Archives pour la catégorie Carré Sainte Anne

Conference du 27/09 à La Panacée sur le Street Art

La conference du 27/09 sur le Street Art organisée par le Carré Sainte-Anne à La Panacée avec JonOne, Mist et Al est disponible sur Soundcloud.

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JonOne, « Above and Below » à Montpellier

Généreux, prolixe, prolifique, rigolard, malin, exubérant, honnête, urbain, enthousiaste, talentueux…
JonOne occupe le Carré Sainte-Anne, jusqu’au 1er novembre !

JonOne Above and Below - Carré Sainte-Anne, Montpellier - Visite de presse
JonOne Above and Below – Carré Sainte-Anne, Montpellier – Visite de presse

Sans aucun doute un des événements majeurs de l’été 2015 à Montpellier

À l’origine, cette exposition de JonOne n’était pas programmée pour cet été à Sainte-Anne. Elle remplace un projet, en partenariat avec les Amis du Musée Fabre, qui invitait l’artiste portugaise Joana Vasconcelos. C’est donc avec beaucoup de générosité que l’artiste américain a relevé le défi d’une confrontation à l’espace très particulier de Sainte-Anne, pour sa première proposition dans un lieu institutionnel.

Il propose un ensemble de toiles, issues de son atelier, parfois réalisées pour l’exposition. On retrouve l’univers particulier de JonOne, la puissance de son geste et la force de ces couleurs, son engagement physique avec la matière et son support. Assumant entièrement les références aux artistes de l’expressionnisme abstrait (il cite volontiers   Willem de Kooning et Joan Mitchell), JonOne affirme sa volonté d’être reconnu comme peintre et sculpteur. Sans renier ses origines, il refuse que son travail ne soit considéré que comme du Graff ou du Street Art. Sans complexe et sans forfanterie, il affirme son souhait d’une reconnaissance institutionnelle et se déclare prêt à répondre à d’éventuelles commandes publiques.

Ainsi, on comprend les raisons qui l’on conduit à privilégier pour cette exposition un ensemble  de peintures sur toile récentes et quelques sculptures. L’œuvre réalisée in situ, sur les murs et le sol de la chapelle, à gauche du buffet d’orgues relève plutôt de la performance et de la réponse à une commande.

Il est intéressant de remarquer comment l’approche de l’espace du Carré Sainte Anne est ici très différente du travail que nous avait proposé Abdelkader Benchamma, l’hiver dernier… L’artiste issu du Street Art, ignore les murs et choisit de montrer son travail sur toiles, celui qui a fait l’École des  Beaux-Arts (Montpellier puis Paris) avait préféré s’exprimer au plus près des murs de Sainte-Anne…

Deux sculptures récentes, prêtées par la Galerie Rabouan Moussion, complètent les grands formats accrochés aux cimaises.

Au centre de la nef, JonOne a suspendu « Above and Below »,une imposante sculpture qui donne sont titre à l’exposition. Cet assemblage de plaques de plexigas colorées reprend en partie le vocabulaire graphique de JonOne. Si la lumière des vitraux vient parfois jouer avec les taches de couleurs de ses toiles, cette sculpture, exécutée pour le lieu, est en fait la seule pièce qui dialogue réellement avec l’espace de l’ancienne. Par ses formes et sa matière, elle répond de façon contemporaine aux vitraux de Sainte-Anne.

JonOne, Above and Below, 2015. Plaques de plexiglas colorées. 646,5 x 213 cm
JonOne, Above and Below, 2015. Plaques de plexiglas colorées. 646,5 x 213 cm

Ci-dessous,  quelques œuvres de l’exposition commentées par JonOne

Cette importante proposition de l’artiste américain dans un lieu institutionnel apparaît comme un moment important dans sa carrière. Quelques mois la publication de The Chronicles, l’imposante monographie éditée l’automne dernier par David Pluskwa et la très belle exposition qui accompagnait sa sortie, « Above and Below » semble s’inscrire dans cette recherche d’une reconnaissance institutionnelle…


Vidéo réalisée par Hugo Capela-Laborde lors  de la performance de Jonone au Carré Saint-Anne à Montpellier.

