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Stefanos Tsivopoulos, History Zero au MuCEM

Après la récente victoire électorale de Syriza, en Grèce, il n’est pas inutile de voir ou de revoir History Zero, l’installation de l’artiste grec Stefanos Tsivopoulos que le MuCEM présente jusqu’au 21 avril 2015, dans la salle du bâtiment Georges-Henri Rivière, au Fort Saint-Jean.

Conçue pour la biennale de Venise de 2013, History Zero est composée de trois films de fiction se déroulant à Athènes et d’un espace documentaire.

Stefanos Tsivopoulos, History Zero -Espace documentaire - Installation au MuCEM
Stefanos Tsivopoulos, History Zero -Espace documentaire – Installation au MuCEM

Le dispositif scénographique, conçu par Olivier Bedu et Juliette Morel, répond à une organisation spatiale imposée par l’artiste.
Un espace central, dédié à une importante documentation sur des monnaies alternatives, donne accès à trois salles de projection vidéo, distribuées en déambulatoire.

Stefanos Tsivopoulos, History Zero - Installation au MuCEM
Stefanos Tsivopoulos, History Zero – Installation au MuCEM

Pour l’espace documentaire, Stefanos Tsivopoulos  a demandé à des chercheurs d’enquêter sur des exemples de monnaies alternatives. Définissant un espace plus ou  mois circulaire, quatre grandes cimaises présentent une sélection de documents textuels et visuels qui résultent de cette étude.
Exemples et témoignages  illustrent différents systèmes alternatifs d’échange non-monétaire, qui construisent d’autres rapports à l’argent. Certains mettent clairement en question la corruption et le pouvoir politique de la monnaie.

Ce point zéro de l’installation est à la fois le point de départ et  point d’arrivée d’un parcours dans les trois épisodes du film de Tsivopoulos.  History Zero met en scène les expériences de trois personnages qui ont chacun une perception très différente de la valeur de l’argent.

History 1 suit un jeune immigré africain qui pousse un chariot de supermarché dans les rues d’Athènes à la recherche de morceaux de ferraille… Jusqu’au moment où il abandonne son trésor …

Stefanos Tsivopoulos, History Zero - Episode 1
Stefanos Tsivopoulos. History Zero, 2013. Episode 1. Photo du tournage. Photo : Despoina Spyrou. Copyright : Stefanos Tsivopoulos, History Zero, 2013. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Kalfayan, Athènes – Thessalonique.

History 2 montre un artiste étranger (allemand ?) qui visite Athènes, cherchant l’inspiration pour une nouvelle œuvre d’art.  Il regarde la ville et ses habitants au travers de son iPad…  Au détour d’une rue, son regard est attiré par un chariot de supermarché plein de ferraille.

Stefanos Tsivopoulos, History Zero - Episode 2
Stefanos Tsivopoulos. History Zero, 2013. Episode 2. Photo du tournage. Photo : Despoina Spyrou. Copyright : Stefanos Tsivopoulos, History Zero, 2013. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Kalfayan, Athènes – Thessalonique.

History 3 raconte la vie d’une collectionneuse, souffrant de la maladie d’Alzheimer qui vit seule dans sa maison cossue, entourée d’œuvres d’art contemporain. Elle trompe son ennui en fabriquant des fleurs en origami.

Stefanos Tsivopoulos, History Zero - Episode 3
Stefanos Tsivopoulos. History Zero, 2013 (extrait du film). Episode 3. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Kalfayan, Athènes – Thessalonique.

