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À écouter sur France Culture dans la Dispute : « Walid Raad, préface » & « La disparition des lucioles ».

À écouter sur France Culture dans la Dispute : « Walid Raad, préface » & « La disparition des lucioles ».

L’émission du 11 juin dernier était consacrée à ces expositions estivales majeures de la région, La disparition des lucioles à la Prison Sainte-Anne en Avignon et Préface de Walid Raad au Carré d’Art à Nîmes.

C’est avec intérêt que l’on peut y entendre les avis des critiques Corinne Rondeau (France culture) et Eric Loret (Libération) et celui d’Arnaud Laporte producteur de l’émission la Dispute.

À écouter et à podcaster sur le site de France Culture

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La disparition des lucioles, en Avignon : Le ciel est, par-dessus le toit, si bleu, si calme !

Dans un précédent billet, nous avons souligné la richesse et l’intelligence de cette exposition qui permet aux œuvres exposées de construire des conversations, de faire écho avec le bâtiment de la prison Sainte Anne, tout en laissant au visiteur une place pour faire des liens et bâtir son histoire, son interprétation…

Prison Sainte Anne 02_1
Prison Sainte Anne Avignon. Mur d’enceinte, rue Migrenier.

Les impressions qui suivent ne relatent que le début d’une première visite lors de la présentation de presse, avant le vernissage, alors que l’accrochage n’était pas entièrement terminé.

De prochaines chroniques, après d’autres visites,  s’intéresseront  à la scénographie et aux autres sections du parcours qu’offre La disparition des lucioles.

Xavier Veilhan, Sans titre, 1993_1
Xavier Veilhan, Sans titre (Les policiers), 1993. Collection FRAC PACA

Accompagné par cinq policiers de Xavier Veilhan (Sans titre, 1993), le visiteur traverse la dernière zone de contact avec l’extérieur, les parloirs. Ces premiers lieux barrotés, qui ne sont pas encore des cellules, sont occupés entre autres par le film  Au-delà de cette limite, 1972 de Marcel Broodthaers, qui prend ici une dimension toute particulière et par Robert, 2001 de Zoé Léonard, étonnante évocation de son père, voyageur de commerce et de ses grands parents, parti pour les camps.

Dans un renfoncement, un néon clignotant de Ross Sinclair, citant Dante, prévient : Abandon All Hope, Ye Who Enter here, 2001 (Abandonnez tout espoir vous qui entrez ici…).

Le temps qui passe, le temps qu’il fait.

Commence alors dans le quartier des hommes, la première séquence du parcours autour du temps qui passe et du temps qu’il fait…

Rappelant le vers de Paul Verlaine « Le ciel est, par-dessus le toit, si bleu, si calme ! », Eric Mézil  écrit dans le catalogue : « Ce « Temps suspendu« , leitmotiv dans les témoignages de tous les prisonniers accompagne ce parcours artistique pour redire qu’en prison les heures, les journées et les mois semblent n’avoir jamais de fin […]Ce temps, c’est aussi la fluctuation météorologique à laquelle les détenus étaient si sensibles dans cette prison avignonnaise. Orientée au plein Nord, nichée à l’ombre du Rocher des Doms, la prison était glaciale quand le mistral s’y engouffrait et très humide du fait de la proximité du Rhône. Aussi un simple rayon de soleil offrait une joie fugace, une promesse d’espoir…  »

Sur les 110 mètres de long de ce premier couloir, une œuvre sonore de Dominique Gonzalès-Foerster, Promenade, 2007, accompagne discrètement  la déambulation, en mixant divers sons naturels qui évoquent le temps météorologique.

Massimo Bartolini, Untitled (Wave), 1997-2000
Massimo Bartolini, Untitled (Wave), 1997-2000.

Dans une petite cour, dite des Encombrants, l’installation de Massimo Bartolini, Untitled (Wave), 1997-2000, vague sans fin et toujours recommencée, exprime particulièrement bien ce temps interminable, infini…

Un peu plus loin, sur une grande plaque de marbre, posée dans le couloir, Trisha Donnelly a gravé le relief de la montagne de Bolzano(Sans titre, 2009)… moment figé d’un paysage devenu invisible… stèle funéraire sur une liberté disparue.

C’est  à travers le judas d’une porte cellulaire que l’on découvre un projet de Bouteille à la mer, 1970-1971,de Marcel Broodthaers.

Dans le couloir, une étonnante photo de Mircea Cantor All the Directions, 2000, rappelle un départ  pour n’importe, la volonté de fuir avec urgence un univers devenu étouffant…

On retrouve le temps qu’il fait, et la lenteur du temps qui passe, avec Skies, 2009, de Markus Schinwald, métaphore du ciel, découpage de nuages dans des œuvres chinées aux puces… Découpes de méchantes fenêtres dans un ciel entraperçu.

