Draw me your song ! à la Friche Belle de mai, à Marseille

Quand les pratiques de la musique et du dessin nourrissent des formes singulières…

Documents d’artistes Paca propose « Draw me your song ! », une exposition collective à la Friche Belle de Mai, à Marseille, avec Antoine Dorotte, Olivier Millagou, Stéphanie Nava, Ludovic Paquelier.
L’exposition s’adjoint l’édition en ligne de la revue web « additional document #3 ».

Vernissage le 28 août 2015 18H
Exposition jusqu’au 27 septembre 2015 à la Salle des machines de la Friche du jeudi au dimanche de 13H à 19H.

Chronique éventuelle à suivre.

A lire ci-dessous la présentation du projet  Draw me your song ! par Guillaume Mansart, commissaire de l’exposition, extraite du dossier de presse.

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Coproduction Documents d’artistes, Cartel, Réseau documents d’artistes et Friche Belle de mai

En savoir plus :
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Sur additional document #3 

Présentation du projet par Guillaume Mansart, commissaire de l’exposition

Ce projet bi-polaire souhaite travailler les porosités et tente de donner à lire quelques-unes des interactions qui peuvent se manifester entre des champs de création a priori étrangers les uns aux autres. Plus particulièrement, l’exposition s’intéresse à la manière dont la musique surgit sur le territoire de la forme. Le dessin, en ce qu’il s’oppose en presque tout dans sa mise en œuvre à la musique, occupe une place centrale dans ce lieu de rencontre contre-nature. Si la musique, dans son acceptation générale est associée à l’événement, au collectif, au live, si elle constitue un moment de partage de sociabilité, le dessin pour sa part peut être perçu comme un endroit de repli. Pourtant, il arrive que le dessin déborde du cadre et convoque la chaleur de la scène, qu’il investisse l’espace et prenne sa part de vivant !

A travers le travail de quatre artistes choisis sur les sites Documents d’artistes de différentes régions, c’est cette indiscipline qui se donne à lire dans l’exposition Draw me your song !

Stephanie Nava, A man a Woman, 2014_1
Stephanie Nava, A man a Woman, 2014 – vidéo 7’40, projection, music Graham Gargiulo

A Man a Woman est un film de 7’40 réalisé par Stéphanie Nava sur une musique écrite spécialement par Graham Gargiulo. L’animation composée de dessins de l’artiste met en scène une femme, un homme, des arbres, des maisons et une voiture, un vocabulaire de formes minimum à partir duquel se joue l’éternelle histoire de l’humanité. La solitude, la rencontre, la perte et la nature qui semble vivre l’émotion à l’unisson, la ville comme un isolement, comme une organisation raisonnée qui peine à maintenir en éveil le souffle de la rencontre. A Man a Woman est une idylle contemporaine. En s’appuyant sur la musique de Graham Gargiulo, Stéphanie Nava met à profit le potentiel émotif du riff de guitare. On ne sait pas vraiment si le trait accompagne les notes ou si c’est l’inverse, mais cela n’a pas vraiment d’importance, le dessin prend vie et la musique s’incarne. Là ou l’homme et la femme se cherchent, musique et dessin se rencontrent pour construire une narration sensible et complexe jouant sur plusieurs registres d’émotions.

Antoine Dorotte, Sur un coup de d’surin (replay), 2013
Antoine Dorotte, Sur un coup de d’surin (replay), 2013 – 256 plaques gravées, eau-forte et aquatinte, bois, néon, (256 sheets of zinc, etching and aquatint, wood, neon), vidéoprojection.

