Roni Horn, « Butterfly to Oblivion »

Jusqu’au  20 septembre 2015, la Fondation Vincent Van Gogh Arles présente « Butterfly to Oblivion », une captivante exposition de Roni Horn.

Roni Horn, Glass Sculptures, « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015 - blanc et bleu cobalt
Roni Horn, Glass Sculptures, « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015 – blanc et bleu cobalt

Le dessin est aspect essentiel du travail de l’artiste américaine. Dans le catalogue,  Bice Curiger, directrice artistique de la Fondation et commissaire de cette exposition souligne que Roni Horn donne à cette activité un sens élargi et qu’en exposant des sculptures dans un espace,  « elle dessine aussi dans cet espace. Lorsqu’elle fait la sélection de ses œuvres en vue d’une exposition, elle reprend des éléments qu’elle a déjà montrés auparavant, en y ajoutant de nouvelles œuvres (…). C’est l’espace – entendu comme la totalité de ses pièces – et la nouvelle disposition des œuvres qui composent un dessin ».

Roni Horn, Pigment Drawings (1) , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015
Roni Horn, Pigment Drawings (1) , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015

Pour « Butterfly to Oblivion », Roni Horn a sélectionné des œuvres qui appartiennent à quatre séries.
Le parcours commence avec trois imposantes sculptures de verre. Il se poursuit avec deux ensembles de « Cut up ». Le premier montre de grands formats issus de ses « Pigment Drawings », le second présente des images recomposées à partir de portraits photographiques de clowns (Clowndoubt). Dans une nouvelle série de dessins, les « Hack Wit », constituée d’expressions anglaises découpées, on comprend pourquoi il est question dans cette exposition de « contraindre un papillon à l’oubli / consign a Butterfly to Oblivion ».

Roni Horn, Hack Wit , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015
Roni Horn, Hack Wit , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015

La mise en espace et la scénographie ont été définies par Roni Horn avec la commissaire de l’exposition.  L’ensemble, très sobre, invite le visiteur à une contemplation méditative des œuvres.
À l’exception de quelques reflets gênants pour la série Clowndoubt, l’accrochage est très réussi.

Ceux qui gardent un souvenir ému de la rétrospective présentée par la Collection Lambert à Avignon et à Arles, en 2009, comme ceux qui ont été marqué par sa présence de ses œuvres dans les cellules et les couloirs de la prison Sainte-Anne, l’an dernier pour « La disparition des lucioles », à Avignon, ne manqueront pas de passer cet été à la Fondation Vincent Van Gogh Arles … Ceux qui méconnaissent l’œuvre de cette grande artiste américaine découvriront un travail d’une grande sensibilité qui vient avec poésie et subtilité se confronter et dialoguer avec Vincent Van Gogh.

Roni Horn, Clowndoubt (1) , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015
Roni Horn, Clowndoubt , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015

Beaucoup semblent les opposer : Les pigments naturels de l’une et les couleurs industrielles, en tubes de l’autre, l’urgence de Vincent et la lenteur méditative de Roni Horn, le voyage vers le sud à la recherche de la lumière du Japon et la fascination pour la géologie et à l’eau glacée de l’Islande… Mais on peut aussi rapprocher les « Cut up » de Roni Horn et les hachures de Vincent, le cutter de l’une et la plume de roseau de l’autre. L’autonomie, la discontinuité et la force du trait comme la place des vides et la vibration de la couleur sont communs aux deux artistes…

Sans clichés et analogies faciles,  « Butterfly to Oblivion » est un contrepoint subtil à l’exposition que la Fondation Vincent Van Gogh Arles consacre aux dessins du peintre hollandais, « Les dessins de Van Gogh : influences et innovations ».

Signalons également la présentation d’un étonnant film d’animation « aitaisei-josei » de la japonaise  Tabaimo qui raconte les amours d’une chaise et une table, personnifiant une belle courtisane et son amant.

Tabaimo, aitaisei-josei, 2015
Tabaimo, aitaisei-josei, 2015

Le catalogue, dont il faut souligner la très bonne qualité des reproductions, s’organise autour d’une très intéressante conversation entre Élisabeth Lebovici et Bice Curiger.

Pendant la semaine des Rencontres, la Fondation Vincent Van Gogh Arles propose une programmation particulièrement riche. Il faut ici aussi rappeler l’important investissement de la Fondation dans de multiples actions culturelles qui accompagnent ses expositions.

Une visite de la Fondation Vincent Van Gogh Arles s’impose donc lors d’un passage à Arles cet été.
Compte rendu de visite et présentation de Bice Curiger  ci-dessous.

