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Christian Lacroix, l’Arlésienne à la Chapelle de la Charité, Rencontres d’Arles 2014

Jusqu’au 21 septembre, Christian Lacroix nous invite à découvrir son image de l’Arlésienne à la Chapelle de la Charité. Avec un sujet maintes fois rebattu, Lacroix signe une des expositions les plus intéressantes de la Parade imaginée par François Hebel, à l’occasion de son dernier tour de piste, pour ces Rencontres  2014.

Katerina Jebb, La reine d'Arles et ses demoiselles d'honneur, 2014 - L'Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d'Arles 2014
Katerina Jebb, La reine d’Arles et ses demoiselles d’honneur, 2014 – L’Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d’Arles 2014

Le mythe de cette image de l’absence commence par la découverte de la célèbre Vénus d’Arles, dans les ruines du théâtre Antique et qui disparaît rapidement vers les collections royales.  Daudet et Bizet donnent à cette Arlésienne une notoriété telle qu’elle en devient l’expression commune du « personnage déterminant, mais qui jamais n’apparaît, tout ce que l’on attend, espère et que l’on ne voit jamais venir ni arriver ».
Dans son texte d’introduction, Christian Lacroix nous propose une exposition autour de l’absence, « (…) mais une absence «omniprésente», une invisibilité quasi palpable, l’empreinte d’un passage, comme le sillage d’un parfum que l’on suit à la trace jusqu’à l’effacement, la disparition, l’anonymat volontaire; l’empreinte des souvenirs, les vestiges de la mémoire, ses cicatrices. Autant d’axes, de thématiques possibles et de sillages qui guideront les choix de cette exposition dans la chapelle de l’hôtel Jules César, où l’on tâchera qu’apparaisse «en-fin» l’image de «L’Arlésienne», celle du XXIe siècle ».

Katerina Jebb, La reine d'Arles et ses demoiselles d'honneur, 2014 - L'Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d'Arles - 02_1

Lacroix investit donc la Chapelle de la Charité qui conserve son mobilier d’origine et en particulier la chaire à prêcher et le retable du maître-autel, réalisé par le sculpteur avignonnais Péru et dont le centre est occupé par une toile de Pierre Parrocel représentant L’Apothéose de Sainte-Thérèse.
Ce décor baroque s’impose comme un écrin idéal pour l’exposition conçue par l’ancien couturier ! Oublions les mauvais esprits qui remarqueront que cette chapelle est celle de l’ancien Couvent des Carmélites, aujourd’hui Hôtel Jules César, que Lacroix vient de rénover

Signature de ses scénographies, depuis la mémorable carte blanche que lui avait offert  le Musée Réattu, en 2008, Lacroix a couvert le sol de la chapelle d’une chatoyante moquette, un semis de larges fleurs rouge et or sur fond noir.
On retrouve aussi  son accrochage « à vif », bord à bord, sans vide entre les images, son goût pour les assemblages asymétriques…
Certes, il y a moins de surprise, mais le plaisir est toujours là.  L’accrochage de Lacroix reste toujours au service des œuvres, de leurs conversations, de leurs dialogues avec le lieu…

On reconnaît également son penchant pour le cabinet de curiosités, son attrait pour le vernaculaire, sa volonté de montrer « la chaîne ininterrompue d’artistes anonymes ou connus, anciens ou contemporains, réunis autour des mystères qui nous préoccupent ou nous ravissent » qu’il évoquait à propos de son trésor à Montmajour, l’an dernier.

Pour nous parler de cette Arlésienne, Lacroix a été ouvrir les albums de famille et les fonds privés. Il a aussi été recherché quelques pépites dans les collections du Musée Réattu et du Muséon Arlaten qu’il connaît parfaitement.

Les filles de la Vénus d’Arles, montage vers 1900  (inv. 2003.0.4601) ©Coll. Museon Arlaten, cliché Chaluleau, 2011
Les filles de la Vénus d’Arles, montage vers 1900, (inv. 2003.0.4601).
©Coll. Museon Arlaten, cliché Chaluleau, 2011

Dans des vitrines anciennes, il nous présente archives, daguerréotypes et photographies, images multiples des femmes d’Arles…  Parmi ces documents, on retiendra l’étonnant montage « les filles de la Vénus d’Arles » réalisé en 1902, annoté de la main de Mistral et prêté par le Museon Arlaten.