Dans un entretien, reproduit dans le catalogue de la 55ème Biennale de Venise, Stefanos Tsivopoulos raconte :

« Pour moi, le défi était de faire une nouvelle œuvre, non à propos de la crise proprement dite, mais pour interroger ce qu’est la crise, dans quoi elle trouve sa source, et de me demander s’il existe une façon de résister en adoptant une vision différente de la crise. L’œuvre interroge la valeur de la monnaie, et le corpus de documents est une collection d’exemples de monnaies alternatives à travers lesquelles la valeur de la monnaie est remise en question. Donc, l’œuvre porte un regard anthropologique et croise les histoires de trois individus complètement différents, une vieille dame, collectionneuse d’art contemporain, atteinte de démence, un immigré qui ramasse de la ferraille, et un artiste collectant des images. Par le biais de routines quotidiennes apparemment réalistes, je voulais mener une série d’interrogations concernant la manière dont leurs histoires et leurs collections pouvaient être connectées entre elles, et les actions de l’un affecter les vies des autres ».

Peu importe l’ordre dans lequel on regarde les épisodes et le chemin que l’on choisit. En effet,  comme le souligne Tsivopoulos :

« Dans History Zero, les trois histoires séparées ne se rencontrent jamais directement, elle « se rencontrent » seulement dans l’esprit ou la mémoire du spectateur . Je suis par-dessus tout intéressé par cet aspect de l’interconnectivité, et par l’idée que toutes les actions ont un sens et affectent les vies des autres, et réciproquement. L’œuvre s’attache à cet aspect majeur de « ce qui est en œuvre », ce qui met le monde en mouvement.
Beaucoup affirmeraient que c’est l’argent, ou les constantes fluctuations de sa valeur. Je pense que, dans son essence, c’est quelque chose d’autre. Et je suis très heureux, si, ce quelque chose d’autre reste invisible, et n’a pas de nom »
.

Avec de lourdes tentures, le dispositif scénographique crée des salles de projections, séparées par des sas, qui offrent un remarquable confort aux spectateurs, en éliminant toutes les perturbations lumineuses et sonores. La qualité des équipements de projection installés par les équipes techniques du MuCEM donne toute sa dimension au film de Stefanos Tsivopoulos.

L’organisation scénographique a dégagé un espace supplémentaire qui a permis un enrichissement du corpus d’archives d’Alternative Currencies : An Archive And A Manifesto. On peut s’interroger sur l’intérêt de cette « extension » qui déséquilibre un peu l’installation en renforçant son aspect documentaire.

Stefanos Tsivopoulos, History Zero - Installation au MuCEM
Stefanos Tsivopoulos, History Zero – Installation au MuCEM

Le commissariat au  MuCEM est assuré par Jean-Roch Bouiller, conservateur, chargé de l’art contemporain.

Avec cette exposition, le MuCEM montre une nouvelle fois le rôle important qu’il joue dans l’éclairage des questions de société et d’actualité politique de l’Europe et de la Méditerranée.
L’installation de Stefanos Tsivopoulos mérite sans aucun doute une visite au Fort Saint-Jean. Souhaitons que les visiteurs de l’expo Depardon n’oublient pas de passer par le bâtiment Georges-Henri Rivière…

En savoir plus :
Sur le site du MuCEM
Sur le site de Stefanos Tsivopoulos
Sur le site du projet History Zero

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Jean-François Laporte, Electric-Qi, Seconde Nature, Aix-en-Provence

Dans le cadre du Festival Reevox, Seconde Nature propose, du 28 janvier au 28 février 2015, une exposition de l’artiste québécois Jean-François Laporte.

La présentation du projet par Seconde Nature est particulièrement alléchante :

« Autour du festival Reevox, Seconde Nature présente en partenariat avec le GMEM une exposition autour de son travail. À cette occasion l’artiste dévoile une création baptisée Électric-QI, constituée de 35 Tubes (sorte de Flûtes Overtones) transparent. Chaque Tube est animé par de l’air comprimé et équipé par un LED de sorte qu’il puisse être illuminé. Cette forêt de tube translucide mes en scène 35 instruments qui sont suspendue et disposés méthodiquement dans l’espace d’exposition, invitant le public à déambuler et construire son propre parcours musical, entouré du son et de la lumière générés par les instruments.
Cette création sera accompagnée d’anciens travaux de l’artiste dont l’installation The floating project, et des partitions musicales représentant et mettant en scène graphiquement l’écriture musicale de Jean-François Laporte ».

