Archives pour la catégorie Languedoc-Roussillon

Le peintre et l’arène – Art et tauromachie, de Goya À Barceló au Musée de Céret

Le Musée d’art moderne de Céret présente Le peintre et l’arène – Art et tauromachie, de Goya à Barceló du 28 juin au 12 octobre 2014.

Le projet de cette exposition est « de souligner l’intensité de ce qui se joue entre la corrida et la tension plastique de sa représentation artistique. Picasso encore et toujours, qui jouera sur le thème toute sa vie durant, mais aussi tous les artistes qui ont été happés par l’espace de l’arène, comme par une force centripète ».

Picasso
Pablo Picasso, Série de 29 coupelles tauromachiques. Atelier Madoura, Vallauris. Pièces uniques. Coupelle Picador, 15 avril 1953 Terre de Lugnon, décor aux engobes et oxydes métalliques. Diamètre : 16,4 cm, hauteur : 5,5 cm Collection Musée d’art moderne de Céret Don de l’artiste © Succession Picasso, 2014

Autour de l’exceptionnel ensemble de 30 coupelles de céramique sur le thème de la tauromachie, que Picasso a créé et offert au musée de Céret, en 1953, l’exposition annonce les séries de Goya (Tauromaquia), d’Antonio Saura (Sauromaquia) et de Gilles Aillaud.

Tauromaquia
Francisco de Goya y Lucientes « Tauromaquia » Série Tauromaquia (1815-1816), Edition n°4 de 1905, Le Cid Campéador combattant un taureau à la lance, Eau-forte, aquatinte brunie et burin. Estampe n°11, 24,7 x 35 cm (gravure), 30,9 x 48,2 cm (papier), inv. 82/834-11, Collection Museo de Bellas artes de Bilbao, © Bilboko Arte Ederren Museoa-Museo de Bellas Artes de Bilbao, © Adagp, Paris, 2014

Aux côtés de Juan GrisAndré Masson ou Francis Bacon, on retrouvera des contemporains comme Hervé Di RosaAlechinskyAlberto GironellaClaude ViallatJean Le GacNajia Mehadji et Miquel Barceló.

Chronique à suivre après une visite au Musée d’art moderne de Céret .

En savoir plus :
Sur le site du Musée de Céret
Sur la page Facebook du Musée de Céret

Communiqué de presse :

 « Ce que je voudrais c’est faire une corrida comme elle est (…) il faudrait une toile grande comme les arènes (…) Ce serait magnifique … ».
Ces propos de Picasso rapportés par son amie romancière et critique d’art Hélène Parmelin témoignent bien de la double passion qui anima l’artiste : passion pour la corrida, le spectacle de son enfance pour lequel il éprouva toute sa vie plaisir et fascination, passion pour la tauromachie comme sujet inépuisable de recherche plastique et artistique.

Ce n’est cependant pas une toile grande comme les arènes qui peut être aujourd’hui considérée comme le chef-d’œuvre de Picasso en la matière, mais bien une série de 30 coupelles de céramique que le peintre réalisa à Vallauris en 1953 et qu’il offrit l’année même de leur création au musée d’art moderne de Céret.

De Céret, Picasso garde sans doute le souvenir des étés passés entre 1911 et 1913, des riches heures de la recherche cubiste en compagnonnage avec Georges Braque. La petite ville avait alors été baptisée par le critique d’art André Salmon, « La Mecque du cubisme ». Céret est une cité de tradition taurine, où Picasso, après les années parisiennes du Bateau-lavoir, retrouve l’ambiance des corridas de son enfance à Malaga et de ses années de jeunesse à Barcelone.

Le musée de Céret vient d’être créé, en 1950, par la volonté de quelques érudits et artistes dont Pierre Brune, peintre local ami de Picasso. En 1953, Picasso fait don de 29 coupelles au musée. Il offre la trentième à Pierre Brune. Les coupelles tauromachiques demeurent, aujourd’hui encore, le chef-d’œuvre des collections du musée, qui se sont considérablement enrichies.

