Vik Muniz, Album, Chapelle des Trinitaires aux Rencontres d’Arles 2014

L’exposition Album de Vik Muniz est une des propositions les plus intéressantes de ces Rencontres d’Arles 2014. L’artiste brésilien présente à la chapelle des Trinitaires un ensemble de photographies de grands formats, exposées au printemps dernier par la galerie Sikkema Jenkins & Co à New York.

La sélection proposée est extraite de deux séries récentes : Album (8 tirages C-print) qui donne son titre à l’exposition et Postcards From Nowhere (4 tirages C-print).

Des cimaises au rouge Pompéi  supportent un accrochage très sobre qui sépare les deux séries. La lumière naturelle qui tombe de hautes fenêtres de la nef et de l’abside est complétée par un éclairage discret qui n’évite pas quelques reflets déplaisants.
Les cartels sont réduits au strict nécessaire. Pas d’information complémentaire, pas de textes de salle pour le visiteur qui souhaite en savoir plus.

Le texte de présentation du site des Rencontres est une simple traduction de la présentation par la galerie Sikkema Jenkins & Co de son exposition new-yorkaise . On y retrouve même des références à des œuvres qui ne sont pas exposées à Arles !

Cependant, ce manque d’engagement des Rencontres dans l’organisation de cette exposition ne nuit pas vraiment à la compréhension et à l’intérêt du public. La force des images proposées par Vik Muniz mobilise sans difficulté l’attention du visiteur. L’attitude du public et la richesse de ses conversations en témoignent.

En savoir un peu plus sur le travail du brésilien et sur les objectifs de ces deux séries est possible grâce à Arte Creative qui propose sur son site de larges extraits de la soirée proposée par Vik Muniz au théâtre Antique d’Arles, le 10 juillet.

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Vik Muniz au théatre Antique d’Arles, le 10 juillet 2014

Il raconte avec humour, malice, simplicité et générosité, l’histoire de son travail, de ses images aux lignes en fil de fer ou en fil à coudre, aux points en sucre, aux taches en chocolat, ses assemblages d’objets divers ou d’ordures.
Muniz évoque aussi ses expériences dans le gigantisme avec des engins de travaux publics (Earthworks) et des avions (Clouds), comme dans le microscopique avec ses gravures sur grain de sable en utilisant des canons ioniques (Sand Castle) ou ses motifs réalisés à partir de cellules hépatiques et des bactéries lors d’une résidence au MIT à Boston.
Fasciné par la perspective et par les médias, il explique que dans son travail, il y a toujours au moins deux perspectives. Il souligne l’importance de ses séries, et pourquoi il ne faut pas voir ses photos comme des œuvres uniques, mais comme les éléments d’ensembles dont l’aspect cinétique est important.

Les deux séries présentées à la chapelle des Trinitaires font suite aux Pictures of Magazine dans lesquelles Muniz construisait ses images à partir de fragments de revues. Il démontrait alors qu’une image ne pouvait être vue seulement pour ce qu’elle est. Elle «contient» en même temps toutes les images que chaque regardeur y amène et qu’il y voit. Après ces expériences collectives d’images fabriquées à partir de photos de magazine, Vik  Muniz tente de montrer avec les deux séries présentées à Arles que les images qu’il produit peuvent être à la fois collectives et individuelles…

Issue d’un milieu très modeste, Muniz raconte qu’il n’y avait pas d’appareil-photo chez ses parents. Une tante qui habitait à Miami leur rendait visite chaque année. Pour voir les photos qu’elle prenait pendant son séjour, il fallait attendre l’année suivante…
Peu après son arrivée à New York, Vik Muniz a développé une passion pour la photo vernaculaire. Au cours de ses voyages, il achète aux puces des photos de famille qu’il classe dans des boîtes à chaussures. Cette collection est construite sans aucun des repères critiques et esthétiques communs à  la photo dite « artistique ». Il considère que toutes ces photos sont intéressantes, que toutes sont « bonnes ».

Vik Muniz, Vik 2 ans, Album, 2014 - 180 x 251,46cm - Tirage C-print  .jpg
Vik Muniz, Vik 2 ans, Album, 2014 – 180 x 251,46cm, Tirage C-print

L’idée de la série Album a germé au moment de la naissance de sa fille. C’est l’idée un peu folle de produire un album de souvenirs qui puisse être celui de toutes les familles au monde.  Muniz confie que parmi les neuf photos de son enfance qu’il conserve, il a choisi un portrait de lui à l’âge de 2 ans, pour débuter ce travail.
Il a réalisé un agrandissement de cette photo à partir des morceaux de photos qui ne lui appartiennent pas et qu’il a puisés au sein de sa collection, dans ses boîtes « à mémoire ».

Pour Muniz, cette image est emblématique des albums de famille qui racontent tous la même histoire, mais aussi à chaque fois une histoire singulière.
En assemblant ces « souvenirs », Vik Muniz compose des scènes familières qui pourraient être celles que nous avons tous dans nos albums photo de famille : le portrait d’un bébé, un anniversaire, un mariage, une photo de classe, un instantané de vacances, l’achat d’une nouvelle voiture…

Muniz  cherche à montrer qu’il y a un lien entre ces images universelles, ces archétypes  et les photos qui nous sont personnelles.

L’album de photos argentique était un patrimoine, comme un patrimoine génétique, qui était transmis de génération en génération. Mais, comme le souligne le texte de la galerie Sikkema Jenkins & Co : « Avec la prolifération des caméras bon marché à la fin du 20e siècle, et par la facilité et la rapidité des documents numériques au cours des dernières années, ces images sont devenues plus habituelles et moins précieuses. Album interroge sur les répercussions de ces changements technologiques, sur la création d’images, et leur impact sur ​​nos communautés, sur l’expérience collective, et sur la mémoire ».
La photo ne prouve plus aujourd’hui qu’un événement s’est produit.

Vik Muniz collectionne aussi les vieilles cartes postales. Il les découpe et les réassemble pour en créer de nouvelles. Postcards From Nowhere renvoie aux mêmes questions à propos de la perte et de la diffusion des images. Les technologies numériques ont  modifié la valeur matérielle de la carte postale, son importance comme souvenir personnel unique.

Album est une des expositions des Rencontres 2014 qui mérite sans aucun doute un passage par Arles.
À voir avant le 7 septembre.

Né en 1961 à São Paulo, Muniz vit et travaille à Brooklyn, New York et Rio de Janeiro, au Brésil.
Son travail a été largement exposé à travers le monde. Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections publiques et privées internationales, y compris le MoMA de New York, la Tate Gallery à Londres, le Museu de Arte Moderna de São Paulo ou encore la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain à Paris.
On se souvient du Musée imaginaire, l’importante exposition monographique que la Collection Lambert en Avignon avait consacrée à Vik Muniz, au printemps 2012.
À (re)voir également, Waste Land, superbe film, plusieurs fois primé, sur une œuvre réalisée par Vik Muniz avec et au bénéfice des catadores, trieurs d’ordures à Rio. Le film avait été projeté au théâtre Antique, pendant les Rencontres 2010.

En savoir plus :
Sur le site des Rencontres d’Arles
Sur le site de Vik Muniz
La prestation de Vik Muniz au théâtre Antique d’Arles le 10 juillet 2014, sur le site Arte Creative.
Vik Muniz sur le site de la galerie Sikkema Jenkins & Co
Vik Muniz
sur le site de la galerie Xippas

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