Sur les cimaises, plusieurs portraits anonymes des Reines d’Arles voisinent avec un reportage de Lucien Clergues, sur l’habillage de l’une d’elles, en 1966.
Au hasard de la visite, on rencontre deux portraits de groupe d’Auguste et Louis Lumière (Arlésiennes aux Alyscamps et Défilé d’arlésiennes) et trois clichés d’Henri Cartier-Bresson, à Arles, en 1959 , issus des collection du Musée Réattu. On remarque aussi le reportage sur un mariage arlésien en 1947  d’Émile Savitry

Costume, 1905 - L'Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d'Arles 2014
Costume, 1905. Jupe et corsage en gabardine de laine noire, fichu en soie noire, ruban de coiffe fond de satin bleu nuit et motifs velours de soie noir – L’Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d’Arles 2014

Au pied de l’autel, l’ancien couturier a choisi de placer un unique et sobre costume d’Arlésienne, daté de 1905 : une jupe et un corsage en gabardine de laine noire, accompagnés d’un fichu en soie noire et d’un ruban de coiffe fond de satin bleu nuit et motifs velours de soie noir.

Pour les photographes contemporains, Lacroix est fidèle aux artistes qu’il nous a déjà fait apprécier et que l’on retrouve ici avec intérêt.

Katerina Jebb, « Still and living objects and Women » – Modèles Christian Lacroix Haute-Couture – Musée Réattu 2008 ©Photo Olivier Amsellem

Une place importante est faite à Katerina Jebb dont les photocopies et les scans accompagnaient ses robes dans « Still and living objects and Women » et qui entretenait une étonnante conversation sur la disparition (déjà) avec les photogrammes de Nancy Wilson-Pajic dans son « Déjeuner de soleil », au deuxième étage du Réattu en 2008. On se souvient aussi de sa présence aux Rencontres 2008 dont Lacroix assurait le commissariat.

Pour cette Arlésienne,  Katerina Jebb a produit deux séries originales.
Les douze portraits en pied, grandeur nature, qui occupent la nef de la chapelle, donnent une mystérieuse impression d’irréel, un aspect insaisissable à la 22ème reine d’Arles et à ses demoiselles d’honneur. Sa technique maîtrisée du scanner transforme ces jeunes femmes en personnages évanescents à la présence incertaine et distante.

L’ensemble est stupéfiant. Les multiples reflets de l’architecture et du décor donnent une étrange impression de transparence aux tirages qui renforce la sensation fantomatique de ces portraits. On ne sait si ces reflets sont un effet du hasard ou une volonté délibérée du commissaire. Une certitude, le résultat est une vraie réussite.

Dans un texte, Katerina Jebb explique : «  Christian Lacroix m’a demandé d’exposer pour le Festival d’Arles 2014 à la Chapelle de la Charité. Progressivement, cette exposition s’est remplie de 57 pièces réalisées à partir du scan de 47 jeunes filles arlésiennes. Ce fut un long travail, car j’ai dû tenir le scanner près du corps de mon sujet jusqu’à ce que je réussisse à l’intégrer totalement. Chaque œuvre est finalement composée de ces images scannées de manière machinale sur un sujet qui a dû  poser une minute, une cinquantaine de fois ».

Katerina Jebb, 36 portraits de jeunes filles arlésiennes, 2014 - L'Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d'Arles 2014
Katerina Jebb, 36 portraits de jeunes filles arlésiennes, 2014 – L’Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d’Arles 2014

Dans le transept, à droite du chœur, Lacroix a choisi d’accrocher les visages de 36 jeunes filles d’Arles numérisées par  Katerina Jebb.
Cette série plutôt sombre fait face, dans un dialogue étourdissant,  avec « S’approprier l’Arlésienne », un ensemble de doubles portraits du photographe arlésien, Philippe Praliaud. Pour cette commande,  qui devait répondre à la question  de Lacroix, « pourquoi ne pourrait-on pas s’approprier le costume arlésien quand on vient d’ailleurs ? », Philippe Praliaud a photographié treize femmes d’âge, de condition  et d’origine diverses.