Cet été, JonOne est également présent à Bordeaux,à l’Institut Culturel Bernard Magrez et ses œuvres sont exposées à la Galerie Magda Danysz à Shanghai.

Catalogue, aux éditions Liénart, disponible courant Juillet.

Dans son texte d’intention (reproduit ci-dessous), Numa Hambursin, commissaire de l’exposition, exprime un certain « mea culpa » dans sa perception passée du travail d’artistes issu du Street Art. Lors de la visite de presse, il affirmait son souhait et celui de la municipalité de faire entrer dans les collections du futur musée d’art contemporain des œuvres de ces artistes… On attend avec intérêt et curiosité les suites qui seront données à ces intentions.
La scène du Street Art montpelliéraine sera très certainement attentive à ces futurs développements. Souhaitons que ses acteurs ne soient pas ignorés… Plusieurs de ses artistes méritent, sans doute, cette future reconnaissance institutionnelle. Les galeries et les collectionneurs, qui les accompagnent depuis plusieurs années, peuvent contribuer à documenter et à construire l’histoire de cette scène artistique locale et régionale.

En savoir plus :
Sur le site de la Ville de Montpellier
Sur la page Facebook du Carré Sainte-Anne
Sur le site de JonOne
Sur la page Facebook de JonOne

Lire la suite JonOne, « Above and Below » à Montpellier

Ville de Montpellier : les expositions 2015

Lors d’une conférence de presse, le 10 févier à La Panacée, Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de la Métropole a présenté la programmation des expositions en 2015 dans les lieux de culture gérés par la Ville de Montpellier.

La Panacée :

Avec sa programmation pour 2015, la situation de La Panacée est aujourd’hui plus lisible.
Elle accueillera trois manifestations  en partenariat avec des acteurs locaux et trois expositions programmées par l’équipe :

Machine à habiter. Coproduction Festival Tropisme / La Panacée. Du 25 février au 15 mars 2015.

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La coproduction de « Machine à habiter » donnera lieu à une série d’installations et d’évènements avec notamment EXYZT, Takayuki Fukatsu & Akira Iwaya, Arcade!

Festival Les Boutographies 2015. Production Grain d’image. Du 4 avril au 26 avril 2015

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Les Boutographies quittent donc  le Pavillon Populaire pour La Panacée… Les raisons de ce déménagement restent assez obscures… En effet, ce lieu, destiné à la photographie, est particulièrement bien équipé, notamment en matière d’éclairage, pour offrir d’excellentes conditions d’exposition. Souhaitons que Les Boutographies disposent des mêmes moyens à La Panacée…

Global Snapshot (Instantanés d’un paysage de l’information). Production La Panacée. Du 16 mai au 24 mai 2015.
Gwenola Wagon, Globodrome, 2009-2012 62 min, couleur et N & B Version originale anglaise, sous-titres français.   Réalisation : Gwenola Wagon. Avec la voix de Julian Penney. Musiques et remixage de Cédric Moreau et Geoffroy Wagon.
Gwenola Wagon, Globodrome, 2009-2012
62 min, couleur et N & B Version originale anglaise, sous-titres français.
Réalisation : Gwenola Wagon. Avec la voix de Julian Penney. Musiques et remixage de Cédric Moreau et Geoffroy Wagon.

Franck Bauchard, directeur artistique de La Panacée annonce « une manifestation d’un format singulier, combinant, exposition, laboratoire, performances, conférences, projections, connexions à distance, ateliers… pour interroger par les moyens de l’art notre rapport au flux d’information, à l’interconnexion permanente et à la globalité ».
Programme alléchant, mais on est surpris par la brièveté de ce projet… à peine une semaine !!!

