Sylvie Blocher, « S’inventer autrement » au CRAC à Sète

Du 23 octobre 2015 au 31 janvier 2016, Le CRAC (Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon) à Sète présente « S’inventer autrement », une exposition monographique consacrée à Sylvie Blocher, réalisée en collaboration avec le MUDAM de Luxembourg.

L’exposition s’articule autour d’une quinzaine d’installations vidéographiques récentes. Elles sont précédées par une série de dessins réalisés par l’artiste sur les unes du journal Libération.

Sylvie Blocher,Speeches 4, A More Perfect world, 2012. min 37 sec Ed. 2/3, Avec Véronique Nosbaum, Extrait de la « Convention relative au statut des réfugiés » du Haut-Commissariat des Nations Unis Aux Droits de l’Homme, 28 juillet 1951.
Sylvie Blocher,Speeches 4, A More Perfect world, 2012. min 37 sec Ed. 2/3, Avec Véronique Nosbaum,
Extrait de la « Convention relative au statut des réfugiés » du Haut-Commissariat des Nations Unis Aux Droits de l’Homme, 28 juillet 1951.

Cet ensemble est accompagné de la restitution d’un projet participatif,  « Qu’offrez-vous ? »  réalisé par Sylvie Blocher,  spécialement pour l’exposition au CRAC.

Vernissage, le vendredi 23 octobre 2015 à 18h30.

Chronique à suivre après une visite de l’exposition.

À lire ci-dessous la présentation du projet par le CRAC, des textes Sylvie Blocher à propos de certaines installations vidéo exposées et de son projet participatif. L’ensemble est extrait du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur le site du CRAC
Sur la page Facebook du CRAC
Sur le site du MUDAM
Sur le site de Sylvie Blocher
« S’inventer autrement » sur le site d’Actes Sud
Sur le site du film « Dreams Have a Language »

Une présentation de « S’inventer autrement » au Mudam par Mirabelle TV ( Reportage, Alicia Hiblot) :

Présentation de l’exposition :

Depuis le début des années 90, Sylvie Blocher développe un parcours international et ses oeuvres ont été présentées dans de prestigieuses institutions comme PS1, à New York ; le MAMBA à Buenos Aires ; le SFMOMA à San Francisco ; le MCA à Sydney… et plus récemment le MUDAM Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, au Luxembourg (du 8 novembre 2014 au 25 mai 2015).

C’est la première fois depuis son exposition en 1993 au Centre international d´art et du paysage de l´île de Vassivière que l’oeuvre de Sylvie Blocher fait l’objet d’une exposition personnelle d’envergure dans une institution française.

L’exposition « S’inventer autrement », au Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon, se déploie au fil d’une quinzaine d’installations vidéographiques récentes et d’un projet participatif, qui questionnent la construction des identités, l’altérité, la parole individuelle ou collective ou encore la porosité des frontières entre le masculin et le féminin.

En prologue à chacun des dispositifs vidéographiques, des séries de dessins réalisées quotidiennement par l’artiste pendant un an, sur les unes du journal Libération, mettent l’accent sur la façon dont l’artiste effectue un va-et-vient constant entre les champs du personnel et du politique.

Mêlant installation vidéo et production d’un film co-réalisés par Sylvie Blocher et Donato Rotunno, « Dream Have A langage Part 1, Off the ground » (2014), est une installation qui retransmet un voyage singulier. Pour cette oeuvre, l’artiste proposait aux habitants du Luxembourg de les détacher du sol – à plus de 12 m de hauteur – à l’aide d’une machine de vol faite de 4 filins dans l’espace d’entrée du MUDAM, afin de quitter le monde pendant quelques secondes pour le repenser.

Vues de l’exposition Sylvie Blocher : S’inventer autrement, 8/11/2014 – 25/05/2015 au Mudam Luxembourg © Sylvie Blocher, Mudam Luxembourg, photo : Rémi Villagg

D’autres oeuvres, comme le diptyque « Change the Scenario (Conversation with Bruce Nauman) » (2013) ou les trois vidéos (« Skintone », « Color », « Alamo ») récemment créées par l’artiste au Texas pour le San Antonio Museum of Art, abordent les aspects conflictuels de la construction du sujet en prise aux violences historiques.

Sylvie Blocher, Change the Scenario (Conversation with Bruce Nauman), 2013
Sylvie Blocher, Change the Scenario (Conversation with Bruce Nauman), 2013. Installation vidéo HD, double projection, couleur, son, 6 min 15 sec. Avec Shaun Ross, © Sylvie Blocher. Courtesy CNAP, photo: Rémi Villaggi

En réactivant sur le mode chanté ou slamé des discours et des manifestes importants de l’histoire contemporaine (Angela Davis, Manisfeste du Parti Communiste, Barak Obama, Edouard Glissant…), les cinq vidéos qui composent la série des Speeches (2009-2012, Collection Mudam) s’intéressent à la dimension politique de l’imaginaire et à ses promesses de bonheur.