Philippe Praliaud, S’approprier l’Arlésienne, 2014 - L'Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d'Arles 2014
Philippe Praliaud, S’approprier l’Arlésienne, 2014 – L’Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d’Arles 2014

Après un premier portrait au naturel, il leur a demandé de porter deux symboles du costume traditionnel, la coiffe et le fichu et de poser à nouveau. Les transformations sont étonnantes et montrent selon Lacroix que « ce costume n’est pas anodin, qu’il induit un certain port de tête ». L’ensemble pétillant,  plein de malice, d’humour et vie est un beau témoignage de l’Arlésienne du XXIème siècle.

Philippe Praliaud, Hortense, S’approprier l’Arlésienne, 2014  - L'Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d'Arles 2014
Philippe Praliaud, Hortense, S’approprier l’Arlésienne, 2014 – L’Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d’Arles 2014

De Grégoire Alexandre qui était également invité pour les Rencontres 2008, Lacroix a choisi plusieurs photos qui évoquent  l’absence, l’idée d’apparition / disparition de la femme (Installation, Philo, 2007 ; Installation, Secret 1, 2012 ; L’Arlésienne, Margiela, 2014).

On retrouve des sujets similaires dans les images de Quentin de Briey (La lumière du matin sur ma chambre, 2010 et La veste de Laura, 2010), de Frédérique Jouval (Apparition n°5, 2005)  ou encore dans la série Tout contre (2013) de Claudia Huidobro.

Effacement et disparition encore chez Gabrielle Basilico avec Maskia (1991) et chez Vincent J. Stoker  avec Hétérotopie #IEGDII, déjà présenté par Lacroix à Montmajour l’an dernier.

De Katerina Jebb, on comprend moins la présence ici de son Tablier de Balthus (2012) ou celle d’un récent portrait d’Isabelle Adjani (2014).
Par contre, l’image de Tilda Swinton extraite de la série de films parodiques « Simulacrum and Hyperbole » évoque certainement leur collaboration  pour  un « faux film » publicitaire, réalisé pour un parfum imaginaire…

Katerina Jebb, Tilda Swinton, Simulacrum and Hyperbole, 2010 - L'Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d'Arles 2014
Katerina Jebb, Tilda Swinton, Simulacrum and Hyperbole, 2010 – L’Arlésienne, Christian Lacroix, Rencontres d’Arles 2014

Parfum de femme, effluve qui demeure après la disparition, ou clin d’œil au diffuseur de parfum installé dans l’exposition par l’Occitane. Allusion un peu vacharde, dans ce cas, si l’on regarde le « simulacre hyperbolique » de Tilda Swinton et Katerina Jebb dans « Hot Dollar »… Le producteur de cosmétique provençal, partenaire de l’exposition, annonce la sortie en octobre prochain de son nouveau parfum « Arlésienne »…

 Si la scénographie est aujourd’hui sans réelles surprises, l’accrochage reste toujours précis, intelligent et sensible. Une nouvelle fois  Christian Lacroix a choisi avec exigence et rigueur des œuvres chez les artistes contemporains auxquels il montre une vraie fidélité, et sélectionné dans les collections des musées arlésiens et dans les archives familiales des images qui illustrent parfaitement le projet artistique qui était le sien : évoquer cette « absence «omniprésente», et l’invisibilité quasi palpable de l’Arlésienne », mais aussi de faire apparaître l’image des Arlésiennes d’aujourd’hui…

Il réussit une fois encore à nous séduire et à nous faire partager ces « mystères qui nous préoccupent ou nous ravissent ».

 

En savoir plus :
Sur le site des Rencontres d’Arles
Sur le site de Katerina Jebb et son Tumblr
Sur le site de Grégoire Alexandre
Sur le site de Quentin de Briey
Frédérique Jouval sur Tumblr et sur Picturetank
Sur le site de Claudia Huidobro
Sur le site de Vincent J. Stocker
Sur le site Émile Savitry
Les photos de Louis-Valentin Pinoteau sur le site de Purple Fashion Magazine
A lire le catalogue de l’exposition Arlésienne : le mythe ? au Museon Arlaten, en 1999-2000.