30 coupelles de céramique, d’environ 16 cm de diamètre, 6 cm de profondeur, faites d’une terre légèrement rosée ou blanche, ornées de peinture à l’engobe et de quelques émaux offrant une gamme de couleurs restreinte : plusieurs nuances d’ocre, du jaune, du blanc, un noir profond… Des objets d’une grande simplicité au sein desquels Picasso va représenter le spectacle tauromachique avec une inventivité et une audace incomparables.

Dans le creux de chaque coupelle, dont l’espace se confond avec celui de l’arène et de ses gradins, l’artiste joue avec la perspective, suit le mouvement de l’ombre et de la lumière, relate différents moments de la corrida, s’intéresse au combat dans l’arène comme à la vision des spectateurs dans les tribunes.

Autour de cet ensemble remarquable, présenté pour la première fois de façon exhaustive – la coupelle offerte à Pierre Brune, qui était manquante, vient d’être retrouvée aux Etats-Unis – l’exposition propose un ensemble d’œuvres qui, de Goya à Barceló, témoigne de la fascination des artistes pour la tauromachie comme spectacle mais aussi et surtout comme sujet de recherche plastique.

L’arène y apparaît pour les peintres et graveurs comme le corollaire de la page blanche pour l’écrivain. Michel Leiris, l’auteur fameux du Miroir de la tauromachie, exprime dans la préface de son œuvre autobiographique, L’âge d’homme, ce désir « d’introduire ne fût-ce que l’ombre d’une corne de taureau dans une œuvre littéraire ». L’arène comme lieu d’affrontement de l’homme et du taureau mais aussi et surtout comme lieu de confrontation entre l’artiste et son sujet est ainsi devenu le fil rouge de cette exposition, comme le serait un thème musical récurrent, trait d’union entre les œuvres.

L’exposition s’ouvre sur la Tauromaquia de Goya, une série de 40 estampes réalisées par l’inventeur de la représentation tauromachique moderne. Jeu de l’ombre et de la lumière, du blanc et du noir, jeu d’esquive et d’affrontement entre l’homme et de l’animal, multiples perspectives sur l’arène vue par le spectateur depuis les gradins ou par le torero depuis le centre de l’arène. Cette dernière, qu’il s’agisse de son seul centre ou ruedo, ou de son architecture dans son ensemble, est bien le centre de la scène et celui des préoccupations de l’artiste qui la contourne, s’en approche ou s’en éloigne pour mieux exprimer l’intensité du drame qui s’y joue. Après Goya, Picasso crée sa propre vision de La Tauromachie ou l’art de toréer. Plus proches de nous, Antonio Saura livre sa Sauromaquia, Gilles Aillaud une Tauromachie plus apaisée.

Chaque artiste offre ainsi une proposition originale de perspective, de cadrage et de découpage de la scène en séquences narratives dramatiques ou plus allègres, alors que le spectacle tauromachique lui-même semble s’éloigner des préoccupations du spectateur contemporain, voire heurter sa sensibilité.

Le but de l’exposition est de souligner l’intensité de ce qui se joue entre la corrida et la tension plastique de sa représentation artistique. Picasso encore et toujours, qui jouera sur le thème toute sa vie durant, mais aussi tous les artistes qui ont été happés par l’espace de l’arène, comme par une force centripète.

Parmi eux et aux côtés des grands noms de l’art moderne dont Juan Gris, André Masson, ou, plus proche de nous, Francis Bacon, on retrouvera pour ne citer que quelques noms parmi les contemporains Hervé Di Rosa et ces cercles dévorés par une foule bariolée et animée de regards enfiévrés, Alechinsky en une joute avec l’artiste mexicain Alberto Gironella, Claude Viallat inscrivant des passes dans l’espace de boîtes de fromage, Jean Le Gac inspiré après Manet par la figure du torero mort, Najia Mehadji noyant dans des éclosions de couleur les lignes incisives des gravures de Goya… jusqu’à l’image ultime de l’arène blanche par Miquel Barceló.