Markus Schinwald, Skies, 2009
Markus Schinwald, Skies, 2009

Hommage à Duchamp, About the Motion of Astronomical Bodies,2010, camera obscura de Gusmao et Paiva  est aussi une évocation de la nuit, des songes et la naissance de la lumière.

Dans une petite cellule pour deux personnes, sur une table, quelques fruits parcheminés et recousus par Zoé Leonard (Sans titre, 2003) rappellent les flétrissures du temps qui passe, mais aussi de petites besaces qui renferment trésors ou messages qui doivent rester secrets…

Puis, dans une série de cellules transformées par l’administration en pièces pour l’infirmière et l’assistante sociale, on trouve :

Deux diptyques de Roni Horn, le fameux Dead Howl,1997, chouette empaillée qui suggère ici à la fois la nuit et la mort, fait face au double portrait de l’artiste enfant, Dead Howl v.2,1999, autoportrait androgyne, en chouette…

Roni Horn,Dead Howl,1997
Roni Horn,Dead Howl,1997
Roni Horn,Dead Howl v.2,1999
Roni Horn,Dead Howl v.2,1999

Above the Weather, 2011 de Jason Dodge est une pièce de tissu en laine, bleu nuit, dont le fil a une longueur (12 km) équivalente à celle qui sépare la terre de la stratosphère…  au-dessus du temps qu’il fait, au-dessus de la météo !
À côté, Into Black,2009, série de feuilles de papier photographique qui sont arrivées non exposées à la prison. Lentement insolées, elles sont de réelles captures de la lumière pénitentiaire et de sa temporalité…

Plus loin, un des grands tirages de Nan Goldin, commandé pour l’exposition la Beauté, en 2000, par Jean de Loisy. Bruce in the Smoke, 2000, à la Solfatara près de Pompei est une envoûtante suggestion du temps qui passe, comme du temps qu’il fait…

Nan Goldin, Bruce in the Smoke, 2000
Nan Goldin, Bruce in the Smoke, 2000

Dans le couloir dit du « pliage du linge »,  s’est échoué un bateau lesté de livres de plomb et de gravats de béton, d’Anselm Kiefer. Asche für Paul Celan, 2006, (Cendres pour Paul Celan) est ,sans doute, une œuvre importante de la Collection Lambert. On sait que Kiefer est né en 1945, l’année où Celan quitte les camps de la mort. Il rendra de multiples hommages au poète juif qui se suicida en 1970. Si cette pièce trouve sa place à l’endroit où elle est placée, on comprend moins bien sa résonance avec le thème de cette première section.

Anselm Kiefer, Asche für Paul Celan, 2006
Anselm Kiefer, Asche für Paul Celan, 2006

Il en va de même avec la série d’œuvres d’Ana Mendieta qui occupent la pièce suivante,  évocations à la fois de végétaux et de corps féminins…

À l’inverse, la très belle installation de Kiki Smith, Girl with a Globe,1998, fait ressentir avec force ce « temps suspendu » décrit  dans les témoignages de prisonniers !

Kiki Smith, «Girl with Globe», 1998, installation, courtesy Galleria Raffaella Cortese
Kiki Smith, Girl with Globe, 1998, installation, courtesy Galleria Raffaella Cortese

Sticks, 1975, un labyrinthe de Richard Long précède la captivante vidéo de Kimsooja, A laundry Woman, 2000, qui trouve toute sa place dans ce premier chapitre.

Spore Speakers, 2008 de Louis Gréaud est une oeuvre inquiétante, assemblage  d’aliens dégoulinants, luminescents et suspendus… Pour Eric Mézil, cette pièce rappelle à la fois sa découverte de la prison, mais aussi d’étranges et menaçantes lucioles…

Louis Gréaud, Spore Speakers, 2008
Louis Gréaud, Spore Speakers, 2008

Commandé à l’occasion de l’exposition, Cobaye, 2014 de Gloria Friedmann précède Limit of a projection II, 1967, une pièce de David Lamelas. Ces deux œuvres dialoguent de manière intéressante avec leur environnement (surtout celle de Gloria Friedmann). Mais on aurait tout aussi bien pu retrouver ailleurs, dans le parcours. On perçoit mal leur lien avec Le temps qui passe, le temps qu’il fait

Gloria Friedmann, Cobaye, 2014
Gloria Friedmann, Cobaye, 2014

En faisant un mauvais jeu de mots, on peut dire qu’avec l’installation de Spencer Finch, Blue (Sky over Los Alamos), 2000, le propos est plus lumineux. On retrouve dans cette pièce à la fois un rappel des lucioles, mais une suggestion du ciel étoilé, du temps chronologique et météorologique.

