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Jeux vidéos et art numérique au musée Fabre, Montpellier

Eric Chahi, Esquisse pour Another World.

L’annonce d’un « Automne numérique » par le Ministère de la Culture semble avoir libéré de multiples initiatives…
Hackathon, réunions sur l’ouverture des données culturelles et les usages qu’il convient d’en faire, réflexions sur l’indexation des données et les enjeux du Web sémantique ( ou Web des données),initiatives sur les nouvelles relations au public, prototypages collaboratifs (Museomix)…

Cet automne, le musée Fabre a décidé de s’associer à deux événements importants à propos du Jeu Vidéo qui se déroulent tous les ans à Montpellier : Digiworld Summit et Montpellier In Game !
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Conversations Électriques à la Panacée, Montpellier…

Conversations electriques_1 Pour son exposition inaugurale, La Panacée présente jusqu’au 15 décembre « Conversations Électriques ». Pour Franck Bauchard, directeur de La Panacée et commissaire de l’exposition, « L’enjeu de ces « Conversations électriques » est  de créer des formes de conversation autour de l’art, dans un lieu qui lui est dédié. Ce qui est proposé relève d’un point de vue sur l’art, qui appelle d’autres points de vue, d’autres voix, d’autres questions. Ce qui est recherché, c’est de placer l’œuvre dans l’interaction sociale la plus riche et non de la pétrifier dans un écrin. »

Quelques mois après l’ouverture de ce nouveau centre de culture contemporaine, il est intéressant de revoir à la fois cette exposition et d’observer comment La Panacée a insufflé un nouvel « esprit de conversation » qui était son ambition…

Le parcours proposé aux visiteurs se développe sur cinq espaces d’expositions réunis par une coursive autour du patio.

Salle d’exposition #1

Le premier espace accueille trois installations :  Listening Post de Mark Hansen et Ben Rubin, Delayed de Matthias Gommel et l’historique Hole in Space 1980 de Kit Galloway et Sherrie Rabinowitz.

Créé en 2001, Listening Post est une des premières œuvres conçue à partir d’un volume important de données extraites d’Internet.
Ce « poste d’écoute » récolte des textes en temps réel dans des forums publics et autres chat rooms. Après traitement, les textes sont lus par des voix de synthèse et  ils défilent simultanément sur un assemblage de plus de 200 petits écrans LCD suspendus dans un ensemble parabolique .

Étrange machine désincarnée, un peu hypnotique qu’il est difficile actuellement de regarder/écouter  sans penser aux révélations d’Edward Snowden et aux pratiques de la NSA… étrange sensation d’une exposition rattrapée par une actualité qui donne soudain un éclairage inattendu à cette installation.

Cette machine de synthèse, qui « exploite/expose » des conversations textuelles du Net,  fait pendant à  l’évocation d’une performance historique réalisée par Kit Galloway et Sherrie Rabinowitz  pendant trois soirs de novembre 1980, Hole in Space 1980.
Sans publicité et sans explications préalable, une connexion vidéo par satellite permettait aux passants du Lincoln Center de New York et à ceux d’un centre commercial à Los Angeles de se voir et échanger librement malgré la distance. Cette expérience d’une vidéo conférence dans l’espace public, cet espace virtuel apparaît comme une forme initiale des actuels « FaceTime », « Hangouts » et autres « Skype » de nos sphères privées…

Kit Galloway & Sherrie Rabinowitz, Hole in Space 1980, 2003_1
Kit Galloway & Sherrie Rabinowitz, Hole in Space 1980, 2003
Hole in Space 1980 Revisited. Double projection Los Angeles / New York, 60’
Hole in Space 1980 Documentary. Documentaire, 30’

L’exposition présente la performance sous la forme d’une double projection des vidéos face à face, à l’échelle des vitrines à New York et à Los Angeles où elle était installée.
C’est avec un indéniable ravissement, mais aussi avec une certaine fascination que l’on observe comment  les badauds se sont approprié un outil qui leur était proposé de manière impromptue.

La mise en regard de Listening Post  et Hole in Space 1980 est particulièrement captivante. Elles offrent un raccourci historique qui laisse songeur…

Entre ces deux « témoignages », la proposition de Matthias Gommel prend un aspect totalement différent selon qu’elle soit ou non activée par des visiteurs…

Delayed est composé de deux casques d’écoute, munis de microphones qui pendent au milieu de l’espace d’exposition, sans aucune invitation ni explication.  Telle que, Delayed,  c’est l’absence de communication…
Mais ces deux casques suspendus ont un indéniable attrait…
Première surprise, les écouteurs restent silencieux ! Il faut donc attendre un partenaire pour que le dispositif prenne « sens »… Mais, surprise, un décalage de 3 secondes dans la transmission du message perturbe considérablement la conversation avec la personne qui se trouve à deux pas !
L’installation imaginée par Matthias Gommel transforme une pratique élémentaire en une opération complexe, exigeant la mise en œuvre d’une stratégie partagée qui réduit terriblement la fluidité de la conversation.

