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Mabel Palacín, La Distancia correcta (La distance juste), FRAC LR à Montpellier

Jusqu’au 19 décembre, le FRAC Languedoc Roussillon présente La Distancia correcta (La distance juste), une remarquable installation vidéo de l’artiste barcelonnaise Mabel Palacin.

Cette œuvre qui investit tout l’espace de la salle d’exposition du FRAC mérite, à l’évidence, un déplacement  rue Rambaud à Montpellier.

« Mabel Palacín - Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition "La Distancia correcta" au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin
« Mabel Palacín – Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition « La Distancia correcta » au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin

Le dispositif de présentation de La Distencia Correcta mis en place au FRAC est construit à l’aide d’une vaste cimaise placée légèrement en biais par rapport à la salle. Elle définit un espace de projection dans lequel sont suspendus deux écrans, pas tout à fait juxtaposés. Accompagné chacun d’une paire d’enceintes audio,  ils sont placés sensiblement au milieu de l’espace, permettant ainsi  au spectateur de circuler dans la salle et de se placer devant, derrière ou à côté de la surface de projection. Les cimaises sont peintes d’un rouge pompéien qui évoque l’ambiance feutrée des salles de cinéma. Des moquettes aux diverses tonalités de rouge complètent un ensemble plutôt accueillant, mais dont la construction oblique produit un peu d’instabilité.

« Mabel Palacín - Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition "La Distancia correcta" au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin
« Mabel Palacín – Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition « La Distancia correcta » au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin

Sur les deux écrans est rétroprojeté un film dans lequel se mêlent, de façon très troublante, des extraits  d’autres films réalisés par des cinéastes de renom tels que Jean-Luc Godard, James Cameron, Alejandro Gómez Iñárritu, Peter Yates, William Friedkin, Alain Resnais, Michelangelo Antonioni, René Clément, Ingmar Bergman, Alfred Hitchcock, Martin Scorsese, Billy Wilder, N. Night Shyamalan, Vera Kodar et François Truffaut
On peine à distinguer si l’acteur filmé par  Mabel Palacín est dans ou hors l’action, s’il construit quelque chose en relation avec les personnages des films… La narration est volontairement énigmatique, les citations prolifèrent et s’enchevêtrent. Les images dans les images, la multiplication des points de vue, les plans et les objets symboliques semblent offrir des indices qui s’avèrent inconstants. Il pourrait être question de la fabrication d’un engin explosif…

« Mabel Palacín - Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition "La Distancia correcta" au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin
« Mabel Palacín – Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition « La Distancia correcta » au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin

Les mises en abîme sont particulièrement nombreuses et complexes.  La « distance » entre l’acteur et son (ou ses) double, entre le film de Mabel Palacín et les autres films, questionne avec beaucoup de réussite sur l’enjeu d’une « bonne distance » à l’image. Avec cette installation, elle nous renvoie à notre rapport à l’image, à la distance « entre le motif et le fond, la technique et l’idéologie, la fiction et la réalité, l’auteur et le public »…

La possibilité offerte au spectateur de circuler dans le dispositif ajoute une dimension physique à cette question de notre position par rapport à l’image… Toutefois nous n’ayons pas constaté que l’ assistance s’emparait spontanément de cette « liberté »…

« Mabel Palacín - Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition "La Distancia correcta" au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin
« Mabel Palacín – Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition « La Distancia correcta » au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin

La bande-son  originale, composée par Mark Cunningham et Sílvia Mestres est particulièrement réussie. La musique et les quelques bruitages renforcent le sentiment instable d’écho entre les réalités que provoque l’installation… À l’évidence, le trompettiste a beaucoup écouté le Miles Davis et son jeu souvent celui de Miles dans « Ascenseur pour l’échafaud ».

Le propos de cette installation de Mabel Palacín rappelle, par bien des aspects, la proposition présentée par Graham Eatough et Graham Fagen dans In Caméra au Panorama de la Friche Belle de Mai à Marseille que nous avons évoqué ici, il y a quelques jours.

Une très belle réussite qu’il ne faut surtout pas manquer !

La Distancia correcta  a été co-produit par le Centre d’Art Santa Monica de Barcelone et le Musée de l’Université d’Alicante (MUA ) en 2003 avec l’aide de la Generalitat de Catalunya et la fondation Arte y Derecho.

En savoir plus :
Sur le site du FRAC LR
Sur la page Facebook du FRAC LR
Sur le site du MACBA

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