Spencer Finch, Blue (Sky over Los Alamos), 2000
Spencer Finch, Blue (Sky over Los Alamos), 2000

C’est avec cette œuvre que se termine la première séquence de l’exposition…

De lourdes grilles conduisent dans un premier quartier des isolés où commence le chapitre suivant de La disparition des lucioles, intitulé  « Surveiller et punir » en référence à l’ouvrage majeur de Michel Foucault, sous-titré Naissance de la prison

En savoir plus :
Sur le site de la Collection Lambert en Avignon
Sur la page Facebook de la Collection Lambert en Avignon

La disparition des lucioles à La Collection Lambert en Avignon

Il y a quelques années, le  critique d’art Georges Didi-Huberman s’interrogeait sur la tyrannie des images dans son essai  Survivance des lucioles.  Il entrevoyait l’ouverture d’un espace de résistance pour des images-lucioles…
L’an dernier, à la Chapelle des Pénitents blancs, dans le cadre du Festival d’Avignon, Nicolas Truong mettait en scène le Projet Luciole. Il s’interrogeait sur la pensée critique et cherchait à faire résonner, entre autres, les textes de Pasolini et l’essai de Didi-Huberman.
Depuis cet automne, l’accrochage 2013-2014 de la collection permanente de Carré d’Art à Nîmes, dont le titre est  De la présence des lucioles, nous invite à regarder les œuvres comme «des points lumineux qui nous accompagnent dans une lecture poétique du monde »…

Disparition des lucioles - Affiche

Pour son exposition estivale, du 17 mai au 25 novembre 2014, à la Prison Sainte-Anne, la Collection Lambert en Avignon fait, elle aussi référence au texte de Pasolini, La disparition des lucioles

Dans cet article, qui fait figure de testament, Pasolini s’interrogeait sur la résistance des lueurs des contre-pouvoirs face aux lumières puissantes du pouvoir…
« Au début des années 60, à cause de la pollution atmosphérique, et surtout, à la campagne, à cause de la pollution de l’eau (fleuves d’azur et canaux limpides), les lucioles ont commencé à disparaître. Cela a été un phénomène foudroyant et fulgurant. Après quelques années, il n’y avait plus de lucioles. (Aujourd’hui, c’est un souvenir quelque peu poignant du passé : un homme de naguère qui a un tel souvenir ne peut se retrouver jeune dans les nouveaux jeunes, et ne peut donc plus avoir les beaux regrets d’autrefois.) Ce « quelque chose » qui est intervenu il y a une dizaine d’années, nous l’appellerons donc la « disparition des lucioles »…

On attendait avec curiosité, cette nouvelle « interprétation » de l’article de Pier Paolo Pasolini, publié en 1975, quelques mois avant sa mort… On espérait que la résonance des œuvres avec le bâtiment de la prison, laissé en l’état,  serait, comme annoncé, « forte et productrice de sens ».
L’imposante liste des artistes annoncés et les photographies de François Halard réalisées pour le catalogue laissaient entrevoir un des événements majeurs de la saison estivale…

À l’évidence,  Eric Mézil, directeur de la Collection Lambert et commissaire de La disparition des lucioles, réussit magistralement le pari complètement fou d’installer près de 280 œuvres dont une trentaine de créations dans 7000 m² de la prison Sainte Anne.

La présence du bâtiment est d’une force incroyable ! Les travaux, réalisés en un temps très bref, se sont limités à assurer une mise aux normes de l’électricité et à aménager des accès sécurisés et réglementaires pour le public. Pour le reste, les cellules, couloirs et cours de la prison sont restés dans l’état où ils étaient après le départ des derniers prisonniers, en 2003. La déambulation dans ce bâtiment ne peut laisser indifférent !

Eric Mézil - La disparition des lucioles_1
Eric Mézil, directeur de la Collection Lambert et commissaire de l’exposition La disparition des lucioles

Eric Mézil a su s’entourer de nombreuses compétences  (historiens, archivistes, journalistes, anciens prisonniers…) pour appréhender avec beaucoup de finesse cette prison, son histoire et son fonctionnement…
Il a ainsi réussi à exploiter avec intelligence et à-propos toutes les ressources que lui offrait le bâtiment, pour concevoir une exposition qui fera date. La disparition des lucioles marquera, sans aucun doute,  la saison estivale en Avignon.

Aux œuvres de la Collection Lambert, il a ajouté une remarquable sélection de pièces de la Collection Enea Righi. Ce dernier, véritable mécène de l’exposition,  a également offert le transport et l’assurance des oeuvres. À cet ensemble exceptionnel s’ajoutent des prêts de nombreux collectionneurs privés, d’institutions culturelles (musées, Fracs, archives, fondations), de galeries et d’artistes.