C’est aussi une forme rencontre qui se donne à lire dans le film Sur un coup d’surin d’Antoine Dorotte. L’animation de 50 secondes réalisées à partir de 257 plaques de zinc gravées à l’eau-forte, figure une danse, un combat à l’arme blanche inspiré de celui des leaders des jets et des sharks dans le film West Side Story. Les voyous, ici masqués, sont deux insectes qui cherchent à se piquer pour conserver leur prise. Il n’y a plus de musique, plus de décors non plus, pas plus de figurants… l’action se trouve ramenée à la danse élégante et macabre de ces deux grotesques blousons noirs. Et l’action se déroule à coup de plaques de zinc, les accidents de gravure accompagnent les mouvements de jambes et les bras qui s’agitent. Le support, par ses imperfection, semble nourrir le duel et fait basculer la scène dans un registre onirique. Alors bien sûr il y a une forme de prouesse technique dans ce film de 50 secondes, mais c’est surtout une forme de violente poésie qui se met en place dans l’entrelacement plus ou moins contrôlé de ces couteaux. Sur un coup d’surin parvient à allier la contrainte d’une écriture formelle d’une redoutable précision et la part aléatoire d’une technique de gravure vivante.

Ludovic Paquelier, Lux Interior, 2010_1
Ludovic Paquelier, Lux Interior, 2010 – encre de chine sur papier, ink on paper, 600 x 250 cm

On pourrait dire qu’il y a aussi cet équilibre entre l’accident et la maîtrise dans l’œuvre grand format de Ludovic Paquelier. Dire également qu’il y a cette rencontre improbable entre grâce et violence dans le jeu de scène du chanteur des Cramps. Lux Interior est sans doute l’un des pseudonymes les plus étrange de l’histoire du rock, c’est pourtant celui qu’a choisi Erik Lee Purkhiser pour incarner cette figure extravertie plantée dans ses pantalons taille basse. Sur plus de 6 mètres, Ludovic Paquelier tente un portrait en action de l’énergique leader des Cramps. Pour se faire, l’artiste opère d’abord à partir d’une banque d’images qu’il a glanées sur internet, il trie, organise, compose avant de prendre le pinceau. Cette manière de procéder, si elle s’est généralisée en même tant que le web, n’est pas ici sans rapport avec l’histoire du fanzine. Choisir, découper, coller, composer, donner à lire. Il faut dire que les œuvres de Ludovic Paquelier se nourrissent d’abord de ses passions, pour le cinéma d’horreur, les séries B, ici donc les Cramps. « A la précision graphique du trait figuratif », écrit Madeleine Aktypi, « répondent les pollutions énergiques des empreintes abstraites que laissent les différents accessoires que Paquelier jette et traîne contre les murs ». En découle une œuvre composite à la facture dynamique qui porte en elle la puissance démesurée du rock.

Olivier Millagou, Out of sight, 2014_1
Olivier Millagou, Out of sight, 2014 – photo Claire Dorn, courtesy galerie Sultana, Paris. Collection Fonds Régional d’Art Contemporain Provence Alpes Cöte d’Azur

Cette qualité irrationnelle, sensible voire magique de la musique occupe également une place centrale dans l’oeuvre Out of Sight d’Olivier Millagou. Revenant sur l’histoire de la musique surf, l’artiste compose une installation sonorisée dans laquelle un nuage d’instruments à cordes semble menacer alors que le son d’une dune de sable gronde. Enregistré dans la Vallée de la Mort, non loin du lieu d’origine de la musique surf, le son de cet orchestre naturel imprègne l’espace d’une atmosphère étrange. Pour l’artiste, ce chant du sable pourrait être l’origine des musiques surf, Brian Wilson lui-même (les pieds dans le bac à sable installé au milieu de son salon) aurait pu entendre ce grondement avant de composer les meilleurs morceaux des Beach Boys. Comme si les forces telluriques lui avaient livrés leur secret. Mais Out of Sight est un orage noir de nuages. Les guitares, les basses, les ukulélés et les banjos qui flottent dans les airs, figurent un ciel menaçant. On assiste ici à la fin de quelque chose : « A l’origine, dit Olivier Millagou, la musique surf c’était simplement la musique que les surfeurs écoutaient, et qui variait selon l’endroit où tu vivais et selon ton âge. Elle n’était pas formatée avant le milieu des années 60. Moment où les maisons de disques ont réalisé qu’elles pouvaient créer un autre moyen de se faire de l’argent avec les adolescents ». La fin d’un âge d’or donc, le début d’autre chose. Et un soleil couchant qui se consume des dessins qui s’animent.

Guillaume Mansart, commissaire de l’exposition

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