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Dufy, de Martigues à l’Estaque au musée Ziem à Martigues

Affiche_Dufy_1L’exposition présentée jusqu’au 13 octobre au musée Ziem de Martigues est associée au Grand Atelier du Midi, comme l’est  Picasso céramiste et la Méditerranée à Aubagne.

Pourquoi Dufy à Martigues ? Car, c’est là que Raoul Dufy découvre le Midi en 1903.
L’exposition se propose de réhabiliter les œuvres de jeunesse de Dufy et de montrer comment son travail évolue depuis ce premier séjour dans le midi (1903), en passant par l’Estaque (1908) et Marseille avant d’affirmer un style original au début des années 20.

Dufy naît, en 1877, au Havre, dans un milieu modeste. En 1883, il rencontre Othon Friesz et Georges Braque à  l’École des Beaux-arts du Havre. Des liens d’amitié se nouent entre les trois hommes. En 1900, il intègre l’École nationale des Beaux-Arts où il rejoint Friesz. L’année suivante, il expose des paysages de Normandie et des vues de Paris qui se réclament de Boudin et de l’impressionnisme.

Ces premières années sont évoquée par un autoportrait de 1898, conservé au Centre Pompidou qui accueille le visiteur.

Dufy, impressionniste et fauve

En 1903, il participe au Salon des Indépendants.  Pour son premier séjour dans le Midi, il se rend d’abord à Martigues (1903-1904), probablement encouragé par Francis Picabia, grand admirateur de Félix Ziem. La notoriété de dernier a attiré de nombreux peintres à Martigues dès les années 1880 (Auguste Renoir, Paul Signac…)

La première salle de l’exposition rend compte de ce voyage en présentant des toiles issues de la collection permanente du musée :  vues de Jonquières et de l’Île et des canaux (Les Martigues, Place d’église à Martigues), paysage des collines proches (Paysage aux Martigues). On remarque également une intéressante représentation du Théâtre aux Martigues (1903), accompagnée d’une esquisse exécutée sur le papier à lettres du Grand Hôtel du cours voisin du théâtre. Le Centre Pompidou prête une vue du Port de Martigues qui complète ce fond du musée.
Dans ces œuvres, si la matière reste épaisse, la touche de Dufy devient plus franche, et les formes sont plus présentes. Sa palette contrastée et plutôt sombre témoigne d’une influence encore présente de Manet. Ces toiles ne montrent pas encore d’évolution majeure par rapport à tableaux qui ont été peints en Normandie ou à Paris, dans cette même période.  Cependant, l’exposition affirme y déceler « une palette éclaircie et des toiles lumineuses »…

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En 1905, Dufy expose au Salon des Indépendants où il découvre Luxe, Calme et Volupté de Matisse. Cette toile a une influence considérable sur son travail. Dufy n’est pas présent dans la « cage aux fauves » au Salon d’Automne. Il faut attendre 1906, en Normandie où il retrouve Albert Marquet et Othon Friesz pour qu’il s’éloigne de l’impressionnisme et s’engage dans la voie du fauvisme. Il libère ses couleurs et ose des contrastes violents…

À la fin octobre 1907, il arrive à Marseille, puis s’installe à la Ciotat. Dufy passe l’année 1908 dans le midi.

Les premières œuvres présentées dans la deuxième salle de l’exposition évoquent la brève période des expérimentations fauves qui conduit Dufy à formaliser sa théorie de la couleur-lumière qui continuera à marquer son travail ultérieur. « J’avais découvert mon système, dont voici la théorie : à suivre la lumière solaire, on perd son temps. La lumière de la peinture, c’est tout autre chose, c’est une lumière de répartition, de composition, une lumière-couleur ».
On remarquera plusieurs scènes de café dont la Terrasse sur la plage, 1907 du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris et le Café à l’Estaque, 1908 conservé au  Centre Pompidou. Les Joueurs de boules à l’Estaque, 1908 d’une collection privée américaine complète cet ensemble. Cette œuvre fournit à l’exposition son affiche et la couverture de son catalogue.

Joueurs de boules_1
Raoul Dufy, Joueurs de boules à l’Estaque, 1908, huile sur toile, 37,5 x 45,7 cm,
Private Collection, USA © Paris, ADAGP 2013

Dufy et le cubisme cézannien

En 1907, Dufy visite la rétrospective Cézanne au Salon d’automne. Comme de nombreux peintres de sa génération, il est fortement marqué par cette exposition et la remise en cause de la perspective euclidienne. Fin 1907, Dufy fait escale à Martiques, il réalise une intéressante série Les Barques aux Martigues. Composée de six huiles sur le même sujet, cette série témoigne des recherches de Dufy et de l’influence de Gauguin comme de Cézanne :  juxtaposition d’aplats, géométrisation…  Sa palette passe du fauvisme au cubisme cézannien. L’exposition présente deux toiles de cette série particulièrement démonstrative :  une huile sur toile de la Fridart Collection, en dépôt au Courtauld Institute of Art de Londres et le tableau du musée Ziem.