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Bissière, figure à part au Musée de Lodève

DP Bissiere_Figure a part Affiche_1À l’occasion du cinquantenaire de la disparition de Roger Bissière (1886-1964), le Musée de Lodève, en co-production avec le Musée des Beaux Arts de Bordeaux, présente l’exposition  Bissière, figure à part, du 5 juillet au 2 novembre 2014, à Lodève.

Le dossier de presse, très documenté, présente avec précision le projet et le parcours de l’exposition. Nous en reproduisons de larges extraits ci-dessous.

On reviendra ultérieurement sur cette exposition, après une visite au Musée de Lodève.

En savoir plus :
Sur le site du Musée de Lodève

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Le musée de Lodève au journal de 20h de TF1

Le musée de Lodève au journal de 20h de TF1

En savoir plus : 
Sur le site du musée de Lodève
Chronique sur ce blog

Chefs-d’œuvre de la collection Arkas au Musée de Lodève

affiche musee hiver_1Bonnard, Renoir, Vuillard Chefs-d’œuvre de la collection Arkas au Musée de Lodève.
Jusqu’au 30 mars 2014, le Musée de Lodève présente une sélection d’une soixantaine d’œuvres issues de la collection Arkas , une des plus importantes de Turquie.

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Édouard Pignon : Femmes en Méditerranée : Catalanes à Collioure, étés 1945-1946

Affiche_1À l’occasion du vingtième anniversaire de la mort d’Édouard Pignon, le musée d’art moderne de Collioure présente jusqu’au 13 octobre 2013 une sélection de 25 tableaux et 18 dessins réalisés lors de ses séjours d’été en 1945 et 1946. Une dizaine de céramiques un peu plus tardives complètent cet ensemble.

Joséphine Matamoros assure le commissariat d’exposition en compagnie de Philippe Bouchet, historien de l’art. Pendant les nombreuses années de sa direction du musée d’art moderne de Céret,  Joséphine Matamoros s’est efforcée de montrer, à travers 130 expositions, que l’on ne pouvait réduire la place de la Catalogne dans l’histoire de la modernité aux séjours de Matisse et Derain à Collioure et à ceux de Picasso et Braque à Céret.  L’an dernier, elle évoquait  par une remarquable exposition les séjours de Léopold Survage à Collioure entre 1925 et 1932.

Poursuivant ces recherches menées depuis de nombreuses années pour démontrer l’importance du passage des artistes dans la région comprise entre Collioure, Céret et Cadaqués, l’exposition Édouard Pignon : Femmes en Méditerranée : Catalanes à Collioure, étés 1945-1946 présente, sur le lieu de leur création, une grande partie du travail que  Pignon réalisa au cours des étés 1945 et 1946.

Lorsqu’il arrive à Collioure, Édouard Pignon a 40 ans. Il peint depuis dix ans a participé à plusieurs expositions. Comme pour  Matisse, Derain ou Survage, Collioure agît comme révélateur. Mais, comme le souligne Joséphine Matamoros dans le catalogue «[…] à la différence des Fauves : Matisse, Derain, Marquet, Pignon, lui, ne s’intéresse nullement aux paysages somptueux, empreints des parfums capiteux de la végétation locale, bien qu’il en parle avec nostalgie dans sa correspondance avec Mucha. Il peint, et surtout dessine, les toutes dernières vieilles Catalanes, celles qui n’avaient pas encore abandonné la tradition méditerranéenne. Car nous étions bien dans une époque charnière, où les traditions locales et les modes de vies ancestraux allaient être balayés par un changement radical dû à l’ouverture de nos côtes maritimes au tourisme, puis au tourisme de masse ».
Le monde des femmes à la peine autour du port et des usines d’anchois est proche de celui que Pignon avait connu à la mine et à l’usine. Il peint ici ce monde de travail et de la peine qui est en phase avec son engagement politique et social.   Ses Catalanes, ses Remmailleuses de filets, ses Femmes qui pleurent apparaissent comme des figures hiératiques.

