Andres Serrano, « Ainsi soit-il » et « Un nouveau regard » à la Collection Lambert

Après deux années de travaux, la Collection Lambert en Avignon avait rouvert ses portes,  l’été dernier, pour un hommage à Patrice Chéreau dans l’hôtel de Caumont  et  une première présentation d’une sélection du fonds permanent de la collection dans l’Hôtel de Montfaucon, rénové avec intelligence par l’agence Berger & Berger.
Deux mois de travaux complémentaires et quelques réglages de détails ont été nécessaires avant  cette nouvelle double exposition qu’Eric Mézil propose du  20 décembre 2015 au 29 mai 2016.
Son ambition est « d’apporter un nouveau regard sur la Collection Lambert, ancré dans l’actualité de cette seconde décennie du XXIe siècle, et de mettre en lumière un artiste phare du fonds, dont les oeuvres dénoncent série après série les dérives et les travers de nos sociétés occidentales, Andres Serrano ».

« Ainsi soit-il »

« Ainsi soit-il » d’Andres Serrano reprend l’essentiel du propos présenté, le printemps dernier, pour l’inauguration du programme d’expositions hors les murs au Musée de Vence, ville natale d’Yvon Lambert. La présentation de ce projet, extraite du dossier de presse, est reproduite ci-dessous.

Andres Serrano, Black Supper I, II, III, IV, V, 1990. Collection Lambert.
Andres Serrano, Black Supper I, II, III, IV, V, 1990. Collection Lambert.

De cet artiste qui revendique être « un artiste chrétien », on n’a pas oublié le scandale qui avait accompagné la destruction de deux photographies (« Immersion Piss Christ »  et « Sœur Jeanne Myriam ») présentées, en 2011, dans l’exposition  «Je crois aux miracles» qui marquait les 10 ans de Collection Lambert en Avignon.

En 2006-2007, l’hôtel de Caumont nous avait offert avec  « La part maudite », la première exposition monographique en France du photographe américain.

On se souvient aussi  de la très belle lettre adressée à Yvon Lambert par Daniel Arasse , en 1993 à propos de la série « The Morgue » . Cette missive publiée chez Gallimard, sous le titre « Les Transis », en  2006, dans les « Anachroniques », après la mort du célèbre historien d’art, se terminait par ces mots :

« … c’est aussi à quoi provoque Andres Serrano : engager celui qui accepte de regarder ses œuvres à une expérience intime, proprement, à une méditation. On n’en sort pas exactement comme on y était entré. On y apprend, on s’y instruit, on s’y prépare. »

Andres Serrano, The Morgue (Death Unknown), 1992. Collection Lambert
Andres Serrano, The Morgue (Death Unknown), 1992. Collection Lambert

« Un nouveau regard »

« Un nouveau regard » est le titre choisi pour cette nouvelle sélection dans le  fonds exceptionnel de la Collection Lambert. Pour Eric Mezil, l’objectif est ici d’offrir au visiteur « un nouveau prisme. Plus que les mouvements qui la constituent, ce seront de grandes thématiques ou des artistes qui seront mis à l’honneur (…) La migration, la tragédie, le mythe, seront évoqués dans le début de l’accrochage, en écho à l’actualité troublée de cette seconde décennie du XXIe siècle, car depuis les années 60 l’oeuvre ne fait plus l’économie de l’environnement dans lequel elle est créée »…

Haim Steinbach, Untitled, 1990
Haim Steinbach, Untitled, 1990

Les œuvres de Miquel Barcelo, Claire Fontaine, Marcel Broodthaers, Mircea Cantor, Louis Jammes, Cy Twombly, Haim Steinbach, Louise Lawler, Francesco Clemente, Anselm Kiefer ou Giulio Paolin, construisent le parcours de visite où l’on retrouve Sol LeWitt, Robert Ryman, Robert Mangold, On Kawara, Carl Andre, Lawrence Weiner, Robert Barry
Daniel Buren, Olivier Mosset, ou Niele Toroni, occupent la grande galerie de l’Hôtel de Caumont et « Je révais d’un autre mode » de Claude Lévêque retrouve les combles pour lesquels cette oeuvre avait été créé à l’ouverture du musée en 2000.