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« Mon île de Montmajour » , dans la crypte Saint-Benoît…

Dans un article précédent, nous avions fait part de notre enthousiasme après la visite de l’exposition « Mon île de Montmajour »  dont Christian Lacroix a assuré le commissariat et la scénographie. Dans la série qui commence avec ce billet, il s’agit d’exposer plus en détail ce qui a retenu notre attention.

Le parcours débute par la crypte Saint-Benoît. La transition avec le monde extérieur est très prononcée, presque brutale. L’épaisseur des murs massifs et le poids des arcs en plein ceintre d’une architecture héritée de l’antiquité romaine, la température, l’humidité, la lumière, le silence plongent le visiteur dans un univers  imprégné de mystère…

En partie creusée dans le rocher sur le côté sud, cette partie basse de l’abbatiale date du XIIe siècle. Elle est bâtie sur un plan concentrique avec un transept, muni de deux absidioles, qui ouvre sur une rotonde centrale entourée d’un déambulatoire desservant cinq chapelles rayonnantes. Cette église basse est  un des chefs-d’œuvre architecturaux de Montmajour. Elle était vouée à la liturgie, aux offices privés et aux offices funéraires. Un accès conduit au cimetière qui entoure le chevet.
Une faible lumière naturelle  pénètre par d’étroites ouvertures percées dans le mur des chapelles rayonnantes de l’abside.

Lacroix a su exploiter avec bonheur l’ambiance un peu surnaturelle qui se dégage du lieu.

Dans le côté sud du transept creusé dans la roche, un chœur d’anges féminin semble flotter dans une atmosphère à la lumière dorée…  Les costumes pour le chœur de femmes d’un « Aïda » de Verdi monté à l’opéra de Cologne en 2010 trouvent ici un deuxième emploi et semblent pourvus d’une vie saisissante et magique.

À l’opposé, au nord, dans une relative obscurité renforcée par l’épaisseur croissante des arcs-doubleaux, une étrange lumière et une musique mystérieuse sont émises par deux « ampoules » de verre, posées sur une table métallique noire. La crypte prend ici l’allure d’un laboratoire d’alchimie…

Espace résonné est une œuvre de Pascal Broccolini qui décrit ainsi ce travail :  « Le projet développé pendant deux ans avec l’équipe du CIRVA est une expérience à partir d’un phénomène sonore rare, « l’harmonique infini ». Il s’agit de réaliser une série de résonateurs acoustiques en verre et de démultiplier en chaîne le phénomène de la fréquence de résonance, jusqu’à ce que l’ensemble du système se mette en effet de bouclage »[1].

Robert Wilson, célèbre metteur en scène de théâtre et d’opéras américain, qui a collaboré avec Philip Glass à la création du mémorable Einstein on the Beach, est aussi un plasticien remarquable. Il a travaillé au CIRVA entre 1994 et 2003. Lacroix a sélectionné  six de ses œuvres réalisées à Marseille pour une présentation dans la crypte.
Concept 7 trouve naturellement place sur l’autel de la rotonde, évoquant les porte-cierges et le mobilier liturgique.
La mise en valeur de Concept 1,2,3,5,6 dans les cinq chapelles rayonnantes du déambulatoire est particulièrement réussie. Sur des socles en bois brut, suggérant les autels disparus, les urnes/calices de verre à la forme similaire, mais au traitement à chaque fois différent, accrochent de façon prodigieuse la lumière changeante et particulière à chaque chapelle. La forme et l’épaisseur de ces objets sont en parfaite concordance avec les profils architecturaux du lieu.