His Master’s Voices. Coproduction La Panacée et HMKV Dortmund. Du 20 juin au 20septembre 2015
Asta Gröting, Convention / ces poupées qui disent oui 2, 2000, b/w photo, 224 x 129 cm  © VG Bild-Kunst, Bonn 2013, courtesy of the artist
Asta Gröting, Convention / ces poupées qui disent oui 2, 2000, b/w photo, 224 x 129 cm
© VG Bild-Kunst, Bonn 2013, courtesy of the artist

Initialement prévu pour le mois de Janvier 2015, cette exposition a été conçue par le Hartware MedienKunstVerein de Dortmun.  Elle aborde des relations entre la voix et différentes technologies de l’image et du son. Une partie de l’exposition sera adaptée pour Montpellier, avec en particulier The Forty parts Motet de Janet Cardiff.

Drawing Room 2015. Salon du dessin contemporain. Du 7 au 11 octobre 2015
Drawing Room, 2013 © Montpellier Magazine
Drawing Room, 2013 © Montpellier Magazine

Le salon montpelliérain du dessin contemporain survivra-t-il à son interruption en 2014 ?
En effet, cette interruption était plutôt malvenue, au moment où se créait Paréidolie à Marseille en même temps qu’Art-O-Rama, qui s’affirme comme un événement important de la rentrée dans le midi. Existe-t-il une place pour ces deux événements, avec des dates si proches ?
La vitalité des acteurs de l’art contemporain à Marseille ne risque-t-elle pas de faire de l’ombre au salon montpelliérain ?

Scène de l’imaginaire automate. Co-production La Panacée et MAMCO Genève. Du 21 novembre 2015 au 28 février 2016
Nathaniel Mellors, The Object, 2010 Silicone, métal, animatronic, pâte à papier, pompe, seau, 200 x 300 cm Courtesy de l’artiste, Matt’s Gallery Londres ; Monitor, Rome et Stogter van Doesburg, Amsterdam
Nathaniel Mellors, The Object, 2010
Silicone, métal, animatronic, pâte à papier, pompe, seau, 200 x 300 cm. Courtesy de l’artiste, Matt’s Gallery Londres ; Monitor, Rome et Stogter van Doesburg, Amsterdam

Conçue par le Musée d’Art Moderne et Contemporain (MAMCO) de Genève, Scène de l’imaginaire automate devrait « s’inspire de l’histoire de la médecine à Montpellier et interroge la figure de l’automate à partir de la pensée médicale de l’homme/machine, une conception réactualisée aujourd’hui alors que les machines empruntent les caractéristiques du vivant. »

L’exposition fait l’objet d’un partenariat avec l’Université de Montpellier dans le domaine de l’enseignement et de la recherche. Elle devrait s’accompagner d’une valorisation des collections de l’Université (conservatoire d’anatomie, bibliothèque des sciences, collection Orfila & Rouvière, collection du LIRMM).

Pavillon Populaire :

Le déménagement des Boutographies pour La Panacée n’augmentera pas le nombre d’expositions au Pavillon Populaire. On retrouve le regard habituel sur l’histoire de la photographie… Les approches plus contemporaines que l’on avait pu apprécier en 2014 avec Changements d’état  de Patrick Tosani devraient être absente cette année.

La vie en Kodak – Colorama publicitaire de 1950 à 1970. Co-production Pavillon Populaire et Musée  Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saone. Du 25 mars au 17 mai 2015

La vie en Kodak - Pavillon Populaire_1Entre les années 1950 et 1990, Kodak produit des Colorama, images publicitaires panoramiques en couleurs de taille monumentale (certaines de 18 mètres de long !). L’exposition présentera 80 tirages réalisés à partir d’Ektachrome d’époque recueillis par le Musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône.