La liste des artistes exposés est impressionnante :
Adel Abdessemed • Francis Alÿs • William Anastasi • Kader Attia • Mirosław Bałka • Roger Ballen • Robert Barry • Yael Bartana • Massimo Bartolini • Jean-Michel Basquiat • Niel Beloufa • Joseph Beuys • Barbara Bloom • Alighiero Boetti • Christian Boltanski • Pierre Bonnard • Louise Bourgeois • Brassaï • Marcel Broodthaers • Tom Burr • Mircea Cantor • Frédéric-Auguste Cazals • Claire Fontaine • Guy de Cointet • François-Xavier Courrèges • Berlinde De Bruyckere • Jason Dodge • Trisha Donnelly • Gardar Eide Einarsson • Mounir Fatmi • Hans- Peter Feldmann • Spencer Finch • Mario Garcia Torres • Anna Gaskell • Kendell Geers • Jean Genet • Nan Goldin • Dominique Gonzalez Foerster • Douglas Gordon • Loris Gréaud • João Maria Gusmao et Pedro Paiva • Henrik Håkansson • Keith Haring • Mona Hatoum • Candida Höfer • Jenny Holzer • Roni Horn • Jonathan Horowitz • Joris Ivens • Joan Jonas • William E. Jones • Ilia Kabakov • On Kawara • Žilvinas Kempinas • Anselm Kiefer • Kimsooja • Július Koller • Jiri Kovanda • Barbara Kruger • David Lamelas • Bertrand Lavier • Zoe Leonard • Claude Lévêque • Glenn Ligon • Richard Long • Jill Magid • Anna Maria Maiolino • Christian Marclay • Gordon Matta-Clark • Allan McCollum • Adam McEwen • Ana Mendieta • Melvin Moti • Vik Muniz • Deimantas Narkevicius • Cady Noland • Roman Ondák • Roman Opalka • Jean-Michel Pancin • Philippe Parreno • Pier Paolo Pasolini • Yan Pei-Ming • Adam Pendleton • Mathieu Pernot • Walid Raad • Ugo Rondinone • Martha Rosler • Anri Sala • Markus Schinwald • Yann Sérandour • Richard Serra • Andres Serrano • Ross Sinclair • Kiki Smith • Nedko Solakov • Haim Steinbach • Jana Sterbak • Pascale Marthine Tayou • Alessandra Tesi • Miroslav Tichý • Wolfgang Tillmans • Niele Toroni • Cy Twombly • Xavier Veilhan • Paul Verlaine • Francesco Vezzoli • Franz Erhard Walther • Andy Warhol • Lawrence Weiner • Ai Weiwei • Rémy Zaugg • Chen Zhen.

Après de multiples réussites, dont les mémorables Papesses de l’an dernier, on ne peut que saluer un travail de commissariat trop rare qui sait donner toute leur place aux œuvres, favoriser  leurs dialogues, leur permettre de questionner l’espace, tout en laissant la place au visiteur pour qu’il puisse « faire couture », comme l’écrivait, si justement,  Michèle Moutashar, à propos de l’exposition Nuage, l’an dernier.

Il est difficile de rendre compte d’une exposition aussi dense en une seule chronique. Nous reviendrons donc dans de prochains billets plus en détail sur la scénographie et sur les différents moments qui organisent le parcours de visite.

À lire dans ce blog :
Des impressions de visite d’un premier chapitre de La disparition des lucioles : Le ciel est, par-dessus le toit, si bleu, si calme ! 

En savoir plus :
Sur le site de la Collection Lambert en Avignon
Sur la page Facebook de la Collection Lambert en Avignon

Lire la suite La disparition des lucioles à La Collection Lambert en Avignon

Les Papesses au Palais des Papes à et à la Collection Lambert en Avignon

PapessesCamille ClaudelLouise BourgeoisKiki SmithJana SterbakBerlinde De Bruyckere
Du 9 juin au 11 novembre 2013

La Collection Lambert et Avignon Tourisme proposent Les Papesses, une grande exposition dont le titre renvoie à l’histoire de Jeanne la Papesse, personnage légendaire qui aurait accédé à la papauté en dissimulant son sexe féminin.

Ce personnage légendaire venu de l’autre côté du Rhin aurait été élu Pape en dissimulant son sexe, au IXe siècle. Elle aurait régné jusqu’à ce que l’on découvre qu’elle était enceinte. L’imposture aurait été révélée quand elle aurait accouché en public en célébrant la messe ou à cheval, ou encore lors de la procession de la Fête-Dieu. Cette histoire est connue par le Décaméron de Boccace. Une chaise percée permettrait toujours, à la fin du conclave, de vérifier le sexe du pape tout juste élu…

Sous l’égide de cette figure, l’exposition rassemble donc des œuvres de cinq femmes, telles des papesses de l’art moderne et contemporain : Camille Claudel, Louise Bourgeois, Kiki Smith, Jana Sterbak et Berlinde de Bruyckere.