À propos des œuvres et des créateurs :

Pascal Broccolichi
Né en 1967 à Antibes. Vit et travaille à Cagnes-sur-Mer. Il travaille au CIRVA de 2011 à 2013. À travers un vaste programme de recherche acoustique, le travail de Pascal Broccolichi prend sa source dans une approche focalisée sur l’écoute et le son envisagés comme un vocabulaire de formes qui se prêtent à la création d’installations.
http://www.pascalbroccolichi.com/

Robert Wilson
Né en 1941 au Texas (USA). Vit et travaille à Watermill (USA). Il travaille au CIRVA régulièrement de 1994 à 2005. Plasticien et metteur en scène pour le théâtre et l’opéra, Bob Wilson réalise une œuvre pluridisciplinaire en passant par tous les médiums. Tout son travail est traversé par les forces qui s’opposent et l’idée des contraintes et des contraires. Partant toujours du dessin, les formes qu’il imagine pour le CIRVA construisent peu à peu un ensemble qui tend à définir une échelle de valeurs sur l’idée de la lumière, allant de l’opacité à la translucidité.
http://www.robertwilson.com/

En savoir plus :
Billet du 16 avril : Christian Lacroix investit l’Abbaye de Montmajour
Sur le site du centre des monuments nationaux
Sur le site de Marseille-Provence 2013
Sur le site Arles Marseille-Provence 2013
Sur le site du CIRVA

 

« Mon île de Montmajour » par Christian Lacroix avec le CIRVA, Arles

EntréeLibre parcours de Christian Lacroix à l’abbaye de Montmajour du 5 mai au 3 novembre 2013.
Exposition dans le cadre de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la Culture.

Montmajour est un lieu unique et  magique situé à cinq kilomètres d’Arles. La colline (Mons Majoris) était autrefois une véritable île entourée de marais et dont l’accès ne pouvait se faire qu’en barque. Autour du marais qui fournissait poisson, gibier et pâturages, s’est édifié un riche domaine agricole. Des moines bénédictins y  ont vécu jusqu’en 1790. Ils ont construit deux ensembles monastiques : le monastère Saint-Pierre (Xe-XVe siècles) et le monastère Saint-Maur (XVIIIe siècle). Après la Révolution, l’abbaye, dépouillée de ses pierres de taille et de ses charpentes,  a été réduit à l’état de ruine.

Pour le jeune Christian Lacroix, l’endroit était un véritable lieu d’aventure où il partait avec ses amis à la recherche d’un trésor disparu et imaginaire, le fameux collier de la reine… Ce terrain de jeux et d’escapades deviendra lieu « de rendez-vous d’amour et de travail, lieu de culture et de méditation ».

Créé il y a trente à Marseille, le CIRVA (Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques) voulait depuis longtemps que Christian Lacroix mette en scène une sélection de pièces parmi les quelques 600 œuvres de verre qu’il détient… Le lieu qui restait  à trouver… et il le fut, lorsque Véronique Legrand et le Centre des monuments nationaux proposa à Christian Lacroix une carte blanche à Montmajour.

Le couturier arlésien explique dans le livret offert au visiteur : « j’ai pu choisir mes œuvres favorites parmi celles déposées au CIRVA depuis trente ans exactement cette année, et les disposer au fil des différents espaces du site, accompagnées de photos, peintures et  installations d’art contemporain ou de pièces su XVIIIe issues des collections de la Visitation de Moulins et provenant des couvents des Visitandines du Midi. Avec, aussi, une invitation particulière à Gérard Traquandi qui a réalisé dans l’église des toiles spécialement inspirées par les lieux. Ainsi que quelques costumes d’Opéra que j’ai créés pour une «Aïda» à Cologne
J’espère ainsi montrer l’abbaye de Montmajour sous un jour inattendu et authentique a la fois, et faire découvrir les collections du CIRVA en leur faisant rencontrer et raconter en filigrane un des monuments les plus particuliers du pays d’Arles et de la région marseillaise
».

On retrouve dans cette exposition la qualité, la séduction et l’intelligence des accrochages auxquels Lacroix nous a habitué depuis la mémorable carte blanche qui lui avait été offerte par le musée Réattu en 2008, en passant par l’invitation à dialoguer avec les Picasso d’Arles en 2012.

Les œuvres sont magistralement mises en valeur, leur intégration aux différents espaces du site est parfaite. Des dialogues souvent très riches se tissent entre les pièces présentées.

Les surprises sont multiples, parfois spectaculaires mais aussi pleines d’émotion et parfois teinté d’un humour plein de retenue…

Cette exposition d’une grande richesse est à découvrir de toute urgence, avant les afflences probables de la saison estivale. Sa très grande richesse nous conduit à envisager la publication, dans les prochains jours, d’une série de billets pour en présenter les éléments les plus marquants.

