposition d’art dans l’exposition, qui  mérite à elle seule un passage par le MuCEM.

Origine et ambitions du projet

Jean-Roch Bouiller et Laurence Madeline, commissaires de l’exposition racontent la naissance de ce projet :

« Cette exposition est née d’un quiproquo autour de la réplique « J’aime les panoramas », prononcée par Jean Dujardin dans le film de Michel Hazanavicius, OSS 117 : Le Caire, nid d’espions. Ces quatre mots ont immédiatement cristallisé par sérendipité les principaux axes de réflexion autour de la notion de panorama. Cette phrase apparaît en effet d’une part comme un lieu commun que tout un chacun pourrait prononcer devant n’importe quel paysage, évoquant contemplation, insouciance et plaisir. D’autre part, le fait que cette parole soit prononcée devant le Canal de Suez, en 1955, un an avant sa nationalisation et les conflits subséquents, témoigne de la potentielle dimension géopolitique de toute entreprise destinée à proposer une vision englobante de la réalité. Les panoramas sont affaire de contemplation, certes, mais également d’appropriation, de domination, voire d’aliénation. »

OSS 117, Le Caire nid d’espions, © 2005 Gaumont - Mandarin Films - M6 Films 02
OSS 117, Le Caire nid d’espions, © 2005 Gaumont – Mandarin Films – M6 Films 02

Dans l’introduction du catalogue, ils en précisent les ambitions : « [L’exposition] cherche à définir ce que peut être la vision panoramique en provoquant une rencontre entre les apports théoriques de l’histoire sociale et politique, de l’histoire de l’art, de la philosophie esthétique, de la sociologie, de la géographie et des œuvres qui, avec leur langage propre, se frottent elles aussi à cette vision ».

Un parcours très dense, une scénographie et un accrochage confus

Avec plus de 400 objets (œuvres d’art, documents historiques, archives, photographies, extraits de films, objets de la vie quotidienne ou liés à l’industrie du tourisme, etc.), le parcours s’organise en six étapes. Il cherche à multiplier les points de vue avec des approches historiques, sociologiques et artistiques du panorama.

J'aime les panoramas (Le dispositif panoramique), Vue de l'exposition au MuCEM, 2015
J’aime les panoramas (Le dispositif panoramique), Vue de l’exposition au MuCEM, 2015

Malheureusement, « J’aime les panoramas » n’arrive pas à interroger, à captiver et à émouvoir, comme l’avaient réussi « Le Noir et le Bleu » et  « Lieux Saints partagés ».

J'aime les panoramas (Le panorama comme relevé), Vue de l'exposition au MuCEM, 2015
J’aime les panoramas (Le panorama comme relevé), Vue de l’exposition au MuCEM, 2015

L’ambition du projet, la densité et la diversité du discours, l’éclectisme et l’abondance des objets présentés et surtout  une scénographie compliquée, touffue, bavarde d’Adrien Rovero et un accrochage brouillon, parfois illisible épuisent peu à peu l’attention du visiteur, dont le regard s’égare et finit par se perdre…

J'aime les panoramas (La construction du point de vue), Vue de l'exposition au MuCEM, 2015
J’aime les panoramas (La construction du point de vue), Vue de l’exposition au MuCEM, 2015

C’est regrettable car les intentions étaient particulièrement intéressantes et parmi les objets exposés, on trouve de véritables pépites et des œuvres remarquables.

J'aime les panoramas (Le panorama comme récit), Vue de l'exposition au MuCEM, 2015
J’aime les panoramas (Le panorama comme récit), Vue de l’exposition au MuCEM, 2015

Cependant, « J’aime les panoramas » peut offrir des découvertes captivantes et poser des questions pertinentes à la condition d’en préparer très soigneusement la visite.

Préparer une visite de l’exposition

Les textes de salle sont assez succincts. Quelques cartels sont enrichis par des textes issus du catalogue, mais ils ne constituent pas un réel fil conducteur pour la visite. On suggère donc de suivre une visite guidée ou d’utiliser l’audioguide (limité toutefois à 15 moments du parcours).
Pour préparer la visite, le site du MuCEM offre des informations utiles et quelques ressources. On conseille la lecture du dossier pédagogique à destination des enseignants, disponible en ligne.

La dernière partie « L’homme face au grand paysage » rassemble une exceptionnelle sélection d’œuvres d’art  qui peut faire l’objet d’une visite séparée.

Si on passe une journée à Marseille, on conseille de fragmenter sa visite en au moins deux parties. Si on est marseillais ou si l’on vient régulièrement à Marseille, plusieurs visites peuvent s’imposer.

Une programmation culturelle importante accompagne l’exposition. Les enregistrements  des rencontres et des débats mis en ligne permettent de construire ou d’enrichir l’expérience de visite.