Claude Lévêque, J'ai rêvé d'un autre monde, 2001 Dispositif in situ, Hôtel de Caumont, Collection Lambert, Avignon. Néon rouge surélevé, machine à brouillard. Diffusion sonore, grondement infra basse. Conception sonore en collaboration avec Gerome Nox. Photo Frank Couvreur
Claude Lévêque, J’ai rêvé d’un autre monde, 2001
Dispositif in situ, Hôtel de Caumont, Collection Lambert, Avignon.
Néon rouge surélevé, machine à brouillard.
Diffusion sonore, grondement infra basse. Conception sonore en collaboration avec Gerome Nox.
Photo Frank Couvreur

Après les travaux qui ont vu ses surfaces d’exposition plus que doublées, la Collection Lambert renoue avec sa pratique qui fait de chaque exposition « un renouvellement de l’expérience du bâtiment, des salles d’expositions et des œuvres de la collection »…

Commissariat : Eric Mézil, directeur de la Collection Lambert.
Catalogue : Introduction par Éric Mézil. Reproduction de photographies d’Andres Serrano mises en correspondance avec une iconographie classique. Textes de Daniel Arasse, « Les Transis », à propos de la série The Morgue , 2006. Essai d’Éric de Chassey sur les rapports entre l’art contemporain et l’église catholique pour la revue Comunio, 2012. Reportage photographique de François Hallard, réalisé dans l’appartement de l’artiste. Édition de l’Amateur / Collection Lambert, 2015

Chronique et compte rendu de visite à suivre.

En savoir plus :
Sur le site de la Collection Lambert
Sur la page Facebook de la Collection Lambert
Sur le site d’Andres Serrano
Andres Serrano sur le site de la Galerie Yvon Lambert
Andres Serrano, artiste prophète et Andres Serrano, photo-prophète sur le site de Tracks (Arte.Tv) avec un Portrait / interview de Serrano
Visite sonore de l’exposition « Ainsi soit-il » d’Andres Serrano, au musée de Vence, en compagnie de Stéphane Ibars de la collection Lambert sur le site de France Musique.

Andres Serrano, « Ainsi-soit il »
(Extrait du dossier de presse)

Andres Serrano par François Halard, décembre 2014
Andres Serrano par François Halard, décembre 2014

Né à New York en 1950, Andres Serrano est originaire du Honduras et d’Haïti. Depuis 30 ans, ses photographies font le tour du monde avec des expositions dans les plus grands musées. Yvon Lambert a été le premier marchand français à s’intéresser à lui et à déceler chez le photographe ce rapport très fort avec la culture européenne et l’art ancien. Invité à Paris en 1991, Serrano rencontre le Père Benedetto qui, de l’église de Saint Eustache, guide les artistes qui souhaitent organiser des projets en lien avec l’Église. Serrano commence sa série The Church à Sainte-Clothilde où il réalise des photographies devenues des icônes de l’art contemporain, tel le portrait de Soeur Yvette ou les mains de Soeur Jeanne Myriam.

L’année suivante, Yvon Lambert le présente au grand historien de l’art Daniel Arasse qui, dans son célèbre texte Les Transis, fait un parallèle entre sa série The Morgue et les représentations classiques de Rembrandt ou de Leonard de Vinci.

Andres Serrano, The Morgue (Death Unknown), 1992. Collection Lambert
Andres Serrano, The Morgue (Death Unknown), 1992. Collection Lambert

Quand la Collection Lambert ouvre ses portes en 2000, elle donne l’opportunité à Andres Serrano de lui consacrer sa première exposition monographique en France (2006) et lui proposera même par exemple de renouer avec la tradition de la Comédie Française qui consistait à faire peindre ou photographier la troupe de Molière, de Mignard à Nadar, de David au Studio Harcourt. Il photographie les 42 sociétaires de l’illustre maison de Guillaume Galienne à Murielle Mayette, de Denis Podalydes à Catherine Hiegel en passant par Eric Ruf son nouvel administrateur général (2007).

Andres Serrano, Éric Ruf, Christian dans Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand), 2007. Collection Lambert
Andres Serrano, Éric Ruf, Christian dans Cyrano de Bergerac
(Edmond Rostand), 2007. Collection Lambert

En 2014, alors que la Collection Lambert ouvre un programme d’expositions hors les murs au Musée de Vence, ville natale d’Yvon Lambert, l’artiste se voit invité à inaugurer le premier cycle d’exposition. Serrano, enchanté par le projet, accepte immédiatement et propos de réaliser une nouvelle série dans la Chapelle du Rosaire réalisée par Henri Matisse, (le peintre étant pour lui l’artiste français le plus spirituel du XXe siècle) comme en écho à sa série The Church qu’Yvon Lambert l’avait aidé à réaliser.