Premier billet : « Mon île de Montmajour » , dans la crypte Saint-Benoît…

Soulignons que le personnel présent dans le parcours de visite est particulièrement aimable et attentif. Il sait faire preuve de beaucoup de tact, de gentillesse et de pertinence dans ses échanges avec les visiteurs.

Quelques vues de l’exposition de Didier Plowy / CMN Paris  (Cliquez sur une photo pour lancer un diaporama)

En savoir plus :
Billet du 16 avril : Christian Lacroix investit l’Abbaye de Montmajour
Sur le site du centre des monuments nationaux
Sur le site de Marseille-Provence 2013
Sur le site Arles Marseille-Provence 2013
Sur le site du CIRVA

Le CIRVA (Centre International de Recherche sur le Verre et les Arts plastiques)

Centre d’art contemporain créé en 1983 à l’initiative du Ministère de la Culture, le CIRVA est installé depuis 1986 à Marseille dans un ancien bâtiment industriel, en plein coeur du quartier Euroméditerranée. Atelier verrier de recherche et de création contemporaine, le CIRVA accueille des plasticiens, designers ou architectes ayant des pratiques variées et désirant introduire le verre dans leur démarche créatrice. Ces artistes développent leurs projets de recherche et de réalisation, assistés de l’équipe technique du Centre, selon les modalités et le rythme convenant à chacun des projets.

Les artistes accueillis se confrontent alors, le plus souvent pour la première fois, à une matière fascinante mais difficile à maîtriser. Chacun des artistes révèle dans le matériau ce qui contribue à enrichir sa propre démarche. Sous la conduite de l’artiste, l’équipe qui l’assiste s’efforce d’ajuster la palette des techniques et des savoir-faire disponibles au plus près du projet artistique. Cette attitude les amène quelquefois à inventer de nouveaux procédés, et parfois même les outils propres à leur collaboration. Par exemple, la technique Mistral – verre projeté à chaud – imaginée par Gaetano Pesce, est née au CIRVA et a fait l’objet d’un dépôt de brevet.

Depuis plus de vingt ans, le CIRVA a accueilli quelque 200 artistes pour des projets divers, dans les domaines de l’art contemporain et du design ou des arts décoratifs. Il possède une collection d’environ 600 œuvres qui sont montrées au cours d’expositions dans des musées, centres d’art ou galeries à travers le monde.

L’abbaye de Montmajour

Montmajour se dresse sur la vaste plaine marécageuse de la vallée des Baux. A 5 kilomètres d’Arles, le glorieux Mons Major des chartes médiévales n’est qu’une modeste butte calcaire de 43 mètres d’altitude, qui jadis, formait une véritable île cernée par des eaux mortes, et dont l’accès ne se faisait qu’en barque. Autour du marais primitif qui fournissait poisson, gibier, pâturages et plantes d’oeuvre, s’était constitué un riche domaine foncier de terres à blé, vignes, oliviers, bois, cours d’eau, moulins, salines, pêcheries avec leurs serfs, leurs tenanciers et leurs dîmes. Des moines bénédictins y vécurent selon la règle de Saint-Benoît de Nurcie jusqu’en 1790. Ils édifièrent deux ensembles monastiques.

Le monastère Saint-Pierre (Xe-XVe siècles) : de ce premier lieu subsiste l’ermitage Saint- Pierre en partie aménagé dans le rocher sud. La nécropole rupestre fut aménagée au sommet de la colline et autour de la chapelle funéraire Sainte-Croix (XIIe siècle), véritable reliquaire architectural. La tour Pons de l’Orme (XIVe siècle) surplombe ce premier ensemble et offre à son sommet un panorama vers Arles, Tarascon, La Crau, Les Alpilles.