Ce premier espace nous interroge immédiatement sur la manière dont les conversations électriques bruitent, modifient, perturbent l’esprit de la conversation,sa vivacité, sa fluidité, sa spontanéité et sa fugacité…  Par la mise en situation qu’il nous propose, le dispositif de Gommel nous contraint avec beaucoup de pertinence à cette interrogation…

Salle d’exposition #2

La Cabine de Christine Bouteiller est un des projets a priori les plus captivants proposés dans cette exposition. En résidence à La Panacée, la vidéaste et réalisatrice a proposé aux visiteurs de participer à la création d’un documentaire « mémorial du téléphone […] avant son inéluctable disparition ».
Elle a mis en place une installation, La Cabine, une sorte de boîte, qui est à la fois un studio de tournage, un lieu de diffusion et surtout un outil de montage participatif pour la réalisation du documentaire…
Il faut cependant souligner que l’installation ne fonctionne pas en autonomie. La présence de l’artiste est indispensable… « On ne parle pas à une machine comme à un être humain », dit-elle…  revendiquant une position de documentariste. La contrainte est aussi un élément du dispositif. En mode REC, la cabine réalise des interviews d’une durée de trois minutes pas plus, pas moins  (attention à la sonnerie !). PLAY offre une fonction de dérushage des plans tournés qui permet surtout au visiteur d’annoter les séquences visionnées.
Depuis la mi-octobre, La Cabine n’existe plus… Elle a fait place à un atelier d’enfants et Christine Bouteiller travaille au montage final de son documentaire que l’on attend avec une curiosité certaine… En attendant, il est possible de consulter le site dédié à cette expérience… On peut aussi visionner « Un monde sans téléphone », une production réalisée avec des enfants lors de l’atelier Panholidays des 22 et 23 août.

Salle d’exposition #3

Grimpant  de Teri Rueb et Alan Price occupe la troisième salle d’exposition. Cette installation est une création réalisée pour l’exposition par ces deux artistes américains.

Elle s’articule en deux dispositifs qui sont étroitement liés :

  • Une application téléchargeable sur téléphone mobile, uniquement sous Android, permet d’enregistrer son parcours dans la ville et de laisser des messages audio à propos de végétaux qui apparaissent comme remarquables.
  • En salle d’exposition, un dispositif assez complexe récupère les données des utilisateurs, mais aussi des données actuelles et historiques de la ville de Montpellier. Une cartographie dynamique est projetée sur la largeur d’un mur associant des données contemporaines et historiques où s’entremêlent une représentation des réseaux hydrologiques et des transports, les déplacements d’individus et l’évolution de la végétation. Les  contributions enregistrées à partir des mobiles sont représentées par des graines qui  se transforment  en une vigne grimpante dès qu’une loupe passe au-dessus. En poussant, la vigne permet d’entendre l’enregistrement laissé par le participant.

Sur le papier, ce n’est pas sans intérêt… En salle d’exposition, l’installation est visuellement plutôt intrigante… et même un peu envoûtante.  Le mouvement des loupes semble lié au déplacement du visiteur dans la salle, mais sans que cette interaction soit certaine (la Kinect utilisée est a peu près opérationnelle pour détecter le déplacement d’un unique visiteur)…  Par contre, le propos est franchement assez incompréhensible et l’intervention d’un médiateur indispensable…

L’interactivité (en temps différé) que propose par cette « conversation » semble bien compliquée… « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » était certes une des devises des Shadoks !
Il serait intéressant de connaître le nombre de téléchargements de l’application mobile et surtout le nombre de contributions enregistrées… puis le nombre de visiteurs qui après avoir utilisé l’application mobile sont revenus voir leurs traces numériques  dans l’exposition… Mais les médiateurs ne peuvent apporter cette information…

Salle d’exposition #4

Si la première galerie rassemble des installations dont le rapprochement est évident, c’est loin d’être le cas pour la quatrième salle du parcours. On peine à trouver la cohérence d’un discours dans cet ensemble hétéroclite, à l’exception de la visualisation graphique de conversations qu’évoquent les œuvres de Wesley Grubbs & Mladen Balog et celle de Thomas Weyres

SMS type de Thomas Weyres est un ensemble de lignes en adhésif rouge appliqué sur le mur qui représentent le mouvement d’un doigt tapant « je t’aime » sur un clavier d’un téléphone mobile, dans huit langues différentes : anglais, allemand, arabe, italien, polonais, zoulou, mandarin et français.

Thomas Weyres, SMS type, 2002
Thomas Weyres, SMS type, 2002.
Adhésif, collection de l’artiste.

Que penser de cette proposition,certes sympathique, mais qui semble aussi plutôt anecdotique…  Peut-on être réellement ému par les traces de ces « je t’aime »… Comment y trouver matière à réflexion sur les échanges de SMS…

Invisible City, A Day in the Life of 311 Calls et Invisible Montpellier de Wesley Grubbs et  Mladen Balog sont deux représentations graphiques ou data-visualisation réalisées à partir d’analyseq d’appels téléphoniques.

Pour le « tableau » newyorkais, il s’agit d’une classification d’appels de plaintes au numéro 311 pendant une journée. La DataViz a été réalisée pour un article de Steven Johnson dans le magazine Wired de novembre 2010. Le pendant montpelliérain, commandé pour cette exposition, a été réalisé à partir de 1400 données recueillies par le numéro vert Montpellier au Quotidien.

On sait que la multiplication des données numériques a engendré de multiples interrogations autour des Big Datas ou des problématiques autour de l’Open Data. Ce qu’il est convenu  de nommer DataViz est très « main stream »… Les questionnements autour de la  représentation des données constituent indéniable problème scientifique, démocratique et politique… Doit-on en faire aussi une question esthétique ? Faut-il considérer ces représentations graphiques comme des objets culturels ? Ces « tableaux » sont-ils des « œuvres » à accrocher aux cimaises d’un centre de culture contemporaine ? Si la culture contemporaine du centre comprend les sciences, alors la simple présentation graphique sans commentaire relatif aux données et sans analyse est-elle scientifiquement pertinente ? Fait-elle sens ?

Megan Smith, Pst! microCONTROL, 2010Pst! microCONTROL de Megan Smith est dans son principe assez proche de Listening Post : des afficheurs LED présentent un aperçu en temps réel de messages publiés sur Twitter. Malheureusement, la représentation que ces pauvres cadrans jaunes proposent semble très éloignée à la fois de l’extrême diversité des propos qui circulent sur le réseau et des problématiques qui y sont liées… Cette installation esthétiquement pauvre ne dit pas grand-chose et ne conduit pas le visiteur à s’interroger l’intérêt et les enjeux de ces conversations numériques… Il n’y a pas de difficulté à trouver sur Internet des représentations beaucoup plus pertinentes sur ce qui circule sur Twitter !

