Archives pour la catégorie Musée Cantini

Gutaï , l’abstraction lyrique et l’art informel dans les collections du musée Cantini

Jusqu’au 17 mai prochain, le Musée Cantini présente un nouvel accrochage de ses collections d’art moderne. Les espaces du rez-de-chaussée proposent une intéressante sélection d’œuvres qui illustrent différentes tendances de l’abstraction, dans la deuxième moitié du XXème siècle.

Musée Cantini, Marseille, RDC, Galerie
Musée Cantini, Marseille, RDC, Galerie

À quelques exceptions, l’accrochage respecte une progression chronologique. La nature des espaces, la hauteur des cimaises, dans la galerie, et dans la vaste salle au centre du parcours, ont inévitablement imposé l’accrochage de certaines œuvres. Les rapprochements qui ont pu être réalisés sont, dans l’ensemble, plutôt réussis d’un point de vue esthétique. Cependant,  ils peuvent parfois conduire à quelques confusions.

Musée Cantini, Marseille, vue de l'exposition Collections d'Art Moderne, RDC- grande salle - mur d'entrée_1
Musée Cantini, Marseille, vue de l’exposition Collections d’Art Moderne, RDC- Grande salle

Une partie des œuvres présentées sont brièvement commentées dans le livret de visite disponible gratuitement à l’entrée du musée. Il s’agit des notices extraites du « Guide des collections », publié en 2013. On regrette l’absence d’autres outils d’accompagnement de la visite, et  surtout d’un site internet digne de ce nom qui offre au visiteur des informations complémentaires pour préparer et enrichir sa visite. Si la collection du musée est gérée informatiquement, elle n’est malheureusement pas consultable en ligne, comme celles de nombreux autres musées et centre d’art contemporains…

Musée Cantini, Marseille, vue de l'exposition Collections d'Art Moderne, RDC- Petite salle
Musée Cantini, Marseille, vue de l’exposition Collections d’Art Moderne, RDC- Petite salle

L’exposition fait une large place aux œuvres du groupe japonais Gutaï. En effet, les 17 toiles de ces artistes représentent la moitié de l’ensemble proposé dans les espaces du rez-de-chaussée. Si le texte d’introduction, à l’entrée du musée, n’insiste pas particulièrement sur ce mouvement, on aurait aimé avoir plus d’informations sur ce groupe dans le parcours de visite.  Nous devons ici remercier l’équipe scientifique du musée pour son accueil chaleureux et les réponses précises qu’il a fournies à nos interrogations.

Souhaitons aux musées de la ville de Marseille une rapide évolution de leur offre numérique sur l’internet et les réseaux.

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Dessins collectifs surréalistes du Musée Cantini, Marseille

Depuis la fin octobre 2014 et jusqu’au 17 mai prochain, le Musée Cantini présente un nouvel accrochage de ses collections permanentes. Le deuxième étage est réservé à des œuvres sur papier. Le choix de dessins illustre l’étonnante richesse du fonds surréaliste conservé par le musée marseillais. Cette sélection comporte un remarquable ensemble d’une vingtaine de dessins collectifs surréalistes, réalisés à Marseille en 1940-1941,à la Villa Air-Bel.

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César à Marseille, musée Cantini

Cesar-a-Marseille_1Le musée Cantini de Marseille rend hommage à César avec l’exposition César à Marseille jusqu’au 16 Mars 2014.

Pour cet hommage, la trentaine d’œuvres que le sculpteur avait léguées aux musées de sa ville natale, en 1998 ont été complétées par quelques pièces prêtées par le FRAC et des collectionneurs privés. Au total, c’est donc une cinquantaine de sculptures, dessins et lithographies qui sont présentées dans les salles au rez-de-chaussée du musée.
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« Matta, du surréalisme à l’histoire » au musée Cantini, Marseille

Matta AfficheÀ l’occasion de sa réouverture, après d’importants travaux, le musée Cantini présente « Matta, du surréalisme à l’histoire », jusqu’au 19 mai 2013. Cette exposition s’inscrit dans la programmation de  Marseille-Provence 2013.