En savoir plus :
Sur le site de la Fondation Vincent Van Gogh Arles
Sur la page Facebook de la Fondation Vincent Van Gogh Arles
Roni Horn sur le site de la galerie Hauser & Wirth

Les sculptures de verre

Roni Horn, Glass Sculptures, « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015 bleu aqua et blanc
Roni Horn, Glass Sculptures, « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015 bleu aqua et blanc

Un premier espace, éclairée par la lumière du jour, expose trois sculptures de verre, trois cylindres massifs qui pèsent chacun cinq à six tonnes. Énigmatique, la présence de ces trois blocs est fascinante. Leurs couleurs, un blanc opalin, un bleu « aqua » et un bleu cobalt changent avec la luminosité et l’heure du jour. Elles évoquent les variations et les reflets de l’eau…

La peau extérieure de ces trois objets massifs conserve les traces rugueuses de leurs moules et du lent refroidissement du verre liquide… Si d’ordinaire, le spectateur ne voit que l’extérieur d’une sculpture, Roni Horn offre la découverte d’un captivant « paysage » à l’intérieur de ces blocs de « glace », l’étrange sensation que le verre est encore liquide. À la peau rugueuse et opalescente s’oppose un « contenu » transparent, lisse, miroitant qui renvoie de multiples lumières et les reflets de ceux qui s’y penchent… Le fond semble flotter. Il s’approche ou s’éloigne de la surface de cette matière limpide selon les mouvements du regardeur …  Ces trois pièces exercent immédiatement une attraction singulière sur les visiteurs, captés (captivés) par l’intérieur de ces masses solides qui semblent avoir conservé la mémoire de leur état liquide…

Bice Curiger rappelle combien ce thème de l’eau marque l’œuvre de Roni Horn. À l’évidence, ces trois morceaux de « glace » renvoient à  l’Islande, mais aussi aux souvenirs des vitraux de la synagogue de son enfance et aux cours de chimie de ses années universitaires…

Pour ces trois sculptures, l’artiste a choisi d’accompagner un « Untitled » avec d’énigmatiques citations d’Edgar Allan Poe, de Cormac McCarthy et du comte Kessler…

Pigment Drawings

Roni Horn, Pigment Drawings (2) , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015
Roni Horn, Pigment Drawings (2) , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015

Les cinq très grand formats  de cette série présente une activité qui est chez Roni Horn un des fondamentaux  de son travail. Comme l’écrit très justement Bice Curiger dans le catalogue, il se dégage de ses œuvre « un chuchotement visuel » qui attire le spectateur vers « un micromonde spatial et abstrait, qui dévoile une facture, un processus de fabrication »
En effet,  tout est visible, rien n’est caché ! Dans ces œuvres, Roni Horn montre tout son processus de travail. Pour réaliser ces vastes compositions, elle assemble des lamelles, coupées au cutter dans deux ou trois dessins préalablement réalisés, avec des pigments naturels.  Des annotations (chiffres, mots, marques diverses) gardent la trace de la lente médiation qui conduit à la recomposition / construction que l’on a devant soi. Dans ces étonnants puzzles, tout est remployé, ou plutôt tressé dit très justement Élisabeth Lebovici

Ces œuvres sont d’extraordinaires invitations à la médiation, à la construction de ses propres itinéraires imaginaires dans une cartographie poétique …   À propos des titres, le catalogue rapporte un propos de Roni Horn au sujet de ceux que le pianiste de jazz Thelonious Monk  donnait à ces compositions …  Il y a dans ces grands ces grands « dessins », quelque chose de musical qui évoque les improvisations très construites du pianiste…  « Everything is both in pieces and in place », rien de plus à dire que ce propos de Mark Godfrey, rapporté par Bice Curiger dans le catalogue.

Clowndoubt

Roni Horn, Clowndoubt (2) , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015
Roni Horn, Clowndoubt , « Butterfly to Oblivion » à la Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015

Cet ensemble est techniquement similaire aux « Cut up » des « Pigment Drawings ». Roni Horn utilise les portraits photographiques flous de sa série de clowns, proches de ceux que l’on avait pu voir, en 2009, à la Collection Lambert (« Clowns and Clouds ») et l’an dernier, à la prison sainte Anne (« Cabinet of »).

Roni Horn découpe ses photographies au cutter, puis elle construit de nouvelles images inquiétantes, parfois difficilement lisibles, à la limite de l’abstraction…  Elle donne du « doute » à ses images et joue avec leurs titres : « Clowndoubt (You) », « Clowndoubt (No) », « Clownpout », « Clownout »

Comme le souligne Bice Curiger, cette série met aussi en doute la photographie comme « épreuve de la vérité »

Hack Wit

Dans cette série récente, l’artiste américaine applique sa pratique du « Cut up » à des expressions idiomatiques de la langue anglaise… Le titre associe de verbe « to hack » qui signifie entrer dans le système ( activité favorite des hackers) et « Wit » qui renvoie à l’esprit et à l’astuce, à l’intelligence…  Les mots de deux expressions, peints à l’aquarelle, sont découpés et recomposés de manière à produire une nouvelle proposition déviante, ludique et étrange…

Ainsi, avec rir après le vent »t en blanc »sé de manière à produite àlege s « ssus de « ail. rement riche« Out of the Blue / de but en blanc » et « Chasing Rainbows / Courir après le vent », Roni Horn propose un poétique asser le bleu des arcs-en-ciel / Chasing the bleu of rainbows »« Chasser le bleu des arcs-en-ciel / Chasing the Blue of Rainbows ».

Roni Horn, Hack Wit - Chassing blue, 2014
Roni Horn, Hack Wit – Chassing blue, 2014

Le « Hack Wit » qui donne son titre à l’exposition est construit à partir de « a Buterfly broken on the Wheel / une montagne accouche d’une souris » et « Consign to Oblivion / reléguer aux oubliettes » pour produire un énigmatique « Broken on the Wheel  consign a Butterfly to Oblivion  / Brisé sur la roue contraindre un papillon à l’oubli ».

Roni Horn, Hack Wit , « Butterfly to Oblivion », Fondation Vincent Van Gogh Arles, 2015_1

 

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