David Hockney, A closer Grand Canyon, 1988 © David Hockney_photo Richard Schmidt_1
David Hockney, A closer Grand Canyon, 1988 © David Hockney_photo Richard Schmidt_1

Le catalogue, coédité par le MuCEM et Flammarion, propose des essais de Jean-Marc Besse, Jan Blanc, Jean-Roch Bouiller, Hervé Brunon, François Cheval, Michel Collot, Bernard Comment, Céline Flécheux, Laurence Madeline, Michel Maffesoli, Alexandre Quoi et Alice Thomine-Berrada.
CatalogueS’ils donnent des éclairages scientifiques additionnels à l’exposition,  leur complémentarité  avec les objets présentés n’est pas toujours manifeste.
Le format « panoramique » du catalogue offre des reproductions de très bonne qualité. Quelques œuvres bénéficient de « dépliants », une initiative originale, mais qui s’avère assez peu pratique.
La mise en page est parfois déroutante. D’incompréhensibles réserves blanches coupent quelques articles sans raison évidente, donnant ainsi l’impression que certaines illustrations prévues ont été oubliées ou supprimées.
Une bibliographie très complète permet un approfondissement du sujet pour ceux qui le souhaitent.

Commissariat : Jean-Roch Bouiller, conservateur en chef, responsable du secteur art contemporain au MuCEM et Laurence Madeline, conservateur en chef, responsable du pôle Beaux-Arts des Musées d’Art.

En savoir plus :
Sur le site du MuCEM
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Le MuCEM propose de contribuer en ligne à un panorama infini et participatif (#PANORAMAEXQUIS)

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Exposition Jean Azémard à la Galerie AL/MA et au FRAC

L’exposition Jean Azémard,  que propose le FRAC Languedoc-Roussillon, en coordination avec  la Galerie AL/MA, est un événement majeur de ce riche printemps à Montpellier.

Depuis l’exposition au Musée d’art moderne de Collioure en 1999, un an après sa mort, c’est la première présentation importante pour cet artiste dont la forte personnalité et les engagements ont donné à sa vie et à ses œuvres une originalité et un caractère puissant.

Amateurs et collectionneurs (re)découvriront une œuvre fragile et puissante, cohérente et  émouvante.  À ne pas manquer !

Les deux expositions ont bénéficié du soutien d’Achouak Azémard, d’amis très proches (Jean-Marc Andrieu, François Lagarde et Patrick Saytour)  et de collectionneurs.

Au FRAC Languedoc-Roussillon.

Une sélection d’œuvres conservées dans les collections publiques, au FRAC et au musée Fabre, est complétée par un ensemble de sculptures issues de collections particulières, dont celle d’Achouak Azémard.

Cette salle aux dimensions imposantes, et qui n’offre guère de surprise dans la découverte des expositions, «  écrase » souvent les propositions artistiques qui y sont présentées.

Curieusement, les sculptures de Jean Azémard, avec leur fragilité et leurs dimensions modestes, trouvent dans cet environnement, un espace à leur mesure. Elles y respirent merveilleusement et avec une force qui fait complètement oublier le caractère intimidant du lieu.

Jean Azémard, Sans titre, aquarelle, s. d. Photo François Lagarde
Jean Azémard, Sans titre, aquarelle, s. d. Photo François Lagarde

L’aquarelle (Sans titre, s.d.) qui inaugure le parcours représente les cabanes de l’étang de l’Or, dont celle fondée par le grand-père de Jean , au XIX°siècle. Au confluent du Canal de Lunel et de Canalette du Languedoc, le lieu porte le nom de « Cabane d’Azémard ». C’est ici que travaillait Jean Azémard, et là où il décida de passer les dernières années de sa vie… Mais cette aquarelle évoque aussi un modèle d’utopie architecturale dans lequel il s’était engagé, dans les années 70, moment où il avait choisi, pour un temps, de s’éloigner des arts plastiques.

Jean Azémard, Sans titre, 1969 - Musée Fabre, Montpellier
Jean Azémard, Sans titre, 1969. Acrylique sur toile, 193 x 130 cm. Don de l’auteur, 1998 – Musée Fabre, Montpellier

La seule œuvre qui témoigne de sa production artistique avant cette rupture est une toile (Sans titre, 1969) prêtée par le musée Fabre, unique peinture de l’exposition.  Datée de 1969, l’œuvre est contemporaine des engagements politiques à la fin des années 60, de la création du Groupe ABC Production avec Tjeerd Alkema, Vincent Bioulès et Alain Clément et de l’exposition 100 artistes dans la ville dans les rues de Montpellier.

Les autres œuvres exposées sont des sculptures postérieures à 1983, année où Jean Azémard reprend une activité de plasticien.  Il réalise alors des volumes et utilise le béton comme matériau principal. Si le moulage de la sculpture est conduit par un projet  bien défini,  les hasards liés au  séchage laissent aussi l’objet se forger lui-même. Souvent, Azémard  ajoute des cartons, du plomb, des sangles ou d’autres matériaux récupérés dans les cabanes sur la pièce en béton moulé. Il renforce ainsi les contrastes et donne à ses sculptures dynamisme et souplesse. La teinte du béton, gris ou coloré dans la masse, s’harmonise avec les couleurs souvent pastel et délavées des autres éléments.