C’est la première grande exposition en France, depuis 1985, consacrée à Matta, peintre majeur du mouvement surréaliste, mort en 2002. Une centaine d’œuvres occupent l’ensemble des espaces d’exposition du musée.

Passons rapidement sur certaines raisons invoquées pour justifier cette exposition à Marseille…  Le lien entre la ville et les surréalistes présents pendant quelques mois entre 1940 et 1941, dans l’attente d’un bateau pour les États-unis, est-il si déterminant ? Par ailleurs, Matta ne faisait pas partie de ce groupe, il avait rejoint New York en octobre 1939, à l’invitation de Marcel Duchamp !
La présence d’importantes œuvres surréalistes (Ernst, Masson,Arp, Picabia, Brauner, Cornell…) dans les collections permanentes du musée, dont Contra vosotros asesinos de palomas de Matta, et l’absence de rétrospective en France depuis la mort du peintre chilien sont largement suffisantes pour légitimer cette exposition.

Christine Poullain, directrice des musées de Marseille, commissaire de l’exposition propose « d’étudier le fil conducteur qui a conduit Matta des voies de l’automatisme surréaliste à une interprétation métaphorique de l’Histoire, de la représentation des affrontements de l’inconscient à celle des conflits géopolitiques qui ont traversé la deuxième moitié du XXème siècle ».

Dans cette perspective, il semble assez logique que la chronologie dirige l’accrochage. Cependant, la présentation  de très grands formats a imposé d’inévitables contraintes au parcours de l’exposition. Il fallait en effet réserver  les espaces nécessaires à l’accrochage d’œuvres telle que Les puissances du désordre, ou La guérilla interior (pratiquement 10 mètres de large, chacun), du triptyque  Etre hommonde (7,80 mètres), ou encore de la série Le Grand Burundun dont les cinq toiles avoisinent  les 17 mètres ! Il fallait aussi, assurer suffisamment de  recul  au visiteur pour qu’il puisse apprécier ces œuvres gigantesques.

Les Puissances du désordre , 1964-1965. Huile sur toile, 298 x 993 cm,  Musée national d'art moderne Centre Georges Pompidou, Paris,   © Centre Pompidou-MNAM-CCI/DIST.RMN-Grand Palais / AGADP, Paris 2013
Les Puissances du désordre , 1964-1965. Huile sur toile, 298 x 993 cm,
Musée national d’art moderne Centre Georges Pompidou, Paris,
© Centre Pompidou-MNAM-CCI/DIST.RMN-Grand Palais / AGADP, Paris 2013

On peut  regretter que les œuvres sur papier soient  montrées ensemble, au deuxième étage, séparées des toiles qui leur sont contemporaines. Il est inutile d’invoquer d’impératives raisons d’éclairage à cet isolement. En effet, la rénovation de l’éclairage et l’installation de projecteurs à LED permettent d’assurer  un environnement lumineux tout à fait conforme aux règles de conservation préventives dans pratiquement tous les espaces d’exposition.

Les salles du rez-de-chaussée sont occupées par des œuvres peintes entre 1939 et 1967. Outre le cabinet réservé aux œuvres graphiques, les niveaux supérieurs exposent une importante sélection d’œuvres  réalisées entre la fin des années 60 et la mort du peintre.