Andres Serrano,Matisse Chapel, 2015. Collection Lambert
Andres Serrano,Matisse Chapel, 2015. Collection Lambert

Ainsi, l’exposition d’Avignon présentera des séries anciennes, celles des Fluids, des Churchs, des Nomads, du Ku Klux Klan (il faut imaginer cet artiste noir se retrouvant devant son objectif avec des Blancs ayant fait vœu d’éliminer les représentants de sa race), des Objects of Desire (où il traite les armes à feu  comme d’étranges natures mortes), de la Morgue ou de la Comédie Française, et celle plus récente réalisée à Cuba après le décès de sa mère, telle une nécessité de se rapprocher, enfin, de ses origines de descendant d’esclaves venus d’Haïti et Cuba où la ferveur chrétienne a toujours été associée à des traditions vaudous. Enfin la toute dernière série réalisée dans la Chapelle du Rosaire fera écho à celle réalisée il y a plus de vingt ans à Sainte Clothilde.

Andres Serrano, Bodily Fluids (Semen &; Blood I), 1990. Collection Lambert.
Andres Serrano, Bodily Fluids (Semen &; Blood I), 1990. Collection Lambert.

La puissance du classicisme au service d’une œuvre ancrée dans son temps.

Andres Serrano traîne dans son sillage une réputation sulfureuse que nous n’avons pas tentée de dissimuler dans cette exposition – des œuvres fortes et célèbres seront présentées. Comme le disait le philosophe allemand Theodore Adorno : « L’art ne se maintient en vie que par sa force de résistance sociale », et si Caravage, Rembrandt, Courbet ou Goya ont pu choquer en leur temps, ils ont été reconnus plus tard tels des génies précurseurs qui ressentaient l’impérieuse nécessité de devancer leur époque par des prouesses techniques ou par des changements radicaux de représentation liés à l’air du temps ou au goût établi d’une époque, avant de faire école et rayonner au panthéon des plus grands. L’histoire de l’art n’a avancé qu’avec des artistes trublions et non-conformistes, cela est d’autant plus vrai quand la frontière qui séparerait l’art ancien et l’art contemporain n’a plus de raison d’être, comme la présente exposition en fait la démonstration.

Andres Serrano, Immersions (Dante), 1989. Collection Lambert.
Andres Serrano, Immersions (Dante), 1989. Collection Lambert.

L’essayiste et romancier Georges Bataille est l’auteur parfait pour tenter de décrire l’œuvre de Serrano et faire comprendre les scandales qui ont entouré certaines de ses œuvres, celles qui ont défrayé la chronique, au point de devenir un sujet à l’ordre du jour au Sénat américain. C’était à la fin des années quatre-vingt, époque où le conservatisme de George Bush père était à son apogée. Andres Serrano avait reçu une bourse d’État pour son travail, la fameuse National Endowment for the Arts Grant, alors que les sénateurs les plus extrémistes avaient jugé scandaleux que de l’argent public ait pu servir à « salir » l’image des États-Unis et de la religion. En 1989, apparaissait pour la première fois dans la presse new-yorkaise une expression nouvelle, « le politiquement correct », qui s’imposera de facto dans le monde entier, alors qu’elle synthétisait toute l’absurdité d’une chasse aux sorcières dont l’histoire américaine possède une longue et triste tradition, comme le rappelait à merveille Arthur Miller avec sa pièce de théâtre Les Sorcières de Salem.

Andres Serrano, Objects of desire (44 Magnum 4), 1992. Collection Lambert
Andres Serrano, Objects of desire (44 Magnum 4), 1992. Collection Lambert

Georges Bataille s’inspira, comme Arthur Miller, de la guerre froide qui divisait les États-Unis et l’Union soviétique, et où l’Europe n’était plus que le « parapluie atomique » entre ces deux grandes puissances se livrant bataille par pions interposés. Il décrit ce qu’il nomme La Part maudite de notre société. Avec ce livre éponyme paru en 1949, Bataille explique que cette part maudite constitue les excès de toute société. Elle entraîne parfois sa chute à travers la surenchère que représente, par exemple, son économie ou sa culture. Ce symbole de cadeaux et de dons échangés implique aussi des dépenses somptuaires, des dilapidations exceptionnelles inutiles dans le circuit de l’économie classique. Ainsi, à force de vouloir créer des sculptures toujours plus grandes pour contenter les dieux marins, les habitants de l’Île de Pâques détruisirent leurs forêts, ce qui les réduisit à la famine, celle-ci entraînant des guerres et menant leur société à sa perte et à sa disparition… Georges Bataille reprend les recherches de l’anthropologue Marcel Mauss menées en 1926. Celui-ci avait publié son célèbre Essai sur le don, décrivant pour la première fois des rituels amérindiens fondés sur la surenchère de cadeaux, ou sur la démonstration de richesses inutiles réalisées en guise d’armes de dissuasion, tels ces sacs de poudres colorées et de pollen récoltés pour épater les rivaux… en jetant au vent ces nuages aussi colorés qu’éphémères, impressionnants et donc imposant le respect par tant de beauté inutilement dilapidée.