The Conversation de Ralf Baecker est une des installations les plus spectaculaires de l’exposition.
Au milieu d’une tripaille de câbles, 99 solénoïdes (bobines magnétiques)  disposés en cercle sont reliés au centre à des élastiques par des fils.  Le champ magnétique produit par chaque solénoïde entraîne une traction sur le fil auquel il est relié, mais chaque solénoïde est aussi « sensible » aux tensions produits par les autres. L’ensemble de la structure est modifiée  par l’intermédiaire des élastiques. Le réseau ainsi formé se modifie en permanence à la recherche d’un équilibre impossible. Les déplacements générés par les bobines magnétiques produisent un bruit de fond sonore, rythmé par des moments de tension et des périodes calmes.

Ce système autonome, aux comportements inattendus et aléatoires, apparaît comme un système organique qui semble doté d’une « respiration ». C’est selon son auteur « la réincarnation physique d’une idée », « un processus contemplatif » dont le but serait de créer un cercle parfait au centre, but inatteignable, car il y a du bruit dans le système. L’action et l’écoute des tensions par chaque solénoïde, la réaction des parties mécaniques génèrent ce bruit. The Conversation est une machine analogique qui ne peut être parfaite…
Ralf Baecker fait une analogie de son système avec la conversation humaine dans laquelle de multiples causes provoquent du bruit et de l’incompréhension. La négociation permanente entre les éléments du système fait qu’il est difficile qu’ils se comprennent.

À l’opposé des propositions précédentes, l’installation de Baecker nous semblent esthétiquement intéressante. Sa conception, comme la relative complexité de sa réalisation, nous interroge sur les nécessaires incompréhensions liées aux inévitables bruitages inhérents à  nos conversations qu’elles soient électriques ou pas !

Le Transmetteur polyphonique de rêves proposé par Francesco Finizio est constitué par une plage en moquette sur laquelle il convient de s’allonger pour y écouter des récits de rêves confiés à un répondeur téléphonique et diffusés dans un tuyau de PVC…
Allonger les « psy » qui se dissimilent derrière les curieux prêts à s’allonger en public pour y entendre les confidences d’un tuyau est ce que l’on pourrait qualifier de performance participative à effet désynchronisé.
Esthétiquement le dispositif est d’une pauvreté remarquable … Cependant, il faudrait pouvoir apprécier la richesse des rêves révélés  au répondeur téléphonique, l’émotion ressentie par « écouteurs allongés » et l’enrichissement qu’ils en ont retiré. Évaluation hors du champ de ce dispositif participatif ? L’essentiel n’est-il pas de participer ?

Francesco Finizio, Transmetteur polyphonique de rêves, 2002
Francesco Finizio, Transmetteur polyphonique de rêves, 2002.
Matériaux divers, Collection de l’artiste.

VMAM, VMATP, VMAN, VMAC – Le rétro-musée de Montpellier en 2041 est une installation de Magali Desbazeilles qui projette le visiteur en 2041…
Quatre musées imaginaires proposent une reconstitution autour du téléphone de ce qu’étaient les conversations électriques au passage du millénaire.

VMATP (vrai musée des arts et traditions populaires) reconstitue un coin d’appartement assez kitch, dont la décoration est inspirée par les années 70 et où s’accumulent des objets fabriqués entre 1950 et 2000. Un standard téléphonique permet de lancer de courtes projections vidéo qui s’insèrent dans ce décor et qui évoquent les usages de ces appareils… Le discours n’est pas exempt d’approximations volontaires, supposées être liées aux imprécisions des souvenirs collectés… en 2041.
Cette installation, à propos de laquelle Magali Desbazeilles parle volontiers d’esthétique du bricolage, propose selon son auteur «un regard distancé et bienveillant sur la communication numérique et questionne plus spécifiquement le rapport à la mémoire, à l’oubli et à la conversation… » et elle nous affirme qu’ « après l’antiquité (invention de l’écriture) et la modernité (primauté de la raison) ; la mémonuité (externalisation numérique de la mémoire humaine) dont l’avènement date de la fin du 20ème siècle, est une époque de transition vers notre 23ème siècle. »

VMAM (vrai musée des arts et métiers) présente six témoignages de mobinautes contraints d’utiliser un clavier latin pour écrire des SMS… « Ou comment algériens, chinois, coréens, grecs, iraniens ou russes sont obligés de latiniser leur langue pour envoyer des SMS ». Évoquant l’évolution de la latinisation au niveau mondial depuis l’antiquité, Magali Desbazeilles affirme : « Le téléphone à touches a été l’arme du début du millénaire qui aura finalisé la diffusion planétaire de l’alphabet latin et de son règne sans partage. »

VMAM (vrai musée des arts et métiers)
Magali Desbazeilles, VMAM – Le rétro-musée de Montpellier en 2041, 2013.
Installation performance. VMAM (vrai musée des arts et métiers)

De quoi méditer pour ceux qui voit dans l’usage d’une orthographe « simplifiée » dans les SMS, la supposée ruine de notre culture…

Dans son VMAC (vrai musée d’art contemporain), l’œuvre d’un artiste non identifié, peut être réalisée entre 1967 et 2000, est en cours de reconstitution… Un planisphère morcelé, divisé, devenu mobile et portable…
C’est probablement la proposition la plus forte de cette exposition !