Le Poëte,1945, Huile sur toile, 95 x 77 cm,  Collection Ramuntcho Matta ¢Ramuntcho Matta-ADAGP Paris 2013
Le Poëte,1945, Huile sur toile, 95 x 77 cm, Collection Ramuntcho Matta © Ramuntcho Matta-ADAGP Paris 2013

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Par sa formation d’architecte, Matta est un avant tout dessinateur. C’est donc  naturellement avec le dessin qu’il commence sa carrière d’artiste. Né en 1911, à Santiago, Matta fait des études d’architecture avant de quitter le Chili pour l’Europe, en 1933. Il  travaille quelques mois dans l’atelier de Le Corbusier,  puis voyage en Espagne où sa rencontre avec Garcia Lorca est déterminante. Celui-ci  le recommande à Dali. À Londres, Matta travaille brièvement avec Gropius et Moholy-Nagy du Bauhaus,  il y rencontre aussi  Moore, Penrose et Magritte. Il s’installe en France en 1937 et travaille sur le chantier du pavillon de la République espagnole à l’Exposition universelle. Il fait alors la connaissance de Picasso, voit Guernica et croise Miro. Dali lui conseille de rencontrer Breton à qui il présente une trentaine de dessins. Breton lui en achète deux et le déclare surréaliste à la grande surprise de  Matta qui lui aurait répondu « C’est quoi, surréaliste ? »[1] L’année suivante, il participe, avec quatre dessins, à l’Exposition Internationale du Surréalisme à la galerie des Beaux-Arts. Duchamp en assure la scénographie et Man Ray, l’éclairage.

Médium par excellence de « l’écriture automatique », Matta dira plus tard que les dessins sont ce « qu’à la télévision, vous appelez le direct »[2]. C’est le peintre Gordon Onslow-Ford qui persuade Matta de passer à la peinture, au printemps 1938[3]. Il entreprend la série « Morphologie Psychologique ». Matta y expérimente alors une technique qu’il explorera toute sa vie. Avec un chiffon ou avec les doigts, il commence par étaler la couleur sur la toile. C’est autour de ces tâches, de ces traces que s’organise l’espace. Les formes produites de manière « automatique » décident du tracé de lignes exécutées au pinceau, au couteau ou avec le tube…   Matta se rapproche ainsi du procédé d’écriture automatique cher aux surréalistes.

Son activité se partage alors entre le dessin et la peinture…

Le parcours de l’exposition débute par la galerie du rez-de-chaussée qui tente de montrer, en un bref raccourci d’une quinzaine d’œuvres, comment Matta passe de l’automatisme à la rupture avec Breton puis à l’engagement politique.

Une Morphologie Psychologie datée de 1939, seule toile de l’exposition  peinte avant le départ pour New York ouvre l’exposition.
Matta alors est obsédé par l’espace, l’espace-temps, l’espace à plusieurs dimensions et  son espace intérieur… qu’iI cherche à représenter. Pour cela, il utilise des lignes de niveau et des quadrillages déformés, courbés, en référence aux illustrations scientifiques de l’époque, mais aussi aux Pistons de Courant d’Air de Duchamp. Pendant son séjour américain, Matta rencontre fréquemment Marcel Duchamp. Son Grand Verre (la mariée mise à nu par ses célibataires, même) le fascine. Il est particulièrement intrigué par les éclats du verre lorsque celui-ci se brisa dans un transport. Matta avait acheté un exemplaire de la fameuse « boite verte » avant son départ d’Europe[4]. En 1944, il rédige avec Katherine S. Dreier un petit traité sur Duchamp, intitulé « Le Verre de Duchamp : la mariée mise à nu par ses célibataires, même »[5].  L’exploration de l’espace, que Matta définissait, dès 1938, comme une « architecture du temps », a été, aux yeux de Duchamp, la contribution la plus importante du peintre : « Matta suivit les physiciens modernes dans la quête de son espace neuf qui, bien que décrit sur la toile, ne devait pas se confondre à une nouvelle illusion tridimensionnelle ».[6]

Quelques toiles illustrent les recherches de Matta sur sa vision d’espaces à plusieurs dimensions. On retiendra en particulier Le Pendu et  El dia es un atentado de 1942 ou encore Eronisme de  1943.