Production totem contemporain. Coproduction Seconde Nature, Hellerau – Centre Européen pour les Arts de Dresden (Allemagne). Avec le soutien du Conseil des Arts et des Lettres.

Vernissage : le 27 janvier 2015 à 18 h en présence de l’artiste. L’entrée est libre.

Le 29 janvier 2015 à 21 h, Jean-François Laporte et  Virgile Abela proposeront Inner Island, une œuvre écrite en duo. Ce projet est une production du gmem-CNCM-marseille, en partenariat avec le CNRR et la Cité de la Musique de Marseille.

En savoir plus :
Sur le site de Seconde Nature
Sur la page Facebook de Seconde Nature
Sur le site du GMEM
Sur le site de Jean-François Laporte
Jean-François Laporte sur le site de l’IRCAM
Jean-François Laporte sur Arte Creative : Session with et Tank-13

Electric-Qi_1

Mabel Palacín, La Distancia correcta (La distance juste), FRAC LR à Montpellier

Jusqu’au 19 décembre, le FRAC Languedoc Roussillon présente La Distancia correcta (La distance juste), une remarquable installation vidéo de l’artiste barcelonnaise Mabel Palacin.

Cette œuvre qui investit tout l’espace de la salle d’exposition du FRAC mérite, à l’évidence, un déplacement  rue Rambaud à Montpellier.

« Mabel Palacín - Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition "La Distancia correcta" au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin
« Mabel Palacín – Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition « La Distancia correcta » au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin

Le dispositif de présentation de La Distencia Correcta mis en place au FRAC est construit à l’aide d’une vaste cimaise placée légèrement en biais par rapport à la salle. Elle définit un espace de projection dans lequel sont suspendus deux écrans, pas tout à fait juxtaposés. Accompagné chacun d’une paire d’enceintes audio,  ils sont placés sensiblement au milieu de l’espace, permettant ainsi  au spectateur de circuler dans la salle et de se placer devant, derrière ou à côté de la surface de projection. Les cimaises sont peintes d’un rouge pompéien qui évoque l’ambiance feutrée des salles de cinéma. Des moquettes aux diverses tonalités de rouge complètent un ensemble plutôt accueillant, mais dont la construction oblique produit un peu d’instabilité.

« Mabel Palacín - Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition "La Distancia correcta" au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin
« Mabel Palacín – Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition « La Distancia correcta » au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin

Sur les deux écrans est rétroprojeté un film dans lequel se mêlent, de façon très troublante, des extraits  d’autres films réalisés par des cinéastes de renom tels que Jean-Luc Godard, James Cameron, Alejandro Gómez Iñárritu, Peter Yates, William Friedkin, Alain Resnais, Michelangelo Antonioni, René Clément, Ingmar Bergman, Alfred Hitchcock, Martin Scorsese, Billy Wilder, N. Night Shyamalan, Vera Kodar et François Truffaut
On peine à distinguer si l’acteur filmé par  Mabel Palacín est dans ou hors l’action, s’il construit quelque chose en relation avec les personnages des films… La narration est volontairement énigmatique, les citations prolifèrent et s’enchevêtrent. Les images dans les images, la multiplication des points de vue, les plans et les objets symboliques semblent offrir des indices qui s’avèrent inconstants. Il pourrait être question de la fabrication d’un engin explosif…

« Mabel Palacín - Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition "La Distancia correcta" au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin
« Mabel Palacín – Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition « La Distancia correcta » au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin

Les mises en abîme sont particulièrement nombreuses et complexes.  La « distance » entre l’acteur et son (ou ses) double, entre le film de Mabel Palacín et les autres films, questionne avec beaucoup de réussite sur l’enjeu d’une « bonne distance » à l’image. Avec cette installation, elle nous renvoie à notre rapport à l’image, à la distance « entre le motif et le fond, la technique et l’idéologie, la fiction et la réalité, l’auteur et le public »…