Jakob Tuggener, Fabrik/ l’Usine : une épopée industrielle 1932-1952. Du 1er juillet au 18 octobre 2015
Photographies © Jakob Tuggener_1
Photographies © Jakob Tuggener

Avec cette exposition, le Pavillon Populaire devrait poursuivre son approche historique de la photographie. Gilles Mora proposera une sélection de 130 photographies issues du fonds Jakob Tugenner, étude originale sur la relation de l’homme avec le monde des machines, dans la Suisse des années 30…

Denis Roche, Photolalies. Du 18 novembre 2015 à fin février 2016
19 juillet 1978, Taxco, Mexique, Hôtel Victoria, chambre 80 © Denis Roche
19 juillet 1978, Taxco, Mexique, Hôtel Victoria, chambre 80 © Denis Roche

Pour cette dernière exposition 2015, Gilles Mora présentera une rétrospective de son ami  Denis Roche, lié au mouvement de la « photobiographie », porté par Les Cahiers de la Photographie, dont Roche est l’un des membres fondateurs avec Gilles Mora, Bernard Plossu et Claude Nori.

Carré Sainte-Anne :

En raison de travaux programmés pour la fin d’année, le Carré Sainte-Anne n’accueillera que deux expositions cette année. Les productions artistiques qui héritent des mouvements de la modernité ou la fin des avant-gardes des années 60 sont toujours au rendez-vous… L’art contemporain sera une nouvelle fois apporté par les Amis du Musée Fabre, avec  Joana Vasconcelos. L’enjeu reste toujours la confrontation à l’espace très particulier du Carré Sainte-Anne.

Léopold Rabus. Du 27 février au 3 mai 2015

Leoplod Rabus - Carré Sainte-Anne_1On retrouvera l’univers étrange et surréaliste de Léopold Rabus, découvert à Sainte Anne, dans l’exposition Signs of the Time, montée par Richard Leydier, en 2013.

Joana Vasconcelos. En partenariat avec les Amis du Musée Fabre. Du 10 juin au 1er novembre 2015
Joana Vasconcelos - Lilicoptère, 2012_1
Joana Vasconcelos – Lilicoptère Château de Versailles, 2012 – Photo: Kisa Lala

On attend avec curiosité la manière dont Joana Vasconcelos occupera l’espace de Sainte-Anne. Espérons que sa proposition sera à la hauteur de l’installation de Chiharu Shiota, After the dream, que les Amis du musée Fabre nous avait présenté en 2013.
Souhaitons aussi que son projet sera moins polémique et surtout plus convaincant que son accrochage à Versailles, en 2012…

Espace Dominique Bagouet :

La programmation poursuit l’exploration des figures du patrimoine artistique régional et la mise en valeur d’artistes travaillant à Montpellier et dans la région.

Patrice Palacio : JE_X. Du 4 mars au 19 avril 2015

Pacrice Palacio Espace Bagouet_1
Peintre montpelliérain de 37 ans, Patrice Palacio commence à avoir une renommée nationale. Il n’a jamais exposé dans sa ville… Cette exposition sera donc l’occasion de découvrir son travail.

Pierre Marquès :  Las doce campanadas (titre provisoire) à l’occasion de la 30e Comédie du Livre.  Mai 2015
Fantômes 2012 – Extrait  du roman graphique Tout sera oublié - Actes-Sud 2013 – technique mixte sur impression laser - 29,7 x 42 cm - © Pierre Marquès
Fantômes 2012 – Extrait du roman graphique Tout sera oublié – Actes-Sud 2013 – technique mixte sur impression laser – 29,7 x 42 cm – © Pierre Marquès

Né à Beziers, Pierre Marquès vit et travaille à Barcelone. Son travail actuel est essentiellement basé sur la mémoire historique. Il inclut livres, peintures et vidéos installations.

Salon du Livre d’Artiste. Du 29 au 31 mai 2015, pendant la 30e Comédie du Livre
Une dizaine d’éditeurs de livres d’artiste de France et d’Espagne présenteront leurs ouvrages.