Le monastère Saint-Maur (XVIIIe siècle) : lieu de vie de la communauté réformée bénédictine de Saint-Maur installée à Montmajour en 1639, il fut édifié à partir de 1703 jusqu’en 1736. Il est actuellement en cours de restauration avant son ouverture à la visite. À l’origine de l’abbaye, étaient présents des hommes ayant choisi la solitude et la méditation sur le rocher de Montmajour. Jadis cerné par des eaux mortes, le but premier du site était d’accueillir les morts. En quelques décennies, ces hommes donnèrent naissance avant l’an mille, à une puissante abbaye bénédictine, avec au sommet du rocher une grandiose abbatiale consacrée à la Vierge. Les grandes familles firent preuve de générosité envers l’abbaye qui devint une sorte de sanctuaire dynastique.

À la fin du XIIIe siècle, l’autorité de Montmajour également renforcée par la possession d’une relique – fragment du bois de la vraie croix – couvrait alors 56 prieurés. Ce fut dans le courant du XIVe siècle que la décadence de l’abbaye débuta, avec la terreur, la dévastation des terres et de la population par le passage des « Grandes Compagnies », les épidémies de peste, de famine… Au XVIIe siècle, Montmajour connut grâce à la congrégation de Saint-Maur, une restauration spirituelle et matérielle, ainsi que la construction de nouvelles bâtisses ; les marais furent asséchés permettant l’augmentation des terres cultivables. Après la Révolution, l’abbaye fut dépouillée de ses pierres de tailles, de ses charpentes… la réduisant à l’état de ruine. Il fallut attendre 1840 pour que Prosper Mérimée, inspecteur des monuments historiques, la fasse classer et la sauve. L’abbaye de Montmajour est ouverte au public par le Centre des monuments nationaux.

Arles : Christian Lacroix ose l’art contemporain à Montmajour

See on Scoop.itExpositions Montpellier et région

Il propose un parcours parsemé d’œuvres étonnantes à l’abbaye de Montmajour, souvent en verre. À voir dès aujourd’hui.

Article à lire sur le site : www.laprovence.com

Christian Lacroix investit l’Abbaye de Montmajour.

Dans le cadre de Marseille Provence 2013, le Centre des monuments nationaux a donné une carte blanche à Christian Lacroix à l’Abbaye de Montmajour du 5 mai au 3 novembre 2013.

Le couturier arlésien propose de recréer « L’Île de Montmajour » de son enfance et de son imaginaire, une vision personnelle du  lieu, tour à tour «terrain de jeux et d’escapades, de rendez-vous d’amour et de travail, lieux de culture et de méditation ».

Il a choisi de présenter une sélection d’œuvres issues des collections du CIRVA (Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques). Ces pièces réalisées à Marseille depuis 1983 sont signées par des designers et plasticiens contemporains de réputation internationale :  Pascal Broccolichi, James-Lee Byars, Erik Dietman, Hreinn Fridfinnsson, Paul-Armand Gette, Jackie Matisse-Monnier, Jean-Luc Moulène, Jean-Michel Othoniel, Giuseppe Penone, Javier Perez, Gaetano Pesce, Ettore Sottsass, Jana Sterbak, Bob Wilson et Terry Winters
Christian Lacroix souhaite les mettre en scène dans les espaces du monument avec les créations d’autres artistes comme Beautiful Steps, le grand escalier flottant de Lang & Baumann, les photographies de Vincent Stocker, Véronique Ellena et Olivier Roller, les peintures de Bernard Quesniaux, les œuvres de Gérard Traquandi

Ce parcours sera enrichi de vêtements et objets liturgiques prêtés par le musée de la Visitation de Moulins et le Trésor de Saint-Trophime à Arles. Des costumes d’Aïda créés par le couturier pour l’opéra de Cologne compléteront cet ensemble.

Un catalogue, réalisé par les éditions du Patrimoine, accompagnera l’exposition.

Abbaye de Montmajour
Route De Fontvieille
13200 Arles

Nouvel article sur ce blog  : « Mon île de Montmajour » par Christian Lacroix avec le CIRVA, Arles

En savoir plus :
Sur le site du centre des monuments nationaux
Sur le site de Marseille-Provence 2013
Sur le site Arles Marseille-Provence 2013
Sur le site du CIRVA
Sur le site de la Galerie Alain Gutharc
Sur le site de la Galerie Laurent Godin

Photomontage de Christian Lacroix, costumes d’AÏda réalisés pour l’Opéra de Cologne