La possibilité offerte au spectateur de circuler dans le dispositif ajoute une dimension physique à cette question de notre position par rapport à l’image… Toutefois nous n’ayons pas constaté que l’ assistance s’emparait spontanément de cette « liberté »…

« Mabel Palacín - Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition "La Distancia correcta" au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin
« Mabel Palacín – Le Choix du spectateur ». Vue de l’exposition « La Distancia correcta » au Frac Languedoc-Roussilloc. Photo Luc Jennepin

La bande-son  originale, composée par Mark Cunningham et Sílvia Mestres est particulièrement réussie. La musique et les quelques bruitages renforcent le sentiment instable d’écho entre les réalités que provoque l’installation… À l’évidence, le trompettiste a beaucoup écouté le Miles Davis et son jeu souvent celui de Miles dans « Ascenseur pour l’échafaud ».

Le propos de cette installation de Mabel Palacín rappelle, par bien des aspects, la proposition présentée par Graham Eatough et Graham Fagen dans In Caméra au Panorama de la Friche Belle de Mai à Marseille que nous avons évoqué ici, il y a quelques jours.

Une très belle réussite qu’il ne faut surtout pas manquer !

La Distancia correcta  a été co-produit par le Centre d’Art Santa Monica de Barcelone et le Musée de l’Université d’Alicante (MUA ) en 2003 avec l’aide de la Generalitat de Catalunya et la fondation Arte y Derecho.

En savoir plus :
Sur le site du FRAC LR
Sur la page Facebook du FRAC LR
Sur le site du MACBA

Graham Eatough et Graham Fagen, In Camera, Panorama, Friche Belle de Mai, Marseille

Sextant &+ annonce dans sa dernière newsletter la prolongation jusqu’au 4 janvier de In Caméra l’étonnante et indispensable exposition  de Graham Eatough et Graham Fagen, au Panorama de la  Friche à Marseille.
Cette installation est un des événements marquants de la rentrée à Marseille et dans la région.
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Nicolas Rubinstein, Shadow Play à la Galerie Porte-Avion, Marseille

Jusqu’au 18 octobre 2014, la Galerie Porte-Avion à Marseille accueille Nicolas Rubinstein. Il y présente sous le titre assez énigmatique de  Shadow Play, une installation accompagnée d’une série de dessins.

Nicolas Rubinstein, Shadow Play,  Galerie Porte-Avion
Nicolas Rubinstein, Shadow Play, Galerie Porte-Avion. Courtesy Galerie Porte Avion, Marseille, © Nicolas Rubinstein

Ceux qui suivent  le travail de Nicolas remarqueront probablement une progression importante dans cette nouvelle proposition, dans cette machine évolutive. Ils y retrouveront les thèmes qui lui sont chers, sa quête des structures cachées, de la mémoire et de la transmission et son humour parfois grinçant et ses assemblages de matériaux. Ceux qui ne connaissent pas Nicolas Rubinstein découvriront un monde surprenant  qui laisse rarement  indifférent.

Nicolas Rubinstein, Shadow Play,  Galerie Porte-Avion
Nicolas Rubinstein, Shadow Play, Galerie Porte-Avion. Courtesy Galerie Porte Avion, Marseille, © Nicolas Rubinstein

Ce shadow Play a été un des temps fort de notre parcours pendant la Nuit des Galeries organisée à l’occasion d’Art-O-Rama. C’est à voir jusqu’au 18 octobre. Il serait dommage de ne pas faire le détour par le 96 Boulevard de la Libération pour y pousser la porte de la Galerie Porte-Avion (du mardi au samedi de 14h à 19h).

Nicolas Rubinstein, Shadow Play,  Galerie Porte-Avion 04
Nicolas Rubinstein, Shadow Play, Galerie Porte-Avion. Courtesy Galerie Porte Avion, Marseille, © Nicolas Rubinstein

En savoir plus :
Sur le site de la Galerie Porte-Avion
Sur le site de Nicolas Rubinstein
Nicolas Rubinstein sur Documents  d’Artistes
Sur le site de la Galerie d’Exposition du Théâtre de Privas

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