Hommage à Georges Dezeuze. Du 24 juin au 8 novembre 2015.
© Georges Dezeuze
© Georges Dezeuze

Élève de  l’École des Beaux-arts de Montpellier en compagnie de Camille Descossy ou Albert Dubout, il y enseigne de 1945 à 1972. Avec le soutien de la famille et de son fils Daniel, acteur de Supports-Surfaces, l’exposition,  rendra hommage à son travail.

José Salles-Albella. Du 2 décembre 2015 au début février 2016
Par tout le haut – 90 x 130 cm – Nov 2014 © José Salles-Albella
Par tout le haut – 90 x 130 cm – Nov 2014 © José Salles-Albella

Ce sera donc l’occasion pour le public montpelliérain de découvrir la peinture figurative de José Salles-Albella, régisseur à l’École des Beaux-arts de Montpellier.

Espace Saint-Ravy (premier semestre) :
  • Marc Gaillet – In_Justice. Du 24 janvier au 15 février 2015
  • Sonia Bazantay. Du 28 février au 22 mars 2015
  • Xtrem et Dezem. Du 28 mars au 19 avril 2015
  • Les Briscarts – 17eme parcours d’Ateliers d’Artistes. Du  25 avril au 26 avril 2015
  • Outilne 2 – Montana Gallery. Du 2 mai au 24 mai 2015

 

Au-delà de cette riche programmation, la conférence de presse a été l’occasion pour le maire de souligner les ambitions de sa politique culturelle et de répondre aux questions de la presse.

À propos de La Panacée, Philippe Saurel a réaffirmé ce qu’il avait annoncé, au début décembre 2014, lors d’un vernissage au Musée Fabre (lire notre billet ici). Il souhaite que l’établissement passe rapidement sous la tutelle de la Métropole.
Suite aux échanges avec la salle, il semble assez évident que le Centre de Culture Contemporaine a été l’enjeu (pour ne pas dire l’otage) de conflits « politiques » assez troubles au sein de la municipalité…
Si la situation de La Panacée apparaît aujourd’hui comme « normalisée »…  Tout indique qu’il y a une certaine réorientation du projet. Philippe Saurel rappelle avec insistance que La Panacée est dévolue aux arts numériques, et parfois même simplement à un numérique générique dont on comprend assez mal les limites. Rappelons que le projet présenté dans le dossier de presse lors de l’ouverture du lieu définissait un périmètre un peu plus large et ambitieux à l’établissement : « Avec les innovations numériques au cœur du projet, ce centre de culture contemporaine favorisera la transdisciplinarité, en présentant des expositions et manifestations dans les trois domaines de l’art contemporain, de la création numérique et des nouvelles formes d’écritures, domaines rarement explorés ensemble »…

Cette normalisation n’a pas entièrement évacué un malaise qui semble persister. L’absence du directeur artistique de La Panacée à cette conférence de presse, la présence à la tribune d’une directrice administrative quasi muette, laisse assez songeur…  Souhaitons que l’équipe n’en sorte pas trop émiettée et démobilisée…  espérons qu’elle n’explose pas en vol dans les prochains mois ! Ce serait alors un regrettable gâchis…

La parole, largement monopolisé par Philippe Saurel, ses échanges parfois vifs et quelquefois complices avec la salle, son emploi récurrent  des formules « … X n’est pas un état dans l’état… , il n’y a pas de république libre de Y… », quelques sous-entendus, tout indique une volonté ferme de tenir en main les outils culturels …
La récente normalisation de l’usage des réseaux sociaux par les établissements culturels de la Ville pourrait nourrir quelques inquiétudes. La personnalisation de la politique culturelle est-elle à ce point indispensable ? Souhaitons que cette politique ne s’oriente pas trop vers une vision à court terme, avec une évaluation limitée aux simples chiffres de fréquentation et/ou aux retombées économiques…

Abdelkader Benchamma Le Soleil comme une plaque d’argent mat

Après Robert Combas, le Carré Sainte-Anne accueille, jusqu’au 30 novembre prochain, Abdelkader Benchamma. L’artiste y présente « Le soleil comme une plaque d’argent mat », une exposition spécialement conçue pour Sainte-Anne, pour laquelle il déclarait : « Je veux transformer Sainte-Anne, je veux jouer avec les proportions, briser la linéarité des cloisons ».