Andreas Bunte, La fée électricité, 2007L’installation d’Andreas Bunte, La fée électricité, chronique qui mélange archives réelles et histoires imaginaires, n’est pas sans intérêt. Elle porte un regard décalé sur les progrès technologiques, mais contribue malheureusement à une certaine dislocation du discours dans cette fin de parcours…

Un conseil : Ne manquez pas, sur le chemin des toilettes, Cross-Fire une courte vidéo de l’écossais Geoffrey Mann. Il reconstitue, avec un humour inénarrable, et avec la complicité de la vaisselle et de l’argenterie, une scène de dispute entre  Kevin Spacey et Annette Bening dans le film American Beauty de Sam Mendes.

La vidéo est accompagnée d’une  jolie vitrine avec pièces à conviction sur les capacités des machines de prototypage rapide à partir de modèles en 3D ! Un vrai plaidoyer pour les FabLab ?

Geoffrey Mann, Cross-Fire, Natural 
Occurrence series, 2010
Geoffrey Mann, Cross-Fire, Natural 
Occurrence series, 2010.
Vidéo 1’55. Objets (argenterie, porcelaine, verre).

Au final, la perception de cette exposition inaugurale est assez contrasté… Séduit par une première visite, peu après le vernissage en juin dernier, des visites successives, en été, puis à l’automne, ont peu à peu montré la faiblesse de certaines pièces ou leur caractère anecdotique. Mais elles ont surtout révélé un certain émiettement du propos au fil du parcours.

Le dossier de presse affirmait que « Loin de vouloir isoler, le pari de La Panacée est au contraire de créer en son sein de multiples formes de conversation à l’ère du numérique, donnant ainsi le ton d’un lieu d’art qui est aussi un lieu de rencontres et d’échanges ». Les nombreuses de propositions participatives semble répondre à cette ambition… avec toutefois une forte prédilection pour les interactions en temps différés !  On attend donc avec impatience le documentaire issu de La Cabine… et c’est avec curiosité que l’on aimerait savoir combien de personnes ont collaboré à Grimpant, ou encore le nombre de rêves confiés au répondeur du Transmetteur polyphonique.

Soulignons la disponibilité, l’amabilité et la gentillesse des médiateurs en salle.

Malgré les réserves exprimées ici, on attend avec intérêt le second volet de «Vous avez un message » avec  Art by Telephone…Recalled , mythique exposition présentée au Museum of Contemporary Art de Chicago, en 1969 et revisitée récemment par l’École Supérieure Des Beaux-Arts Talm d’Angers et le CAPC Musée d’art contemporain de Bordeaux.

Cette proposition était certainement très compliquée pour une exposition inaugurale, et  il faut saluer le courage de l’équipe pour s’y être risqué.

En savoir plus :
Sur le site de La Panacée
Sur la page Facebook de La Panacée
Les vidéos de La Panacée sur Vimeo (Entretiens avec Magali DesbazeilleRalf BaeckerChristine BouteillerFrancesco Finizio, et Thomas Weyres )
Les liens vers les sites des artistes (bio et œuvres) sont dans le corps de l’article.

Le Corbusier et la question du brutalisme. Exposition LC au J1 à Marseille.

Affiche LC au J1Après l’importante exposition An Atlas of Modern Landscapes présentée au MoMA jusqu’au 23 septembre à New York , Marseille-Provence 2013 nous annonce que « Le Corbusier revient  à Marseille »… Pour y être interrogé sur « La Question du Brutalisme », jusqu’au 22 décembre !!!  Afin d’orienter le visiteur, l’affiche proclame aussi « LC au J1 » !!!

Tentons de comprendre ce que l’on nous propose…

Commençons par le plus simple…  « LC au J1 »
LC est le monogramme avec lequel Le Corbusier signe plusieurs de ses œuvres après 1920…
J1 c’est bien évidement le hangar maritime en béton armé situé sur le môle face à la digue du large à Marseille où accostent et appareillent les ferries vers l’autre rive de la Méditerranée…  C’est de cet endroit que Le Corbusier a quitté Marseille et qu’il y est revenu à l’occasion de ses nombreux voyages[1]… Il n’est donc pas incongru que cette exposition soit présentée dans ce lieu qui offre d’étonnantes perspectives sur la mer comme sur la ville…

Le Brutalisme est un courant architectural, essentiellement anglo-saxon, défini par le critique anglais, émigré aux États-Unis, Reyner Banham au début des années 50[2]. Dans la continuité du Modernisme d’avant guerre, le Brutalisme est une tendance radicale qui accorde une importance à la matérialité des édifices, et à l’expression d’une vérité constructive que l’on résume trop souvent à l’emploi du béton brut de décoffrage. Les architectes et les théoriciens, qui se sont réclamés du Brutalisme, ont tous revendiqué la référence aux travaux de Le Corbusier et en particulier à l’Unité d’habitation de Marseille, plus connue sous le nom de Cité Radieuse, le Corbu ou encore la Maison du Fada

Mais Le Corbusier ne s’est jamais désigné comme architecte « brutaliste » et il n’a jamais théorisé cette notion… À propos de son emploi du béton, il déclara avec une certaine ambiguïté : « Depuis la guerre […], j’ai eu l’occasion de faire, d’employer enfin le béton. Par la pauvreté des budgets que j’avais […], J’ai fait du béton brut  à Marseille… ça a révolutionné les gens et j’ai fait naître un romantisme nouveau, c’est le romantisme du mal foutu »[3]

L’exposition s’attache donc à présenter la dernière partie de l’œuvre de Le Corbusier ,entre 1945 et 1965, à travers cette question du Brutalisme.

Le hangar du  J1, avec sa charpente métallique et ses poteaux de béton brut, peut être considéré comme un site « brutaliste ». Son choix par Jacques Sbriglio, commissaire et scénographe de l’exposition, apparaît encore plus comme une évidence.

J1 Panorama ©AkramBELAID
Hangar du J1. ©Akram Belaid

La mise en scène imaginée par Sbriglio propose en contrepoint au « brutalisme » du J1, une structure « puriste », posée dans l’axe du hangar. Ses dimensions respectent les proportions du Modulor et la double hauteur chers à Le Corbusier.