Andres Serrano, America (Jewel-Joy Stevens, America Little Yankee Miss), 2003. Collection Lambert
Andres Serrano, America (Jewel-Joy Stevens, America Little Yankee Miss), 2003. Collection Lambert

Ainsi, on ne peut éluder cette dimension éminemment politique quand on expose Andres Serrano. Mais si son œuvre dérange par sa force de représentation tel un miroir de notre monde actuel – et de la société américaine en particulier – elle doit aussi être déchiffrée à travers des références permanentes à l’histoire de l’art, celle de la peinture classique et baroque en particulier. Il faut garder en mémoire ces deux voies pour mieux comprendre toute la consistance de ce travail photographique. D’un côté se révèle l’inquiétant visage d’une Amérique qui, en entrant dans ce troisième millénaire, s’est affichée au reste du monde encore plus conservatrice, radicale et sectaire qu’on l’imaginait – elle tente fort heureusement aujourd’hui de montrer une image plus apaisée et réconciliée avec le Monde. De l’autre, se confirme l’attirance du regard de l’artiste vers les grands maîtres du passé dont Serrano ne retient que la face la plus sombre (on pense à Titien et Delacroix, Tintoret, Vélasquez mais aussi Goya, El Greco, Zurbaran, Géricault ou Courbet).

Collection Lambert, « Un nouveau regard »
(Extrait du dossier de presse)

Présenter une collection permanente à l’heure de la multiplication des événements artistiques et culturels, de la volatilité des publics, c’est proposer au visiteur un contenu qui se renouvelle constamment.

La deuxième exposition de ce fonds si riche qu’est la Collection Lambert sera donc envisagée sous un nouveau prisme. Plus que les mouvements qui la constituent, ce seront de grandes thématiques ou des artistes qui seront mis à l’honneur.

Ainsi la migration, la tragédie, le mythe, seront évoqués dans le début de l’accrochage, en écho à l’actualité troublée de cette seconde décennie du XXIeme siècle, car depuis les années 60 l’oeuvre ne fait plus l’économie de l’environnement dans lequel elle est créée.

Miquel Barcelo seul sur sa barque en capitaine Ahab, les néons de Claire Fontaine faisant de nous tous des étrangers ou nous accompagnant dans la nuit depuis le toit du musée, les détournements engagés de Marcel Broodthaers, le wall painting VISA aux couleurs d’Indiana d’un Mircea Cantor en partance pour l’Europe de l’ouest au début des années 2000, ou les gitans de Louis Jammes photographiés dans les pays de l’Est, symbolisent cette Europe des libertés prise en tenaille entre ses idéaux et l’émergence des nouveaux nationalismes, incapable de garrantir l’accueil de populations fuyant la terreur au péril de leurs vies.

Les peintures de Cy Twombly nous replongent par la seule écriture sensible de leurs noms — Lycia, Nike, Plato, Achile, Delian — au coeur des mythes fondateurs de cette méditerranée emprunte de démocratie et de poésie. Haim Steinbach, Louise Lawler, Francesco Clemente, Anselm Kiefer ou Giulio Paolin, aussi à l’honneur de cette nouvelle présentation, replacent l’histoire, l’artiste, le savoir, dans leur dimension sensible essentielle, comme une ouverture vers un champ de possible infini.

Daniel Buren, Olivier Mosset, ou Niele Toroni, seront présentés dans la grande galerie de l’Hôtel de Caumont. Ces emblèmes de l’avant-garde française des années 60-70 opposent à la pauvreté des signes produits par une société de consommation prédatrice, leurs propres formes, reconnaissables entre mille et répétables elles aussi à l’envie, dans les moindres espaces de notre quotidien. Dans un geste minimal absolu, (les bandes verticales pour Buren, l’empreinte les empreintes de pinceau pour Toroni ou les cercles noirs sur fond blanc pour Mosset) ils replacent l’idée même de l’art et du sensible au coeur de ce fourmillement de formes que sont les musées, la rue, les grands édifices publics…

L’œuvre de Claude Lévêque, Je révais d’un autre mode, réinvestira seule son écrin dans les combles du musée pour lesquels elle avait été créé à l’ouverture du musée en 2000.

Les deux wall paintings majestueux de Sol LeWitt seront le fil conducteur d’une présentation d’une large sélection des oeuvres de l’artistes américain : dessins, wall drawings, structures primaires, feront ainsi écho à la derière salle du musée consacrée à l’art conceptuel et minimal et qui acueillera Robert Ryman, Robert Mangold, On Kawara, Carl Andre, Lawrence Weiner, Robert Barry

 

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