Les œuvres monumentales sont présentées au Palais des Papes. Les petites sculptures et œuvres sur papier sont exposées à la Collection Lambert.
Le projet a pour ambition de faire dialoguer les œuvres d’un lieu à l’autre et de tisser des liens esthétiques et thématiques tels que :

  • La filiation père-mère/enfant chez Camille Claudel, Louise Bourgeois ou Kiki Smith,
  • Le corps en métamorphose dans les œuvres de Berlinde de Bruyckere, et Kiki Smith,
  • L’alchimie médiévale reliant les êtres et les planètes dans le travail de Jana Sterbak, Kiki Smith, Louise Bourgeois…

Eric Mézil, directeur de la Collection Lambert, assure le commissaire de cette exposition.

Les deux sites proposent 150 œuvres, sculptures, peintures et installations.

Pour Camille Claudel, 2013 est un double anniversaire : le centième anniversaire de son l’internement et le soixante-dixième anniversaire de sa mort à l’hôpital psychiatrique de Montevergues à Montfavet, commune d’Avignon.
25 œuvres ont été réunies pour cet hommage dont La Valse, le Buste de Rodin, le Buste de Paul Claudel enfant en jeune romain et adulte, Persée et la Gorgone, Les Causeuses, Aurore, L’Implorante, L’Âge mûr, Vertumne et Pomone
Ces sculptures majeures sont prêtés par le Musée d’Orsay, le Musée Rodin, le musée Art et Industrie, La Piscine de Roubaix, le musée Sainte-Croix de Poitiers, les musées d’Alès, d’Abbeville, de Chateauroux… La famille de Paul Claudel prête des œuvres et des documents précieux et ’hôpital psychiatrique prête le dossier médical et des lettres de Camille Claudel à son frère ou à ses médecins.

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Amie des surréalistes, Louise Bourgeois a, comme eux, fuit l’Europe et la Seconde Guerre mondiale pour s’installer à New York. Sa reconnaissance sera tardive. En 1982, le MoMA de New York lui consacre sa première exposition monographique… et ce n’est qu’en 1995 que la France lui rend hommage.
L’exposition Les Papesses a bénéficié de prêts exceptionnels des plus grands musées et de collections privées de Toronto, Los Angeles, Montréal, Séville, Bruxelles, Paris, ainsi que du Studio de Louise Bourgeois à New York….
Une araignée géante en métal est présentée au Palais des Papes. Les Bienvenus, sculptures en bronze symbolisant des corps masculin et féminin sont suspendues dans les platanes. The Welcoming Hands, six blocs de marbre sculptés d’où émergent des mains enlacées sont associés à plusieurs installations. Cells est un ensemble de cellules renfermant des univers peuplés de mondes intérieurs et autobiographiques. Un groupe de sculptures en tissus et un ensemble d’œuvres sur papier et de gravures sur grands panneaux textiles sont installés dans la grande chapelle du Palais des papes et dans les salles de l’Hôtel de Caumont.

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L’américaine Kiki Smith, née en 1954 à Nuremberg, est célèbre dans son pays. Son père Tony Smith est connu comme un des pères spirituels de l’art Minimal américain. Les musées de San Francisco, Houston, Minneapolis, New York lui ont consacré des expositions monographiques. La Collection Lambert accueille sa première exposition importante en France.
Sculptures de l’Annonciation, d’une Vierge au bûcher ou d’une femme accouchant d’une biche, panneaux gravés sur verre figurant des agneaux et des loups, bronze représentant des nouvelles Ève et des serpents dressés, peintures sur papier népalais et tapisseries constituent l’ensemble présenté à Avignon.

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Née en 1955 en Tchécoslovaquie, Jana Sterbak s’installe au Canada après le Printemps de Prague de 1968. Elle représente le Canada à la Biennale de Venise de 2003. En France, elle est reconnue depuis une exposition au Carré d’art de Nîmes en 2006. Au Cirva, (Centre International de Recherche sur le Verre et les Arts plastiques) de Marseille, elle a réalisé Planetarium, une installation composée d’une trentaine d’immenses sphères de verre soufflé qui rappellent les cosmogonies médiévales. Cette œuvre est présentée au Palais des Papes où elle a réalisé une œuvre inédite, son interprétation de la Princesse au petit pois, le célèbre conte d’Andersen. Sculptures en métal, cheveux, cristaux et étoiles composent u n univers qui évoque les bibliothèques des alchimistes ou des sorcières.