El dia es un atentado, 1942. huile sur toile, 76 x 91 cm.
Colection Museo Nacional de Bellas Artes, Santiago, Chili-AGAGP Paris, 2013

Matta, qui parle anglais, est très vite admis dans le milieu de l’art new-yorkais. Il expose rapidement à galerie Julien Levy, spécialisée dans le surréalisme, puis il participe à deux expositions chez Pierre Matisse. Les expositions collectives itinérantes, auxquelles il contribue, font connaître le surréalisme à New York, Cincinnati ou San Francisco. Il voyage au Mexique avec Motherwell  et  invite dans son atelier plusieurs artistes américains de la nouvelle génération, dont Gorky et Pollock. La spontanéité et la rapidité « automatique » de sa manière, très graphique ont montré à la jeune génération new-yorkaise  le chemin vers l’automatisme gestuel,  puis de ce que l’on appellera plus ensuite l’expressionnisme abstrait.

Plusieurs dessins de cette période sont particulièrement illustratifs de ce travail. Il est dommage qu’ils n’aient pu être présentés à proximité des toiles dont ils sont contemporains. Par contre, on comprend plus difficilement,en ce début de parcours, face à la Morphologie de 1939, la présence d’une œuvre comme La Revécue, peinte 10 ans plus tard, alors que Matta, exclu du mouvement surréaliste était de retour en Europe…

En dehors de ces interrogations sur l’accrochage, ce début d’exposition était, le jour de notre visite rendu particulièrement  pénible par le papotage du personnel de surveillance qui faisait, sans aucune discrétion, partager aux visiteurs le récit de leurs soirées respectives. Le tout se mêlant au brouhaha du hall d’accueil… Ce matin-là, il fallait même faire preuve d’une attention soutenue pour suivre les commentaires de l’audioguide !

À ce propos, il est fortement conseillé de louer un de ses audioguides, car l’exposition est pauvre en textes de salle et autres documents d’accompagnement de la visite.  Soulignons aussi à propos des pollutions sonores, que les visites guidées se font sans équipements (micro et casques), il est donc préférable ou de les suivre, ou de s’en éloigner. Autre lieu particulièrement bruyant, le fond de cette galerie qui n’est séparé de l’atelier pédagogique que par une très mince cloison…

La partie centrale de cette galerie  présente, à gauche, X-Space and the Ego, une œuvre importante dans la production américaine de Matta, peinte en 1945. Dès juin 1942, dans un article du premier numéro de VVV, Breton signe « Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme, ou non » dans lequel apparaît le mythe des Grands Transparents, illustré par un dessin de Matta. Le concept aurait pris forme lors des conversations hebdomadaires entre Duchamp et Matta.  En 1944, Matta veut mettre en scène le « Grand Transparent », inspiré du Grand Verre, dans un tableau intitulé Le Vitreur.  Une hypothétique dispute aurait éclaté avec Breton qui aurait reproché  à Matta  de donner une « forme trop humaine » au mythe du « Transparent ». Matta aurait détruit son tableau et à la place peint en une nuit X-Space and the Ego. Cette période est marquée à la fois par l’apparition de la figure dans les œuvres de Matta, mais aussi une préoccupation de plus en plus importante sur la place de l’homme dans le monde et dans l’histoire… Dans cette toile, on remarque des références à Giacometti, dont Matta possédait plusieurs œuvres et en particulier le plâtre de l’Objet invisible, mais aussi à la bouche-sexe de Picasso et aux figures totémiques latino-américaines que le peintre collectionnait. C’est une œuvre charnière dans la production de Matta et sans doute une des œuvres importantes de l’exposition.