Engageant une « poétique de la relation », les oeuvres de Sylvie Blocher impliquent souvent la participation de personnes extérieures invitées à prendre la parole ou à agir devant la caméra.

Sylvie Blocher partage alors « son autorité d’artiste » avec les participants pour créer ce qu’elle nomme des « Living Pictures », des images vivantes. Le projet participatif « Qu’offrez-vous ? » a été réalisé spécialement par l’artiste pour son exposition au Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon à Sète.

Entretien avec Sylvie Blocher, Projet Participatif «Qu’ofrez-vous » © CRAC-LR 2015
Entretien avec Sylvie Blocher, Projet Participatif «Qu’ofrez-vous » © CRAC-LR 2015

L’exposition S’inventer autrement présentée au Centre régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon à Sète est réalisée en collaboration avec le Mudam Luxembourg.

Speeches, 2009-2012

« Quand j’entends le discours « a more perfect union » de Barack Obama, prononcé le 18 mars 2008, je sais que je vais reprendre ses mots dans une vidéo. A ce moment-là, Barack Obama est acculé par la presse, suite aux déclarations du révérend Jeremiah Wright — son pasteur — qui accuse les américains de racisme. On attend sa réponse. Les médias le trouvent trop blanc ou trop noir, trop musulman ou trop immature, sans expérience et pas assez viril. Barack Obama choisit Philadelphie, ville mythique de Martin Luther King, pour répondre. Il ponctue son discours de « not this time ! » Un discours engagé, racial, de gauche, allant du personnel à l’universel. Un magnifique discours dont nous savons très bien qu’il ne pourra jamais se réaliser! Je commence alors une série de discours qui ont promis le bonheur, faisant réver (ou tuer) des millions de gens sans jamais y parvenir». Sylvie Blocher

4 versions d’un même événement : Alamo, 2014

« David Rubin, conservateur au San Antonio Museum of Art (sama), Texas, m’invite à rencontrer la communauté hispanique de la ville pour un projet d’exposition et je visite Fort Alamo, symbole de la Révolution texane. Ramon Vasquez y Sanchez, dernier chef des indiens Auteca Paguame, qui m’a amenée là, n’arrête pas de marmonner dans mon dos pendant le récit de la bataille raconté par l’un des gardiens, des « ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai ! ». A la sortie je lui demande de m’expliquer les raisons de son agacement. Il me répond : « ca c’est la version anglo ! moi j’ai une toute autre version, je suis un indien. » Je vais alors à la librairie du musée pour regarder s’il existe d’autres recits de cet événement historique, mythe fondateur du Texas mais aussi des États-Unis. Je n’en trouve aucun. Cela me donne l’idée de tourner quatre versions différentes : la version du guide du musée, une version latino, une version black, et une version native american. Les mythes qui nous construisent sont toujours plus complexes que ce que l’on nous apprend a l’école ! ». Sylvie Blocher

Sylvie Blocher, Alamo, 2014. Installation vidéo HD, son, contreplaqué, durée : 16 min 9 sec, Avec Rick Frederick, Julia Barbosa Landois, Kitty A. Williams, Ramon Vasquez y Sanchez Courtesy de l’artiste, © Sylvie Blocher
Sylvie Blocher, Alamo, 2014. Installation vidéo HD, son, contreplaqué, durée : 16 min 9 sec, Avec Rick Frederick, Julia Barbosa Landois, Kitty A. Williams, Ramon Vasquez y Sanchez
Courtesy de l’artiste, © Sylvie Blocher

Living Pictures / Skintone, 2014

« A san antonio ceux de la communauté hypanique que j’ai pu rencontrer, issus de milieux sociaux très différents, parlent tous de leurs difficultés d’intégration dans la société américaine blanche, et comment la couleur de leur peau est toujours prétexte à stigmatisation. Quelques mois plus tard, je lance un appel à participation avec le musée de San Antonio au Texas. L’appel précise de venir dans son plus bel habit avec « un seul accessoire : sa fierté ». J’ai quelques difficultés à imposer la juxtaposition des mots « accessoire » et « fierté » à la direction du musée.
Je réalise un large « pantone » couleur peaux comme fond de tournage et je demande a chaque participant de choisir « sa » place devant l’une des couleurs. La question du choix se révèle un moment difficile, parfois douloureux. Veulent-ils se fondre dans leur propre couleur ou au contraire affirmer une différence ? Je demande à chacun d’eux s’ils ont une histoire de couleur de peau à me raconter. Tous en ont une qui les a déterminés.
Quelques semaines après le tournage David Rubin est démis de ses fonctions par la direction du musée. C’est à sa demande que j’avais filmé la communauté latino-americaine. L’idée m’avait plu d’infiltrer ce musée de la communaute blanche avec eux. Finalement mon exposition intitulée Color of confusion est déprogrammée en septembre 2015 par la directrice Katie Luber. » . Sylvie Blocher