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Berlinde De Bruyckere a un parcours exceptionnel depuis sa première exposition personnelle à la Maison Rouge en 2005. Cette année, elle représente la Belgique à la Biennale de Venise.
L’exposition montre ses vitrines et ses sculptures où le corps est blessé, écorché, contorsionné. 15 sculptures monumentales ou à échelle humaine sont présentées au Palais des papes et à l’Hôtel de Caumont. Elles sont prêtées par des collectionneurs de Gand, de Pékin, de Bologne, de Paris et de Londres.

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En pratique :

Le Palais des Papes
Ouvert tous les jours, toute l’année :
1er avril – 30 juin : de 9:00 à 19:00
juillet : de 9:00 à 20:00
août : de 9:00 à 20:30
1er septembre – 1er novembre : de 9:00 à 19:00

Collection Lambert en Avignon
5, rue Violette, 84000 Avignon
du mardi au dimanche : de 11:00 à 18:00
en juillet et août : tous les jours de 11:00 à 19:00

En savoir plus :
Sur le site de l’exposition
Sur la page Facebook de l’exposition
Sur le site de la Collection Lambert
A propos de Jeanne la Papesse sur Wikipédia
A propos de Camille Claudel sur le site de l’Association Camille Claudel
A propos de Louise Borgeois sur Wikipédia
A propos de Kiki Smith sur le site de la Pace Gallery
A propos de Jana Sterbak sur son site personnel
A propos de Berlinde De Bruyckere sur le site de Saatchi Gallery
Guy Boyer (Connaissances des Arts) reçoit Eric Mézil, le directeur de la Collection

Mirages d’Orient (3) : « De Sardanapale à la place Tahir »

Dans cette troisième partie de l’exposition Mirages d’Orient, grenades & figues de barbarie à la Collection Lambert, la place des artistes contemporains originaires de l’Orient s’affirme avec plus de force.  L’histoire ancienne vient faire écho aux évènements les plus contemporains.

Cette section débute par des petits passages assez étroits dans lesquels le visiteur se retrouve tour à tour face au portrait de Rania de Jordanie, puis de son époux et enfin du couple Asma et Bachar El-Assadde de Syrie. Ces grandes aquarelles monochromes ont été réalisées par le peintre franco-chinois  Yan Pei-Ming, pour cette exposition. Elles appartiennent dans un ensemble de 150 portraits d’hommes et de femmes réalisés à partir de photographies trouvées sur internet. Cette série rassemble des figures qui ont marqué l’histoire récente du monde arabe.

Ces couloirs conduisent à l’installation du collectif Claire Fontaine Foreigners everywhere dont les néons affichent alternativement ce texte «Foreigners everywhere» en arabe et hébreu.

Le parcours propose ensuite les œuvres très denses de l’iranienne Shirin Neshat  qui interrogent sur la place et l’image de La Femme dans la révolution islamique.  Guardians of the Revolution est une extraordinaire  photographie (encre sur tirage argentique) issue de la série Women of Alla, 1994.

Un espace est réservé à  The Shadow Under the Web , 1997. Cette installation vidéo projette, sur les quatre murs de la salle, des séquences qui  montrent simultanément, à grande échelle, la silhouette de la même  femme (Shirin Neshat ?). Enveloppée dans un tchador noir, elle se déplace au ralenti dans des espaces symboliques d’ autorités masculines indifférentes.

Neshat Shirin. The shadow under the web
Neshat Shirin.The shadow under the web , 1997. Vidéo.

Une grande salle aveugle est consacrée à la série photographique We Decided To Let Them Say « We Are Convinced » Twice. It Was More Convincing This Way du libanais Walid Raad. Réalisés en 2002, à partir de négatifs pris  1982 à Beyrouth,  ces grands tirages évoquent  irrésistiblement la situation actuelle de la Syrie.

Au pied de l’escalier aux miroirs noirs de Boltansky, dans la vitrine sur la rue Violette, sur une table à roulettes identique à celles qui sont utilisées dans les morgues…  les grenades multicolores en cristal de Mona Hatoum.

Au rez-de-chaussée de l’aile sur cour, un ensemble de quatre grands panneaux de Djamel Tatah occupent un large espace horizontal. Ses personnages grandeur nature, accroché à hauteur d’homme, sans contexte géographique ou historique, semblent nous interroger…
La figure représentée peut être vue comme l’allégorie d’une certaine jeunesse actuelle, que l’on rencontre  de part et d’autre de la Méditerranée, les « Hittistes ». Ce nom dérive du mot « Hit » qui signifie dire en Algérois « mur ». Les « Hittistes » sont littéralement « ceux qui tiennent les murs ». Autrement dit,  ce sont  des jeunes qui s’adossent  à un mur, parce qu’ils n’ont pas de place à la maison, et pas d’activité précise dans la société. Le long d’un mur, les hittistes attendent : leur espace, c’est la rue passante…  Ce qui émerge de ces personnages, c’est une impression de dépouillement et de grande solitude.
Djamel Tatah, qui se revendique l’influence de Matisse, définit sa peinture comme une figuration humaniste…  Techniquement, il associe la photographie, la numérisation des images et la technique ancienne de la peinture à la cire.