© Vue de l’exposition Le Corbusier et la question du brutalisme FLC/ADAGP 2013 © Photo : Chloé Heyraud

Cette scénographie offre une succession d’espaces ouverts comme des placettes, et d’autres fermés comme de petites salles. Les espaces ouverts privilégient sculptures et maquettes. Les cimaises dans les espaces fermés sont réservés à la peinture. Dans presque chaque espace, une tablette formant une vitrine présente des croquis, de petits dessins, des photographies et des éléments de la correspondance.
Le choix des couleurs pour les cimaises, d’astucieuses découpes géométriques dans le plafond des salles et un éclairage très soigné, permettent une mise en valeur très réussi des œuvres présentées.
Cependant, les documents présentés sous verre, dans les espaces ouverts, n’échappent pas à de malheureux reflets qui gênent parfois leur lecture…

L’exposition ouvre avec deux sculptures (Femme, bois polychrome de 1953 et Panurge II, bois naturel de 1962) et une huile sur toile (Taureau XIII, 1956) qui illustrent la production peinte et sculptée de la dernière période de Le Corbusier. Des repères biographiques et  les premiers textes de salles expliquent l’organisation du parcours imaginé par Jacques Sbriglio.
Il propose une visite en deux parties.


Dans un premier temps , après une évocation rapide des années de formation, l’exposition montre les principaux jalons qui conduisent Le Corbusier à l’élaboration d’une nouvelle esthétique et d’une éthique qu’il développera dans la dernière partie de son œuvre.
Dans sa deuxième partie, le parcours aborde sa production de l’après-guerre au travers d’une approche thématique.

Aux origines du brutalisme

Idéalisme et Rationalisme

Ce premier espace évoque rapidement les années de formation autodidacte de Charles-Edouard Jeanneret  à travers livres et voyages. Son attitude à la fois idéaliste et rationaliste à l’égard de l’architecture est particulièrement soulignée. Elle s’exprime par ses dessins, travaux d’école consacrés à l’étude de la nature, et dessins de voyage dédiés à l’architecture mais aussi et surtout par ses ouvrages. Une maquette de la « maison Dom-Ino », en 1914, illustre ses conceptions nouvelles . Ce projet, qui se sera pas réalisé, proposait de libérer l’ossature des façades. Ce nouveau système de construction sera une contribution majeure de Le Corbusier à l’architecture moderne.

Cette première salle présente aussi  son engagement dans la peinture, à 31 ans, après sa rencontre avec Amédée Ozenfant, en 1918. Leur collaboration dans la critique du Cubisme et dans la définition du Purisme est illustré par deux toiles Le Bol Rouge, 1919 et Guitare verticale, 1920, compositions  orthogonales utilisant les « Tracés régulateurs » chers à l’architecte.

Régionalisme critique

La question du « régionalisme critique » est au centre des deux espaces suivants. Cette notion, qui n’a pas été formulée par Le Corbusier, peut être résumé par l’interrogation : « comment être moderne et retourner aux sources » ?
L’exposition fait remonter cette problématique au « Voyage d’Orient » de 1911. Dans les dizaines dessins qu’il ramène, Charles-Edouard Jeanneret  ne semble pas faire de hiérarchie entre architecture monumentale et architecture vernaculaire.
Plus tard, après la publication de ses ouvrages théoriques et les constructions révolutionnaires et puristes comme la Villa Savoye, Le Corbusier travaille en même temps à des projets rationalistes comme l’Immeuble Clarté à Genève, 1930, et à la conception de maisons plus traditionnelles telle que  la maison Errazuris, 1930 au Chili (vue générale en perspective, vue intérieure en perspective, maquette).

Son intérêt pour le caractère primitif de l’habitat du bassin d’Arcachon, où il vient se reposer, se retrouve dans les projets de maisons qu’il réalise au cours des années 30 : Villa le Sextant  aux Mathes, 1935 (vue en perspective et plans), Projet de maison de week-end Jaoul ,1937 (vue en perspective), Villa de Mandrot au Pradet, 1930 (plan et élévation).

Dans sa peinture, la séparation d’avec Ozenfant en 1925 se traduit par l’abandon de l’austérité de ses compositions puristes. La figure humaine apparaît, d’abord dans les dessins (Deux femmes debout enlacées, vers 1926-28, Femme se tenant les seins, vers 1926-28, Deux femmes assises enlacées, vers 1932-34).  Dans les tableaux, le nu féminin se manifeste d’une manière plus abstraite.
Sous l’influence de Fernand Léger, il introduit dans sa peinture les « objets à réaction poétique » ( galets, cordages, racines, écorces…) qui succèdent aux objets manufacturés de la période puriste :  Nature morte à la racine et au cordage jaune, 1930, Pêcheuse d’huîtres, 1935 et le carton pour tapisserie Marie Cuttoli, 1935.

Une sculpture en bois polychrome, plus tardive, La Mer, 1963 occupe le centre du deuxième espace, ouvert sur le large. Par ses formes et ses couleurs, elle dialogue à la fois avec les œuvres peintes et avec le paysage maritime.
C’est vers 1935, que Le Corbusier  rencontre Joseph Savina , un ébéniste breton avec  qui il engage une collaboration d’abord pour la réalisation de mobilier. Puis à partir de 1944, c’est autour de la sculpture que leur association se poursuit. Le Corbusier imagine les sculptures, le plus souvent à partir de ses peintures et ses dessins. Il envoie des esquisses à Savina qui réalise les sculptures soit en taille directe, soit par assemblage d’éléments, soit en combinaison de ces deux techniques.