Sylvie Blocher, Living Pictures Skintone, 2014. Installation vidéo HD, couleur, son, durée : 49 min 35 sec, filmée avec des habitants de la communauté latino de San Antonio au Texas Courtesy de l’artiste, © Sylvie Blocher
Sylvie Blocher, Living Pictures Skintone, 2014. Installation vidéo HD, couleur, son, durée : 49 min 35 sec, filmée avec des habitants de la communauté latino de San Antonio au Texas Courtesy de l’artiste, © Sylvie Blocher

Libération, 2013-2014

« Pendant de nombreuses années mon rapport à l’information est passée par les journaux, notamment Libération. Ma relation à ce journal est complexe. Elle est faite d’amour et de désamour, comme dans un couple. Quand j’étais étudiante, j’aidais un ami à le vendre dans les restaurants universitaires de Strasbourg. C’etait « notre » journal. J’attendais avec impatience la parution de textes de certains penseurs. Puis dans les années 1990 « Tout horizon d’attente » à quitte Libération. Ne sont plus restées que les images. Je ne l’ai plus acheté. Mais on ne quitte pas si facilement un compagnon de route. L’année dernière, je décide de recouvrir les unes d’une peinture d’ardoise et je me mets à écrire ou à dessiner dessus à la craie, laissant parfois des fragments de titre ou de photographie. Rien de ce qui est écrit et dessiné n’est ici fixé, tout peut être effacé. Quelques mois plus tard, j’apprends que le journal connaît de grandes difficultés. Alors je ne l’ai pas quitté ! ». Sylvie Blocher

Sylvie Blocher, Libération, 2013-2014. Série de dessins sur unes du journal Libération 36 x 56 cm chacun, Peinture ardoise et craie, sur papier, Courtesy de l’artiste, © Sylvie Blocher
Sylvie Blocher, Libération, 2013-2014. Série de dessins sur unes du journal Libération 36 x 56 cm chacun, Peinture ardoise et craie, sur papier, Courtesy de l’artiste, © Sylvie Blocher

Change the Scenario (Conversation With Bruce Nauman), 2013

« Change the scenario » est une autre version de « art make-up », réalisée en 1967-68 par Bruce Nauman sur la peinture comme performance : l’autoportrait d’un jeune homme, blanc et américain, parlant d’identité et de race.
Shaun Ross est un jeune top-modèle afro-américain, albinos, qui vit à new York. Il a vingt ans. Travailler avec lui m’a fait comprendre à quel point sa particularité génétique perturbait son quotidien. Les effets de rejet ou d’attirance que provoque sa peau – rejet qui dans certaines parties d’afrique est ritualisé jusqu’au meurtre – font de lui un corps en rupture. Shaun revendique une identité gay. Son corps est un mixte de plusieurs identités, un corps transformé, un corps fragmenté. Sa peau perturbe nos codes de lecture, trouble nos réflexes de genres et de races.
Je pense à cette conversation entre judith butler et sunaura taylor, visible sur youtube, sur « les corps empêchés » et leurs enjeux politiques dans l’espace des villes ». Sylvie Blocher

Sylvie Blocher, Change the Scenario (Conversation with Bruce Nauman), 2013. Installation vidéo HD, double projection, couleur, son, 6 min 15 sec. Avec Shaun Ross, © Sylvie Blocher. Courtesy CNAP, photo: Rémi Villaggi
Sylvie Blocher, Change the Scenario (Conversation with Bruce Nauman), 2013. Installation vidéo HD, double projection, couleur, son, 6 min 15 sec. Avec Shaun Ross, © Sylvie Blocher. Courtesy CNAP, photo: Rémi Villaggi

Qu’offrez-vous ? Oeuvre participative 2015

« À partir d’un appel à projet lancé dans la presse et sur une radio locale j’ai invité les habitants de Sète et de ses environs à participer à une oeuvre d’art produite par le CRAC Languedoc-Roussillon pour mon exposition « S’inventer Autrement ».
Au premier étage du CRAC sur un mur de 30 m de long recouvert de peinture verte de tableau d’école, je retranscris à la craie les paroles et les mots offerts par les participants , comme autant de cadeaux dédiés à l’artiste, au CRAC, à la ville, au monde, à l’inconnu, à la vie, à la poésie, à l’autre …. ».

Entretien avec Sylvie Blocher, Projet Participatif «Qu’ofrez-vous » © CRAC-LR 2015
Entretien avec Sylvie Blocher, Projet Participatif «Qu’ofrez-vous » © CRAC-LR 2015

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