Un peu plus loin, une série de cinq photographies de Régis Perray, Dans le désert il n’y a pas que des pierres.

Le passage vers les salons qui ouvrent sur le jardin est en partie consacré au travail d’Adel Abdessemed.

  • Une maquette en carton du dispositif imaginé par l’artiste et une vidéo de la performance dans les jardins de la Villa Medici, à Rome, témoignent de projet Dio présenté lors de l’exposition Les Mutants à l’Académie de France, en 2010.
  • Un dessin préparatoire évoque les quatre Christ tressés avec du fil barbelé de la collection Pinault,  récemment exposés au côté du célèbre retable d’Issenheim à Colmar.
  • Un dernier dessin, offert par l’artiste à la Collection Lambert à l’occasion de cette exposition, représente la figure du  Joueur de flûte que l’on retrouve dans la vidéo projetée à l’Église des Célestins.

Ces œuvres graphiques d’Adel Abdessemed sont mises en regard avec des études  prêtées par le musée Ingres de Montauban et avec un dessin de Delacroix d’une collection privée que l’on avait déjà vu à Aix en 2011.

Une salle noire,  contiguë, est réservée à la projection du premier épisode  des Croisades vues par les Arabes (Cabaret Crusades ) réalisé par l’égyptien Waël Shawky, sur le texte d’Amin Malouf.
The Horror Show File, 2010 évoque le début des croisades, de 1095 à 1099. Il utilise des marionnettes à fils en bois, vieilles de 200 ans, très expressives,  de la tradition piémontaise  (collection Lupi à Turin). Le film a été réalisé en Italie dans la Cittadellarte de l’artiste Michelangelo Pistoletto.
Il faut impérativement prendre la demi-heure nécessaire pour voir ce travail remarquable qui est un des points forts du parcours.

Marseille-Provence 2013 propose actuellement le deuxième volet, The Path to Cairo (2012), réalisé à Aubagne, dans le cadre d’un Atelier de l’Euro Méditerranée. Une centaine de marionnettes en céramique et une centaine de santons racontent les cinquante ans qui suivirent la prise de Jérusalem (Exposition Ici, Ailleurs, espace Panorama de la Friche de la Belle de Mai, jusqu’au 31 mars).

La première salle sur jardin offre un ensemble assez disparate.
Une installation de l’égyptien Moataz Nasr, 18 Days, 2011 évoque la « révolution » égyptienne. Il s’agit d’une évocation brute, sans  médiation, de l’histoire immédiate qui rassemble tracts, panneaux, prospectus, posters et banderoles collectés durant la révolution égyptienne, place Tahrir, entre le 25 janvier et 11 février 2011. La voix des hommes et des femmes du Caire nous est transmise sans distance par Moataz Nasr, qui ne cache pas son enthousiasme :

« Le temps de la révolution a  été le plus important de ma vie. Je n’avais jamais pensé que je  verrais autant d’Égyptiens unis, hurlant à la face du dictateur. Dix-huit jours  ont apporté plus que trois décennies d’injustice. Je  suis très optimiste, la révolution est le point de départ d’une  nouvelle génération qui ne sera jamais d’accord avec l’injustice.  La révolution a affecté et continuera d’affecter mon travail ». Roxana Azimi, Printemps arabe : Paradis perdus ?, Le Quotidien de l’Art , n°14, octobre 2011.

Pourquoi cette installation est-elle juxtaposée au monumental  et peu convaincant « Jérémie enchaîné dictant ses prophéties à Baruch » d’Henri Lehmann de 1842 ?  Quel rapport entre ces  prophéties et les  événements en Égypte?
La présence de The Last Gasp (Dernier souffle) de Yan Pei-Ming est plus évidente. Il s’agit du portrait du dictateur libyen  Muammar al-Kadhafi,  entre la vie et la mort… Mais pourquoi avoir placé ce tableau dans un coin de la salle ? Pourquoi imposer au visiteur de reculer dans l’enfilade pour pouvoir l’apprécier ?