Xpace and the Ego, 1945 Huile sur toile, 202,2 x 457,2 cm
Musée national d’art moderne Centre Georges Pompidou, Paris

« Soumise aux pulsions contraires d’Éros et de Thanatos, sa figure de quasi-science-fiction, une nouvelle image virtuelle de l’homme est offerte – corps totémique, membre squelettique, gueule crispée en un étau de serres, sexe érigé – qui se débat, se dissout dans un espace vidé de ses repères : une même force rotative folle lacère homme et univers […]Matta développe ici différents « états d’existence » de l’Ego contemporain, annonce son engagement total dans la réalité sociale et historique de son temps » [7]

« Matta passe pour ainsi dire de l’Inscape à l’Être avec ».[8]Après avoir peint le « décor», le temps et l’espace dans toutes ses dimensions, Matta fait apparaître les personnages :

« J’ai commencé à peindre le « où » et ensuite sont apparu les « qui », lesquels depuis le début était transparents. L’un des premiers à se manifester s’appelait le « Vitreur » […] qui transforme tout en verre, en transparences. À l’époque je parlais des « Grands Transparents » […] Tout devait être transparent et le Vitreur avance ainsi, muni d’une sorte de grand verre qui sépare du monde, mais qui est en même temps comme une fenêtre sans fenêtre par laquelle il voit le monde. Ensuite, j’ai commencé à en trouver d’autres : il y a eu « le Pèlerin des doutes », « le Nœud », pas le nu, le noué, l’homme-nœud, et bien d’autres sortes de personnages. »[9]

Une fois encore, on comprend mal pourquoi Contra vosotros asesinos de palomas qui date de 1950 et les Golgotteurs de 1952-53 ont été accroché face à X-Space and the Ego… L’affiche pour Arcane 17 de 1944 aurait trouvé naturellement sa place auprès de cette œuvre. On aurait compris aussi, la présence du Poëte (Un poète de notre connaissance) de 1945, œuvre emblématique, autoportrait ou portrait d’André Breton. Qui est cet homme-minotaure qui pointe son arme à trou de serrure vers le visiteur-regardeur ?

Le Poëte,1945, Huile sur toile, 95 x 77 cm,  Matta, Collection Ramuntcho Matta ¢Ramuntcho Matta-ADAGP Paris 2013
Le Poëte,1945, Huile sur toile, 95 x 77 cm,
Collection Ramuntcho Matta ©Ramuntcho Matta-ADAGP Paris 2013

Pourquoi avoir associé ce portrait avec les Roses sont belles de 1951, tableau qui évoque le procès des époux Rosenberg, au fond de la galerie, à proximité des ateliers pédagogiques ?

En 1947, Matta participe à l’exposition Le Surréalisme à la galerie Maeght à Paris et il expose avec Picasso, Léger et Matisse au MoMA. Il peint How Ever, première toile qui dénonce clairement le monde des camps de la mort qui  viennent d’être révélé par la presse.

En 1948, Matta est exclu du groupe surréaliste. Breton le soupçonne d’une liaison avec la femme du peintre Arshile Gorky, qui aurait été la cause de son suicide. Il quitte les États-unis, retourne au Chili et publie un texte sur le rôle de l’artiste révolutionnaire. Il revient en Europe et s’installe en Italie et en France.

Il se rapproche du parti communiste italien. Son engagement politique prend alors une place de plus en plus importante dans son œuvre. Le procès de Julius et Ethel Rosenberg lui inspire Les Roses sont belles  en 1951. Cette œuvre, premier tableau consacré à un fait historique précis, clôt la présentation un peu confuse de cette première galerie.  Les affrontements politiques, culturels et sociaux, seront alors très souvent dans les œuvres de Matta. Il saura particulièrement en traduire les états de tension ou d’angoisse.

Les Roses sont belles, 1951. Huile sur toile, 201 x 281 cm.
Collection particulière. © Moreno Maggi -ADAGP Paris, 2013

La grande salle, de plan sensiblement carré, qui suit, est écrasée par deux très grands formats les puissances du désordre de 1963 et La guerilla interior de 1967 (pratiquement 10 mètres de large, chacun). Ces deux œuvres gigantesques attirent le visiteur comme des aimants. Elles placent dans leur « ombre » des toiles très intéressantes comme Enlevons les cartes ou encore la Question de 1957. Une fois encore, les contraintes des espaces bousculent la chronologie de l’accrochage… Il faut ainsi atteindre la troisième salle pour découvrir l’important triptyque Etre hommonde de 1960, antérieur aux grand format précédents…  Signalons aussi dans cette « section » des œuvres essentielles comme Veni, vidi, vici et Être en situation de 1957, L’impensable, Être cible nous monde ou L’Étang de No de 1958…