Abdelkader Benchamma, Le Soleil comme une plaque d'argent mat au Carré Sainte-Anne, 2014
Abdelkader Benchamma, Le Soleil comme une plaque d’argent mat au Carré Sainte-Anne, 2014

Dès que l’on pénètre dans Sainte-Anne, on sent qu’il se passe quelque chose. L’installation de Benchamma transforme effectivement le lieu, mais sans heurts. Elle s’intègre sans effraction dans l’édifice. Ses dessins, qui apparaissent comme des fresques, construisent un décor singulier qui immerge le visiteur dans un univers fascinant, indéfini qui s’évade…

L’exposition imaginée par Abdelkader Benchamma pour Sainte-Anne est le résultat d’un long processus. Avec  Numa Hambursin, commissaire de l’exposition, il a multiplié les échanges. Au cours de l’été,  ses  visites du lieu se sont enchaînées, et dans un atelier de l’École des Beaux-Arts, de minutieux dessins au feutre prenaient forme…  Les croquis préparatoires se sont accumulés…

Abdelkader Benchamma, Croquis préparatoire, Carré Sainte-Anne, 2014
Abdelkader Benchamma, Croquis préparatoire, Carré Sainte-Anne, 2014

Enfin, deux semaines avant le vernissage, Abdelkader Benchamma s’est installé dans l’ancienne église, pour réaliser, In Situ, les ensembles muraux qu’il nous présente.

L’artiste raconte qu’il a très rapidement ressenti une résonance assez naturelle entre son travail et le lieu, au climat particulier et propice à une certaine rêverie…
L’enjeu, pour lui, était surtout une question de monstration. Que montrer et comment le montrer. Comment présenter du dessin dans un tel volume ? Comment ne pas être écrasé par le lieu, sans le nier. Comment contourner certaines de ses contraintes et en particulier le cloisonnement de ses cimaises…

Pour s’approprier Sainte Anne, Abdelkader Benchamma a choisi d’installer une cloison au milieu de la nef. En partie déchiquetée, il lui a donné un aspect qui évoque un relief escarpé… En laissant apparente sa structure interne, il évite l’illusion, pourtant si présente dans le décor de Sainte-Anne. Cet élément scénographique est un peu à l’image de son univers graphique… Évident, mais insaisissable, il intrigue et inquiète un peu…

Abdelkader Benchamma, Flux, structures, contraintes et décors, 2014
Abdelkader Benchamma, Flux, structures, contraintes et décors, 2014. Encre et fusain sur mur. Réalisation In Situ.

Pour casser la linéarité et rompre la rythme répétitif des cloisons, Benchamma a produit, In Situ, des ensembles qui se développent sur plusieurs murs. Ces dessins qui flirtent avec la fresque, le récit et la BD sont réalisés à l’encre, au fusain, au stylo parfois directement sur le mur, parfois sur du papier collé sur les cimaises. L’éclairage utilise avec justesse des tubes fluorescents équipés de déflecteurs. Ils offrent une lumière diffuse et  homogène sur l’ensemble des murs qui  participe au projet de « briser la linéarité des cloisons » et met particulièrement en valeur le travail d’Abdelkader Benchamma.

Abdelkader Benchamma, Le réel comme autant de plan vibrant, 2014
Abdelkader Benchamma, Le réel comme autant de plan vibrant, 2014. Encre, stylo et fusain sur papiers et sur murs. Ensemble de 6 murs de 350 x450 cm. Réalisation In Situ.