Au cours de l’été 1908, Dufy retrouve Georges Braque à L’Estaque, sur les traces de Cézanne. Ensemble, Ils produisent des toiles caractéristiques d’un cubisme « cézannien ». La composition se simplifie de plus en plus, l’espace se géométrise et se densifie, la palette se réduit…
L’exposition propose un ensemble important d’œuvres qui relève de ce premier cubisme, en particulier Bateaux et barques à Marseille, 1907 d’une collection particulière, Arbres à l’Estaque, 1908 Bateaux à quai dans le port de Marseille, 1908 ou encore Statue aux deux vases rouges, vers 1908 du Centre Pompidou…
Les Palmiers, Hommage à Gauguin, 1908 a peut-être été réalisé à l’Estaque ou à Martigues. Dans cette toile, conservée par le musée Ziem, les formes géométriques des palmes saturent l’espace, et la palette est majoritairement composée de  verts et de bruns. Mais Dufy ne résiste pas à l’utilisation d’un jaune, d’un bleu et d’un rouge vifs qui tranchent sur les tonalités plus sourdes qui dominent… Trace du fauvisme ou refus d’abandonner la couleur ?

En 1909, Dufy rencontre le couturier Paul Poiret. Son inclination pour les arts décoratifs s’affirme plus en plus. Peu à peu, sa peinture devient plus expressive, la couleur se dissocie de la forme, le dessin s’assouplit et exprime l’essentiel en quelques traits, courbes et contre-courbes. Après guerre, Dufy porte un intérêt de plus en plus marqué à l’aquarelle. L’exposition témoigne de cette évolution  par la présentation d’une aquarelle très expressive Le Vieux Port de Marseille, 1925 d’une collection particulière.

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Dufy dessinateur

La troisième salle de l’exposition est consacrée aux présentations d’œuvres graphiques. Le Centre Pompidou, musée national d’Art moderne a accepté de prêter trois carnets, qui correspondent au deuxième séjour de Dufy dans le Midi. Le carnet n° 14 contient 29 croquis réalisés à Marseille en 1908 et en 1909. Plusieurs sont des dessins préparatoires pour des peintures fauves et cubistes. Les carnets n° 25 et n° 26 datent des années 1908-1910. On y remarque surtout des nus féminins et des portraits sans liens directs avec les sujets des œuvres peintes exposées. La présentation de ces carnets est accompagnée d’applications sur tablettes qui permettent virtuellement de les « feuilleter ».
Quelques dessins plus tardifs, réalisés en 1919, lors du retour de Dufy à Marseille après guerre, ont été prêtés par le musée de Grenoble et la Fondation Regards de Provence de Marseille.

Malgré le nombre d’œuvres présentées et leur qualité, il manque quelque chose à cette exposition pour susciter une très forte adhésion… Certes l’historien d’art, spécialiste de cette période et très intéressé par la recherche d’indices sur  l’émergence du  style Dufy dans ses œuvres de jeunesse, y trouvera son compte. Mais pour un public moins averti, la lisibilité du propos est en partie desservi par un nombre de toiles trop important, souvent très proches les unes des autres. Ceci est particulièrement sensible dans la deuxième section où l’accrochage manque de respiration.  On note aussi quelques problèmes dans l’éclairage de certaines œuvres desservies par des reflets gênants.
Le souvenir de l’exposition Dufy en Méditerranée au musée Paul Valéry à Sète explique peut-être cette vision « critique » de cette exposition. Celle-ci est certainement renforcée par la visite récente du volet marseillais du Grand Atelier du Midi « de Van Gogh à Bonnard ». Dans la superbe scénographie du palais Longchamp, quatre toiles peintes entre 1904 et 1908 (Le Marché aux poissons à Marseille, Paysage de Provence, La Tuilerie de Saint-Henri, La Terrasse à l’Estaque) et un Atelier à Vence avec nu plus tardif (1945) résument de façon très explicite l’évolution du travail de Raoul Dufy …

Catalogue Dufy, de Martigues à l’Estaque aux éditions  Snoeck.
Commissariat :  Lucienne  Del’Furia

En savoir plus :
Sur le site de la ville de Martigues
Sur le site Marseille-Provence 2013

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