On peut retrouver, a posteriori, une certaine cohérence chronologique dans l’accrochage : il faut, en pénétrant dans la deuxième salle, ignorer les deux grands formats… On appréciera alors les œuvres de cette salle et de la suivante dans une progression sensiblement chronologique ! Les puissances du désordre et La guerilla interior peuvent alors être comprises comme des œuvres qui concluent le parcours à ce niveau et qui introduisent aux œuvres postérieures à 1968 qui sont présentées à l’étage…  La mis en place de cimaises pour segmenter cette grande salle carrée aurait peut-être donner plus de lisibilité et de cohérence à  l’accrochage.

Ces critiques ne doivent cependant pas dissuader de découvrir  cette exposition très riche et surtout d’apprécier le travail de cet artiste exceptionnel qu’était Matta. Cependant, pour en profiter pleinement, il n’est pas inutile de se documenter avant sa visite. La location d’un audioguide, ou la participation à une visite commentée est également conseillée.

Quelques mots sur le catalogue édité par Snoeck.  Les articles sont assez intéressants et les annexes sont bien documentées. La reproduction des œuvres est  malheureusement de qualité inégale. Le dépliant de La Guerrilla interior est à la limite de l’acceptable. Les notices sont limitées à de simples cartels (Titre et date, technique et support, dimensions, provenance). Le relevé des inscriptions, la liste des exposition, l’historique et la bibliographie sont absents.

L’ouvrage ne fera pas oublier le catalogue de l’exposition au Centre Pompidou, en 1985.

En savoir plus :
Sur le site du Musée Cantini
Sur le site de Marseille-Provence 2013
Sur le site de France Inter, quelques commentaire de Christine Poulain, directrice des musées de Marseille
Sur le site Matta Art Gallery
Video FR3 Reportage de Marie-Agnès Pelleran et de François Escojido

Bande annonce du film Intimatta

Interview de Ramuntcho Matta


Reportage de LCM, chaîne de TV SUD

Vernissage de l’exposition, vidéo de la ville de Marseille


[1] « Peindre », entretien avec Edouardi Carrasco, Catalogue de l’exposition, 2013.

[2] Propos rapport par Jean-Philippe Domecq dans l’article « Ni peintre ni poète ni philosophe ni Matta », catalogue Matta au Centre Pompidou, 1985.

[3] Gordon Onslow-Ford, « Notes sur Matta et la peinture », catalogue Matta au Centre Pompidou, 1985.

[4] La Boîte verte a été tirée à trois cents exemplaires. Elle contient principalement des notes de Duchamp pour la réalisation du Grand Verre. Voir http://www.zumbazone.com/duchamp/verte.html

[5] L’ouvrage a été publié par la Société Anonyme et le Museum of Modern Art. Katherine Sophie Dreier était une collectionneuse de l’œuvre de Marcel Duchamp, depuis 1920. Elle fonde avec lui le premier musée consacré à l’art contemporain, sous le nom de Société Anonyme, Inc. Elle achète le Grand Verre aux époux Arensberg en 1923 et le lègue au Philadelphia Museum of Art. Voir http://www.zumbazone.com/duchamp/verre.html

[6] M. Duchamp, « Matta peintre », cat. exp., Paris, 1985.

[7] Agnès de la Beaumelle dans Collection art moderne : la collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / Dirigé par Brigitte Léal, 2007.

[8] Marine Nédélec, « Mattan le non-peintre de l’être à tout », Catalogue de l’exposition, 2013.

[9] « Peindre », entretien avec Edouardi Carrasco, Catalogue de l’exposition, 2013.