Les arts primitifs

Cet espace souligne l’intérêt que Le Corbusier portait aux arts primitifs et à l’art Brut.
Un ensemble de photographies évoque l’exposition sur «les arts primitifs » qu’il avait organisée, en 1935, dans son appartement-atelier, à Paris.
On découvre également  une série de dessins de Louis Soutter, cousin de Le Corbusier , enfermé contre son gré dans un asile depuis 1923. Des exemples de leur correspondance montrent  l’intérêt que Le Corbusier accordait à son travail et sa volonté de le faire reconnaître.
Enfin, trois portraits du peintre naïf André Bauchant montrent Le Corbusier, sa femme Yvonne et son  cousin et associé Pierre Jeanneret.

La Méditerranée

Dans les nombreuses études d’urbanisme qui ont mobilisé Le Corbusier  dans les années 30, Alger tient une place majeure. De 1931 à 1942, il conçoit six projets pour cette ville, sans aucun succès. Cette salle est consacrée dans une large mesure à ces travaux depuis le plan Obus, jusqu’au projet du quartier de la Marine. (maquette, vues en perspective, plans, coupes et élévations). La maquette d’un projet de gratte-ciel pour ce quartier est particulièrement mis en évidence.

Alger est aussi évoquée par un ensemble de dessins de femmes de la Casbah ( Deux femmes enlacées, 1932) et trois toiles dont les sujets utilisent le motif du groupe de femmes cher à Delacroix : Deux musiciennes, 1936-37, Deux femmes fantasques, 1937, L’horreur surgit, 1940.

La Méditerranée et Marseille

L’espace suivant ouvert sur le port et la mer est entièrement consacré aux projets de Le Corbusier pour Marseille et bien entendu à l’Unité d’habitation de Marseille, commande de l’État français. Études, plans, coupes, élévations et maquettes illustrent  ce projet qui marque l’histoire de l’architecture du XXe siècle, donne ses  « lettres de noblesse » au béton brut et devient une référence majeure pour les « nouveaux brutalistes »
La mise au point du Modulor, par Le Corbusier et son équipe, lors de la conception de l’Unité d’habitation est évoqué par un ensemble de trois croquis d’étude.

Deux sculptures contemporaines de la construction de l’édifice marseillais accompagnent croquis, dessins, et maquettes : Ubu, 1947 et Ozon, Opus I, 1947.

La Méditerranée au-delà de Marseille

Pendant la construction du bâtiment  du boulevard Michelet, Le Corbusier travaille au projet du siège des Nation Unies à New York, qu’il ne réalisera pas et a un surprenant projet de basilique souterraine à la Sainte-Baume. Il construit aussi le célèbre cabanon à Roquebrune-Cap-Martin où il viendra tous les étés et près duquel il terminera sa vie. La maquette de ce petit édifice conçu au Modulor occupe le centre de la salle.

En peinture, sa production des années 40 est évoquée par trois toiles : Nature morte Vézelay, 1939, Portrait de femme à la cathédrale de Sens, 1939-1943 et Le grand Ubu, 1949.

Le Corbusier, Nature morte Vézelay, 1939, Portrait de femme à la cathédrale de Sens, 1939-1943 et Le grand Ubu, 1949
Le Corbusier, Nature morte Vézelay, 1939, Portrait de femme à la cathédrale de Sens, 1939-1943 et Le grand Ubu, 1949

Cette salle termine la première partie de l’exposition. Une zone de transition est occupée par un espace multimédia et par trois œuvres, une Peinture murale, 35 rue de Sèvres à Paris de 1948 et deux sculptures Totem, 1950 et Ozon II, 1940-1962.

La question du brutalisme

Cette deuxième partie interroge l’œuvre architecturale de Le Corbusier après la guerre sur la question du brutalisme à travers sept  thèmes fondamentaux : le volume, la surface, le plan et la coupe, la matière, la couleur et la lumière.
Dans la première partie du parcours, l’œuvre peint de Le Corbusier était traité avec une approche chronologique qui montrait comment son évolution avait accompagné sa réflexion d’architecte. Ici, il s’agit surtout d’évoquer la volonté de Le Corbusier de réaliser une « véritable synthèse des arts » en associant autour de l’architecture, l’ensemble des arts majeurs.

Le Volume

Une salle et un espace sont utilisés pour traiter à ce thème du volume.

L’exposition montre qu’à de rares exceptions (Ronchamp, Firminy, pavillon Philips), les compositions architecturales de Le Corbusier sont fondées sur des volumes simples : cubes et parallélépipèdes.  Quelquefois des formes libres y sont accolées ou s’y imbriquent (Palais de l’Assemblée, Chandigarh).

La première salle rend compte de l’utilisation de ces volumes à travers un ensemble de croquis pour divers projets autour d’une maquette en bois  pour le Palais des congrès de Strasbourg.

Un deuxième espace s’attarde sur  les volumes mis en œuvre à Chandigarh, en particulier pour Palais de l’Assemblée  mais aussi au Palais des Filateurs, Ahmedabad et à la chapelle Notre-Dame du Haut, Ronchamp. Quelques croquis et dessins sont accompagnés par un remarquable ensemble de maquettes.

Dans la sélection de dessins et de peintures présentées ici, on rencontre à nouveau  le thème des femmes (Deux femmes au repos, 1939, Trois figures Bado,1943, Deux femmes debout au tronc d’arbre, 1947) mais aussi celui de la mythologie (Divinité baroque, 1943) et surtout celui de la main (Tête et mains, 1955). On retrouvera ce motif à Chandigarh, avec le monument de la Main ouverte.