L’accrochage associe les sculptures murales du FRAC (Sans titre,1983-84 et Sans titre, 1984) celles du musée Fabre (Sans titre-Hommage à Matisse, s.d. et Sans titre, s.d. )à celles plus nombreuses des collections particulières qui à une exception sont toutes datées des années 90.

À la galerie AL/MA

 La galerie de la rue Aristide Ollivier présente un très bel ensemble de volumes des années 1985 à 1998 dans la veine des œuvres proposées au FRAC.

Les pièces exposées ici, comme au FRAC, offrent à l’imaginaire du regardeur des interprétations multiples toujours renouvelées. Les sculptures de Jean Azémard nous donnent  l’impression  de toujours les voir pour la première fois.  Comme l’écrit René Pons, « À chaque regard, l’œuvre se recommence et c’est bien ainsi. »

Une intéressante sélection d’œuvres sur papier montre à la fois spontanéité et la maîtrise de son travail graphique.

Jean Azémard Galerie AL/MA
Jean Azémard Galerie AL/MA

On regrette l’absence au FRAC des dessins préparatoires conservés par le musée Fabre qui auraient offert un éclairage intéressant sur son travail. On contentera donc de les consulter via la base d’œuvres du musée, disponible sur Internet.

On trouvera ci-dessous quelques repères biographiques extraits du dossier de presse. Mais nous ne pouvons que conseiller la lecture, souvent émouvante,  des propos recueillis par Chantal Creste, aux Cabanes de Lunel, quelques mois avant la mort d’Azémard. Ils sont publiés par Hors-Œil Éditions et disponibles dans les deux lieux d’exposition. On lira également le très beau texte de Réné Pons, que l’on peut consulter en ligne.

Souhaitons que le travail de collecte entrepris puisse aboutir rapidement à la publication d’un ouvrage sur Jean Azémard et sur son œuvre.

 En savoir plus :
Sur le site du FRAC LR
Sur le site de la galerie AL/MA
Lire Le je-ne-sais-quoi, texte de René Pons, ami de Jean Azémard :

Lire la suite Exposition Jean Azémard à la Galerie AL/MA et au FRAC

Marc Desgranchamps. Sans Titre, 2006. Visages Picasso, Magritte, Warhol… à la Vieille Charité, Marseille

Marc Desgranchamps. Sans Titre, 200
Marc Desgranchamps. Sans Titre, 2006. Huile sur toile. Marseille, Collection vacances bleues. © Photo Marif Deruffi

Première visite de l’exposition Visages Picasso, Magritte, Warhol… à la Vieille Charité, Marseille.
Beaucoup de très belles surprises et surtout des rapprochements et des dialogues particulièrement réussis entre les œuvres.
De multiples conversations entre peinture et photographie qui donne à cette exposition une vraie singularité.

Parmi ces multiples proximités réussies, deux femmes grandeur nature semblent se tourner le dos… Mais l’étonnante présence du personnage de  Djamal Tatah peint à la cire, s’oppose-t-il réellement à l’évanescence et à la transparence de la femme fantomatique de Marc Desgranchamps ?

Chronique à suivre, très prochainment….

Jean Azémard – Œuvres 1968-1998 à la Galerie AL/MA et au FRAC

Jean Azémard – Œuvres 1968-1998 à la Galerie AL/MA et au FRAC

Une rétrospective des œuvres de Jean Azémard est proposée simultanément par la Galerie AL/MA et le FRAC Languedoc-Roussillon.

Vernissage le vendredi 7 mars 2014 à 18h.
Exposition à la galerie AL/MA du 8 mars au 3 mai 2014.
Exposition au FRAC du 8 mars au 26 avril 2014.

Lire la suite Jean Azémard – Œuvres 1968-1998 à la Galerie AL/MA et au FRAC

André Blondel, Au nom du père à l’espace Bagouet, Montpellier

affiche_1Ceux qui se souviennent de Blonder/Blondel, la rétrospective André Blondel présentée, en 2009, par le musée Paul Valéry à Sète, attendent avec intérêt le projet Au nom du père monté par Numa Hambursin à l’espace Bagouet du 7 février – 13 avril 2014.

Ceux qui ne connaissent pas l’œuvre de cet artiste peuvent patienter en consultant le site internet Blonder Blondel que propose son fils Marc Blondel.

Bien entendu,  nous reviendrons sur cette nouvelle proposition de l’espace Bagouet dans cette série d’expositions consacrées aux  figures artistiques régionales des XIXe et XXe siècles, après avoir une prochaine visite.

Vernissage le jeudi 6 février 2014
Du mardi au dimanche : 0h – 13h et de 14h – 18h

En savoir plus :
Sur le site de la ville de Montpellier
Sur le site Blonder/Blondel

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