L’accrochage dans la salle suivante est également hétéroclite. Une œuvre  kitch à souhait dont Pierre et Gilles ont le secret (la Vierge à l´Enfant, 2009) côtoie Le loukoum rose d’Aziyadé  de  Paul-Armand Gette.  Ces « sucreries » en verre réalisée au CIRVA de Marseille font référence au roman publié anonymement par Pierre Loti en 1879 et qui raconte l’histoire d’amour entre un officier de marine européen et une jeune femme d’un harem en Turquie. Ceux qui connaissent le travail de Genette ne seront pas surpris de découvrir de multiples allusions sexuelles dans ces « turkish delights » et tout particulièrement dans les coins supposés avoir été « sucés » pour mieux en découvrir la couleur…

Istanbul semble faire le lien avec l’ensemble des gouaches sur papier d’Emir El Qiz intitulé Costumes d’apparat de la première délégation ottomane dans la Cité Papale
Par contre,  la relation entre ses trois œuvres et les dessins de l’architecte Zaha Hadid pour le projet The Hague Villas, Spiral House, 1991 est honnêtement difficile à comprendre…

Le grand salon accueille une autre des pièces majeures de cette exposition. Il s’agit d’un grand panneau de presque six mètres sur trois d’Anselm Kiefer, The Fertile Crescent. Cette toile a été présentée par la galerie Lia Rumma à Milan, cet automne. Dans cette exposition, qui lui était entièrement dédiée, Kiefer plongeait une fois de plus dans l’Histoire, dans le berceau de la civilisation, la bande de terre qui s’étend de l’Égypte antique à la Mésopotamie, ce croissant fertile…

Anselm-Kiefer
Anselm Kiefer The fertile crescent, 2009
Acrylique, huile, gomme laqueet sable sur toile, 280x570x 8 cm
ⓒAnselm Kiefer Courtesy Lia Rumma Gallery, Milan/Naples

L’œuvre de Kiefer est accompagnée de l’installation Oasis de Zilvinas Kempinas, régulièrement présentée à l’hôtel de Caumont.

La salle suivante présente un ensemble intéressant d’œuvres contemporaines autour d’un tapis de Mona Hatoum Bukhara (Red & White). Référence aux souvenirs de l’artiste et à son enfance, ce tapis symbolise aussi  l’univers que le migrant emporte avec lui. En creux, des arrachements font apparaître la trame, et dessine une mappemonde selon la projection de Peters qui  respecte les dimensions des continents  et donne au Sud  des proportions plus correctes.

Dans l’installation vidéo de Charles Sandison, Left to right,2008, des milliers de mots calligraphiés en arabe se transforment peu à peu en deux mains qui s’unissent.

Idriss Khan a photographié sur une même plaque argentique toutes les pages du Coran, Holy Quran, 2004.  Ces pages se superposent en traçant une étrange partition…

La dernière salle avant la librairie propose une installation de la photographe et vidéaste israélienne Michal Royner, Black Board Cyprus, projection de petites silhouettes sur des stèles de pierre. En face l’étonnante étude de l’architecte Marc Miram, auteur de nombreux ponts et passerelles, The Missing Link. Une passerelle reliant Gaza à la Cisjordanie…

L’exposition se termine avec un dessin d’Adel AbdessemedDrawing for hope II qui répond aux tableaux de Combas qui ouvrent le parcours dans le grand escalier…

Comme le souligne Eric Mézil :

« L’exposition s’ouvre et se referme avec des représentations de l’exode contemporain. L’«invitation au voyage» s’est transformée en flux migratoire. […] Si les artistes les plus engagés se sont fait les porte-drapeaux de ces oubliés de l’histoire, c’est parce que les mirages ne sont plus, comme au XIX° siècle, véhiculés par l’Orient, mais bien par l’Occident du nouveau millénaire : ce sont en effet les côtes européennes où miroite le rêve d’une vie meilleure, que tentent chaque nuit d’atteindre ces bateaux partis de Tanger, Tunis ou Tripoli, via Gibraltar ou Lampedusa ».

Lire sur ce blog :
Mirages d’Orient (1) : «Tangerama »
Mirages d’Orient (2) : «Arabesque »

En savoir plus :
Le site de la Collection Lambert

A propos de Shirin Neshat
Women of Allah
Galerie Jerome de Noirmont

A propos de Yan Pei-Ming

Son site internet 

A propos de  Walid Raad
Collection Nadour
Sfeir – Semler Gallery

A propos de  Mona Hatoum
Site du Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration :
– Bukhara (red and white), 2008
Site du Centre Pompidou
TateShots: Mona Hatoum, studio visit

A propos de Djamel Tatah
Son site internet
Sur le site du Creux de l’Enfer – Entretien avec Djamel Tatah
Site du Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration :
Sans titre, 2008
Dossier pédagogique

A propos de Wael Shawky
Cabaret Crusades sur You Tube
Conversation avec Eckhard Thiemann. Liverpool Arabic Arts Festival, Walker Art Gallery, 2011

A propos de Paul-Armand Gette
Site du CIRVA à Marseille

A propos de Moataz Nasr
Collection Nadour

A propos de Zaha Hadid
The Hague Villas, Spiral House, 1991 sue le site du FRAC Centre