Le Corbusier, Deux femmes au repos, 1939, Trois figures Bado,1943, Deux femmes debout au tronc d’arbre, 1947, Divinité baroque, 1943, Tête et mains, 1955
Le Corbusier, Deux femmes au repos, 1939, Trois figures Bado,1943, Deux femmes debout au tronc d’arbre, 1947, Divinité baroque, 1943, Tête et mains, 1955

Les tapisseries que Le Corbusier réalisa après 1948,en particulier avec la collaboration de Pierre Baudouin et la manufacture d’Aubusson sont évoquées dans un espace spécifique. Quatre grandes tapisseries murales en laine (Trois femmes sur fond blanc, 1950, Les mains, 1951, Bonjour Calder, 1958, Les dés sont jetés, 1960) font face à la première sculpture réalisée avec la collaboration de Savina, en 1944, Petit homme.

La Surface

Si la façade a commencé par être « libre », dégagée de toute fonction porteuse, elle devient « épaisse » quand Le Corbusier  découvre l’intérêt  du brise-soleil. Il accuse alors le dessin de ses façades en y intégrant des éléments « techniques » comme les cheneaux, les gargouilles, des impluviums…  La fenêtre n’est plus un simple trou dans le mur, mais elle participe de façon déterminante à l’enrichissement du vocabulaire que l’architecte utilise après 1945.

Les nombreux dessins et croquis exposés dans cette salle en témoignent (édifices de Chandigarh, Unité d’habitation de Marseille, Usine Claude et Duval de Saint Dié, Villa Shodan à Ahmedabad…)

Trois tableaux et trois dessins complètent l’accrochage de cette salle ( Deux figures, 1947, Femmes et mains, 1948 et l’émouvant Adieu Von, 1939-1957, dédicacé à sa femme Yvonne le jour de son décès en 1957).
Au centre de la salle, la présentation de son Poème de l’angle droit, 1955 évoque la production littéraire de Le Corbusier dans cette dernière période.

L’espace suivant, ouvert sur la ville, est occupé par trois sculptures une Nature morte polychrome de 1957, un assemblage de bois naturel,  Ozon III de 1962 et La cathédrale, un assemblage polychrome de 1964 qui converse avec la cathédrale de la Major…

Un couloir où sont présentées les études et maquettes de la porte extérieure et intérieure  du Palais de l’Assemblée à Chandigarh conduit à deux salle de projections.  La première présente un montage de photographies techniques des chantiers conduits par Le Corbusier sous le titre « La fabrique de l’architecture ». La seconde salle de projection montre des photographies en couleurs des décors imaginés par l’architecte (Rideau de scène du théâtre de Tokyo, Porte en Email pour la chapelle de Ronchamp…)

Le Plan et la Coupe

Autour d’une maquette pour le projet, non réalisé d’un hôpital à Venise, sont accrochés plans et coupes des bâtiments majeurs pour  Chandigarh et Ahmedabad. Ces documents montrent que Le Corbusier reste fidèle, à de rares exceptions, au plan libre qu’il avait théorisé dans les cinq points de l’architecture moderne en 1927. L’orthogonalité et la trame harmonique dominent dans les plans. Les formes courbes et libres quand elles existent agissent en contre point. Sur les coupes, on remarque l’importance des rampes, des terrasses et des escaliers, mais aussi des espaces intérieurs dans lesquelles jouent la lumière et l’ombre.

Cette salle expose également, les trois projets s’inscrivent dans une autre logique que la rationalité orthogonale du plan et de la coupe : la chapelle de Ronchamp en 1950, l’église de Firminy en 1960 et l’éphémère pavillon Philips pour l’exposition universelle de Bruxelles en 1958.

Trois tableaux de la série des Taureaux, dernier thème de l’œuvre peint complètent l’accrochage de cette salle : Taureau VI, Taureau VIII et Taureau IX de 1954. Le Corbusier déclara à propos de cette série qu’il s’agissait d’une synthèse de ses recherches dont l’origine  est une souche de bois mort et un galet ramassés dans les Pyrénées.

Le Corbusier, Taureau VI, Taureau VIII et Taureau IX, 1954
Le Corbusier, Taureau VI, Taureau VIII et Taureau IX, 1954

La Matière

L’espace dédié à cette thématique est,dans sa première partie au moins, le plus confus du parcours. On peine à comprendre les liens entre le texte de salle et les pièces présentées.  Cela dit, même si l’exposition manque ici de cohérence, les œuvres peuvent se suffire à elles-mêmes.

Citons par exemple Icône, une sculpture en bois d’acajou de 1963, qui répond à un très bel émail de 1964, « icône » aux trois têtes.  Ce dernier fait partie d’un ensemble d’émaux très intéressant  (Trois femmes debout, 1956, Nature morte, bouteille et verres, 1961, Composition avec lignes géométriques jaunes, oranges, bleues, 1962,Femme en blanc, barque et coquillage, 1965, Taureau orange et bleu, 1964).

Deux salles de projection prolongent cet espace ouvert. Elles proposent un « regard croisé » de deux photographes qui ont travaillé sur l’œuvre de Le Corbusier.
Lucien Hervé montre dans une remarquable série en noir et blanc la dimension « brutaliste » de son architecture. Après sa rencontre avec l’architecte en 1949, ce dernier lui confia de nombreux reportages en Europe et en Inde.
Cemal Emden est un photographe contemporain qui s’attache avec ses photographies en couleurs à rendre compte des matières, de la lumière et des couleurs dans l’architecture de Le Corbusier.

Ce dispositif de projection en parallèle est sans conteste une des réussites de l’exposition.

La Couleur et la Lumière

Dans cette dernière salle du parcours, à l’image de la précédente,  le discours semble manquer de rigueur et rassemble des œuvres assez disparates. Si le texte de salle insiste avec pertinence sur l’utilisation de la couleur et de la lumière par Le Corbusier dans son architecture et ce depuis ses premiers projets, il faut se contenter ici de quatre croquis rehaussés aux crayons de couleur, dont celui du projet pour le pavillon d’exposition Ahrenberg à Stockholm de 1962.