 Il y a dans cette installation un côté performatif qui met le visiteur dans une situation d’immersion, tout en lui laissant la possibilité de s’en évader facilement…   Son univers est assez difficile à définir et à décrire… Il suscite des sensations qui paraissent familières, des « souvenirs », des « visions » propres à chaque regardeur, mais qui semble inexorablement s’échapper…

Abdelkader Benchamma parle de son travail comme l’évocation d’un ensemble de flux insaisissables, de matières fascinantes, à l’état changeant… Il nous parle de mondes qui pourraient être dans l’infiniment grand, comme dans le microscopique dans lesquels les choses bougent, glissent, coulent, s’évaporent…

Les titres de ces « fresques » évoquent ces mondes fluides et indécis : Flux, structures, contraintes et décors, Nuages et Le réel comme autant de plan vibrant.

En direction du chœur, Benchamma a exécuté, à l’encre, directement sur le mur, une large et fascinante composition intitulée Charge. Elle serait inspirée par un document Décharge électrique au travers de plaques photographiques, 1897… d’après William George Armstrong, puissant industriel anglais du XIXe siècle, dont la maison de Cragside, près de Newcastle, fut la première au monde à être éclairée avec de lampes électriques à incandescence…  On retrouve bien ici le sens du récit, mais aussi la représentation du moment instable et impalpable qui caractérise son travail… et un éclair qui évoque la case de BD.

Abdelkader Benchamma, Charge, 2014
Abdelkader Benchamma, Charge, 2014. Encre sur mur. 700 x 460 cm. D’après William George Armstrong, (Décharge électrique au travers de plaques photographiques, 1897).

On remarque à la périphérie de cette œuvre, des matières fluides qui semblent se figer… ou bien des éléments solides qui sont en train de fondre… Ce qui est fascinant, c’est le rapprochement formel que ces matières « stratifiées » permettent de faire avec Paréidolie #2, un dessin minutieux, exécuté In Situ, avec des marqueurs noirs, sur papier.

Abdelkader Benchamma, Paréidolie #2, 2014
Abdelkader Benchamma, Paréidolie #2, 2014. Feutres et marqueurs sur papier. 2 x 152×300 cm. Réalisation In Situ.

Installée à droite du chœur, au fond du collatéral, ce dessin apparaît comme un véritable attracteur, magnétique et mystérieux… Cette œuvre répond à Paréidolie #1, accroché à l’opposé, sous le buffet d’orgue. Il y a une étrange conversation entre ces deux dessins, qui apparaissent comme deux pulsars opposés dans l’axe du bâtiment…

Abdelkader Benchamma, Paréidolie #1, 2014
Abdelkader Benchamma, Paréidolie #1, 2014. Feutre et fusain sur papier . 2 x 299×122 cm. Collection A. Benchamma.

Abdelkader Benchamma confie que Paréidolie aurait pu être le titre de cette exposition s’il n’avait pas été choisi pour le salon du dessin contemporain de Marseille, il y a quelques semaines. Ce mot dont Wikipédia donne la définition suivante « Paréidolie (du grec ancien para-, « à côté de  », et eidôlon, diminutif d’eidos, « apparence, forme ») est une sorte d’illusion d’optique qui consiste à associer un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable, souvent une forme humaine ou animale », illustre assez bien la nature du travail de Benchamma.

Abdelkader Benchamma, Paréidolie #2, 2014
Abdelkader Benchamma, Paréidolie #2, 2014

Ces deux Paréidolie sont des œuvres méticuleuses dans lesquelles le geste est effacé par le recouvrement des multiples traits de feutres noirs. Elles évoquent des plaques de marbre, tout comme les quatre feuilles intitulées Rorschach in Marble X que l’on peut voir dans le collatéral de gauche.