La démarche qu’il entreprend est totalement différente de celle qu’il avait suivie jusqu’alors. Pour Joséphine Matamoros,  il explore une « abstraction-figuration » qui l’éloigne peu à peu de l’influence de Picasso et des gothiques.  Lorsqu’il approche un thème nouveau, il  multiplie dessins et aquarelles d’après nature, puis exécute les toiles plus tard à l’atelier. La commissaire de l’exposition rapporte que dans le carnet de juillet 1946, il commente : « Après-midi. Travail sur le port. Croquis rapides. Le ciel est gris en fin d’après-midi. Rechercher dans la nature des formes qui conviennent bien à l’esprit des futures toiles. La peinture peut être abstraite et figurative.»
Il entame un travail par série. Dans celle des Catalanes, il réalise des sous-séries comme les pleureuses, les Catalanes assises, les pêcheurs, les remailleuses de filets

En mai 1946, la Galerie de France présente une exposition entièrement dédiée aux Catalanes qui fut accueillie très favorablement par la critique.
Pignon poursuit ce travail en série à Ostende  autour des activités du port et des pêcheurs  (1947-1949), puis dans le Nord avec la série des Mineurs (1948-1952). Il réalise ensuite les séries des Oliviers (1958-1964), des Combats de coqs (1959-1968), des Battages et des Pousseurs de blé (1961-1962), des Batailles (1963-1964), des plongeurs (1962-1966) ou encore des Têtes de guerriers (1964-1967), L’Homme à l’enfant endormi (1970-71)  et Nus blancs puis Nus rouges (1973-1976)…

Parmi les toiles exposées, on remarque Les remailleuses de Collioure, 1945 du musée Antoine Vivenel de Compiègne,  La Catalane, 1945 d’une collection particulière, Catalane sur fond bleu (La grande catalane), 1946 du Centre Pompidou, en dépôt au musée d’art moderne de Céret, Les remailleuses de filets, 1946 du musée d’art moderne de Céret ou encore Catalanes au filet, 1946 du musée des Beaux-arts de La Chaux-de-Fonds en Suisse.

Les œuvres graphiques ont été prêtées par le musée d’art moderne de Céret et  divers collections publiques ou privées. Le musée possède un fonds de 32 dessins de grands et moyens formats des années 1945 et 1946 acquis en 2001, et 9 dessins donnés par Nicolas Pignon des mêmes années. Une vingtaine de ces feuilles sont présentées dans une salle attenante à l’exposition.

Proche de Picasso, avec lequel il partage ses engagements politiques, Pignon séjourne plusieurs fois à Vallauris, pour partager « une vie de peintre ». Il y découvre la céramique. Avec cette nouvelle technique, il reprend plusieurs sujets de ses séries. En 1953 et en 1954, il réalise des vases en terre cuite aux  figures de Catalane, utilisant pour le décor la peinture à l’engobe et les incisions.

À l’exception de deux pièces issues des collections du musée d’art moderne de Céret, les céramiques exposées proviennent de collections particulières.

Le catalogue est édité par Somogy. Au sommaire, des articles de Joséphine Matamoros, conservatrice honoraire du patrimoine et co-commissaire de l’exposition, Philippe Bouchet, historien de l’art et co-commissaire de l’exposition, Natalie Adamson,  historienne de l’art, maître de conférences en histoire de l’art moderne et contemporain à l’université de St Andrews et le témoignage de Michel Ragon, critique, historien de l’art et de l’architecture, écrivain.

En savoir plus :
Sur le site du musée d’art moderne de Collioure

Édouard Pignon (à droite), avec Pablo Picasso et André Verdet en 1962