Autour d’une sculpture de 1962, Petite confidence, c’est surtout de la peinture que l’on peut apprécier ici. Taureau XI, 1956 fait suite aux esquisses d’architecture. Totem 3, 1961, Taureau V, 1954 et Taureau XVI, 1958 sont associés sur la même cimaise. Je rêvais (1ère version), 1953 côtoie Icône, un émail de 1964. Le travail de l’émail, à propos du quel Le Corbusier déclarait « L’émail est bien la matière [….] que je recherche pour faire vibrer la splendeur du béton brut », est aussi représenté par l’emblématique  Main ouverte de 1963.

Le pavillon Philips pour l’exposition internationale de 1958 à Bruxelles est également évoqué dans cette dernière salle par une maquette en bois qui rend assez mal compte de ce bâtiment composé de voiles « paraboles-hyperboles » et  aujourd’hui disparu. Par contre, on peut apprécier la projection du Poème électronique composé par Edgar Varèse et diffusé dans le pavillon.  À son propos, Le Corbusier aurait déclaré au directeur de Philips : « Je ne ferai pas de pavillon ; je ferai un Poème électronique avec la bouteille qui le contiendra »…

Une dernière toile Taureau, 1963 clôt le parcours.

Le Corbusier, Taureau, 1963
Le Corbusier, Taureau, 1963

Malgré nos reserves en fin de parcours, cette exposition mérite sans aucun doute une visite. Sa très grande richesse, la densité de son discours et la rigueur de son parcours imposent une attention soutenue du visiteur qui n’est pas familier avec l’itinéraire de Le Corbusier.
La qualité de la mise en espace et la grande qualité des textes de salle sont des aides à la visite très précieuses.
Les extraordinaires perspectives sur le large et sur la ville qu’offre le hangar du J1 permettent de ménager toutes les pauses nécessaires pendant la visite qui ne peut être faite au pas de course.

Les matinées sont réservées aux visites scolaires, ce qui est une très bonne initiative. Toutefois, on peut regretter la fermeture à 18 heures qui ne laissent que la pause de midi et les week-ends pour ceux qui travaillent…

Jacques Sbriglio, commissaire de l'exposition Le Corbusier au J1© DR_1Commissariat et scénographie: Jacques Sbriglio
Partenariat de la Fondation Le Corbusier qui a prêté de très nombreuses œuvres.
Catalogue « Le Corbusier et la question du brutalisme » aux Editions Parenthèses. Sous la direction de Jacques Sbriglio. Contributions de Roberto Gargiani et Anna Rosellini, Jacques Lucan, Maddalena Mameli, Éric Mouchet, Antoine Picon, Emmanuel Rubio, Jacques Sbriglio, Cyrille Simonnet, Stanislaus von Moos. Textes de Reyner Banham et Le Corbusier. Photographies de Lucien Hervé et Cemal Emden.

En savoir plus :
Sur le site de Marseille-Provence 2013
Sur le site de la Fondation Le Corbusier


[1] L’exposition commence ave  la projection d’Architecs Congress, film de Moholy-Nagy qui immortalisa le congrès du CIAM sur le thème de la ville fonctionnelle à bord du Partis II. Ce dernier quitta le J1 à Marseille en juillet 1933 à destination d’Athènes.
[2] Le catalogue reproduit l’article original de Reyner Banham « The new brutalism », Catalogue, pp. 53 à 63.
[3] Entretien avec Georges Charensol et Robert Mallet, cité par Jacques Sbriglio dans le catalogue de l’exposition p. 19.

Chiharu Shiota, photographies Pierre Schwartz sur la page Facebook du Carré Sainte Anne, Montpellier

Le Carré Sainte Anne a publié sur sa page Facebook, 58 photographies de Pierre Schwartz sur l’installation After the Dream 2013, de Chiharu Shiota.
Si ce n’est encore fait, vous avez jusqu’au 17 novembre pour voir cette installation. A ne pas manquer !

 

En savoir plus :
Sur la page Facebook du Carré Sainte Anne
Sur le site de Chiharu Shiota

En Bref, dans les galeries de la région: plusieurs vernissages ces derniers jours !

Les galeries de la région proposent plusieurs expositions pour les prochaines semaines. Les vernissages ont eu lieu récemment ou ils sont programmé très prochainement.

L’occasion de plusieurs chroniques à venir, après avoir bien entendu pris de temps de voir ces propositions.

En attendant, n’hésitez pas à publier ici vous commentaires… Ils  sont toujours les bienvenus !

Sont donc à voir (dans l’ordre chronologique) :

  • Guillaume Chaplot, Empreintes Nomades, du 17 octobre au 16 novembre au Lac Gelé, Nîmes.
  • Caroline Tapernoux, du 17 au 31 octobre 2013, Galerie From Point to Point, Nîmes.
  • FanClub, 19 octobre – 16 mars, MIAM, Sète.
  • Clara Fanise, Temps de pluie, du 18 octobre au 11 janvier, Iconoscope, Montpellier.
  • Abdelkader Benchamma, Le rayon bleu,  du 19 octobre au 21 décembre, Galerie chantiersBoîteNoire, Montpellier.
  • Marine Pagès et Marc Aurelle, Cher Marc, Chère Marine, 19 octobre 3 novembre, Aperto, Montpellier.
  • P’Art-Cours, du 23 au 30 octobre, Carbone 14, Montpellier.
  • Nicolas Daubanes et Pablo Garcia, Izi, 24 octobre 21 décembre, FRAC LR, Montpellier.
  • Hamish Fulton, En marchant, 30 octobre au 2 février, CRAC, Sète.
  • David Coste, Before Climax, du 31 octobre au 7 décembre, Galerie Vasistas, Montpellier.
  • Ton van Meesche, Miles Davis’ Sidemen, du 6 au 30 novembre, Galerie 15, Alès.