Abdelkader Benchamma, Rorschach in Marble X (détail), 2014
Abdelkader Benchamma, Rorschach in Marble X (détail), 2014. Feutre et encre noire sur papier aquarelle (4 x 152×130 cm. Galerie du Jour.

Les « couleurs » et les « nuances » qui apparaissent sont produites par le séchage des encres noires dont la composition est différente selon les feutres utilisés…  Illusion à nouveau !
Ces œuvres minutieuses, ciselées pendant de longues heures, pourraient être perçues comme opposées aux traits nerveux, enlevés et jetés des « fresques » à l’encre et au fusain qui vibrent, glissent et s’écoulent sur les murs de Sainte-Anne…
Cependant, malgré les apparences, on y trouve aussi, cette notion d’instabilité chère à l’artiste, avec l’évocation des transformations métamorphiques, lentes et continues, qui sont à l’origine de la formation des marbres…

Abdelkader Benchamma, Rorschach in Marble X, 2014
Abdelkader Benchamma, Rorschach in Marble X, 2014. Feutre et encre noire sur papier aquarelle (4 x 152×130 cm. Galerie du Jour.

Abdelkader Benchamma s’amuse aussi à jouer avec le décor de Sainte-Anne. Il rapproche l’illusion du marbre de ses Pareidolies et Rorschach avec  les faux marbres des piliers de l’église. Les effets de trompe l’œil des « découpes » circulaires dans Flux, structures, contraintes et décors jouent avec les taches de couleurs que projette la lumière du soleil à travers les vitraux…  Le Soleil comme une plaque d’argent mat

L’installation est complétée par un ensemble très intéressant de travaux, réalisés entre 2004 et 2014, rassemblés sous le titre Répertoire de Phénomènes. Ces œuvres sont issues de la collection de l’artiste ou ont été prêtées par la Galerie chantiersBoîteNoire à Montpellier et la Galerie du Jour à Paris.

À ne pas manquer !

En savoir plus :
Sur la page du Carré Sainte-Anne sur le site de la Ville de Montpellier
Sur la page Facebook du Carré Sainte-Anne
Sur la page Facebook d’Abdelkader Benchamma
Sur le site de la Galerie Chantiers BoîteNoire
Abdelkader Benchamma sur les sites de la Galerie du jour Agnès B, adngaleria (Barcelone), Gallery Isabelle Van Den Eynde (Dubai), FL Gallery (Milan) et de Galerie Saint-Séverin (Paris).

Lire la suite Abdelkader Benchamma Le Soleil comme une plaque d’argent mat

Deux expositions remarquables de Robert Combas à Montpellier !

Depuis le 6 juin et jusqu’au 21 septembre, Robert Combas expose à Montpellier au Carré Sainte-Anne et à l’Espace Dominique Bagouet.

L’Espace Bagouet présente les  14 tableaux du Chemin de croix, peint à quatre mains avec Ladislas Kijno. Au Carré Sainte-Anne, ce sont des œuvres, en noir et blanc, produites dans leur grande majorité, spécialement pour cet espace, qui sont exposées sous le titre Robert Combas – La mélancolie à ressorts.

Les deux expositions, très dissemblables, sont d’une exceptionnelle qualité.

Bagouet offre un écrin parfaitement adapté au format du Chemin de croix et à la contemplation de cet ensemble qui est, sans aucun doute, une œuvre majeure de ces deux artistes.

La magie de Sainte-Anne opère une nouvelle fois de façon magistrale. Sa lumière unique, qui vient se refléter au sol, donne aux toiles en grisaille de Combas des « couleurs magiques ».

On revient très rapidement sur ces expositions dans de prochaines chroniques…

En savoir plus :
Le Carré Sainte Anne sur le site de la Ville de Montpellier
La page Facebook du  Carré Sainte Anne
L’Espace Dominique Bagouet sur le site de la Ville de Montpellier
La page Facebook de l’Espace Bagouet
Le site de Robert Combas