Sculpture du Sud à la Villa Datris, l’Isle sur la Sorgue

Après nous avoir ébloui avec l’exposition Sculptrices l’an dernier, la Villa Datris propose, du 18 mai au 11 novembre 2014, Sculpture du Sud… D’une rive à l’autre de la Méditerranée.

Cinquante artistes contemporains du pourtour de la Méditerranée et 75 œuvres inspirées par la culture du Sud seront réunis dans la Villa Datris et son jardin pour un parcours qui nous promet  « un dialogue fertile qui mettra en présence des artistes reconnus ou émergents »

Citant Francis Bacon : « Les arts plastiques viennent vraiment de la Méditerranée, du Sud, de l’Europe, de la Grèce, de l’Égypte », le communiqué de presse propose de « découvrir les mille et une facettes de la création inspirée par le monde méditerranéen. Une passionnante confrontation qui met en valeur ces œuvres contrastées, fortes et fragiles, sombres ou colorées, épicuriennes ou engagées ».

On attend donc avec intérêt dialogue et confrontation annoncés.
Chronique à suivre après une visite de l’exposition.

Parmi les artistes à l’affiche :
Arman
• Yaacov Agam •  Zoulikha Bouabdellah •  Bernard Pagès •  César •  Robert Combas •  Daniel Dezeuze •  Noël Dolla •  Safaa Erruas •  Mounir Fatmi •  Jean-Pierre Formica •  Karim Ghelloussi •  Amal Kenawy •  Yves Klein •  Ilhan Koman •  Jannis Kounellis •  Sigalit Landau •  Pierre Malphettes •  Joan Miró •  Nabil Nahas •  Yazid Oulab •  Gaetano Pesce •  Jaume Plensa •  Hervé di Rosa •  Ettore Sottsass •  Claude Viallat… 

En savoir plus :
sur le site de la Villa Datris

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La disparition des lucioles à La Collection Lambert en Avignon

Il y a quelques années, le  critique d’art Georges Didi-Huberman s’interrogeait sur la tyrannie des images dans son essai  Survivance des lucioles.  Il entrevoyait l’ouverture d’un espace de résistance pour des images-lucioles…
L’an dernier, à la Chapelle des Pénitents blancs, dans le cadre du Festival d’Avignon, Nicolas Truong mettait en scène le Projet Luciole. Il s’interrogeait sur la pensée critique et cherchait à faire résonner, entre autres, les textes de Pasolini et l’essai de Didi-Huberman.
Depuis cet automne, l’accrochage 2013-2014 de la collection permanente de Carré d’Art à Nîmes, dont le titre est  De la présence des lucioles, nous invite à regarder les œuvres comme «des points lumineux qui nous accompagnent dans une lecture poétique du monde »…

Disparition des lucioles - Affiche

Pour son exposition estivale, du 17 mai au 25 novembre 2014, à la Prison Sainte-Anne, la Collection Lambert en Avignon fait, elle aussi référence au texte de Pasolini, La disparition des lucioles

Dans cet article, qui fait figure de testament, Pasolini s’interrogeait sur la résistance des lueurs des contre-pouvoirs face aux lumières puissantes du pouvoir…
« Au début des années 60, à cause de la pollution atmosphérique, et surtout, à la campagne, à cause de la pollution de l’eau (fleuves d’azur et canaux limpides), les lucioles ont commencé à disparaître. Cela a été un phénomène foudroyant et fulgurant. Après quelques années, il n’y avait plus de lucioles. (Aujourd’hui, c’est un souvenir quelque peu poignant du passé : un homme de naguère qui a un tel souvenir ne peut se retrouver jeune dans les nouveaux jeunes, et ne peut donc plus avoir les beaux regrets d’autrefois.) Ce « quelque chose » qui est intervenu il y a une dizaine d’années, nous l’appellerons donc la « disparition des lucioles »…

On attendait avec curiosité, cette nouvelle « interprétation » de l’article de Pier Paolo Pasolini, publié en 1975, quelques mois avant sa mort… On espérait que la résonance des œuvres avec le bâtiment de la prison, laissé en l’état,  serait, comme annoncé, « forte et productrice de sens ».
L’imposante liste des artistes annoncés et les photographies de François Halard réalisées pour le catalogue laissaient entrevoir un des événements majeurs de la saison estivale…

À l’évidence,  Eric Mézil, directeur de la Collection Lambert et commissaire de La disparition des lucioles, réussit magistralement le pari complètement fou d’installer près de 280 œuvres dont une trentaine de créations dans 7000 m² de la prison Sainte Anne.

La présence du bâtiment est d’une force incroyable ! Les travaux, réalisés en un temps très bref, se sont limités à assurer une mise aux normes de l’électricité et à aménager des accès sécurisés et réglementaires pour le public. Pour le reste, les cellules, couloirs et cours de la prison sont restés dans l’état où ils étaient après le départ des derniers prisonniers, en 2003. La déambulation dans ce bâtiment ne peut laisser indifférent !

Eric Mézil - La disparition des lucioles_1
Eric Mézil, directeur de la Collection Lambert et commissaire de l’exposition La disparition des lucioles

Eric Mézil a su s’entourer de nombreuses compétences  (historiens, archivistes, journalistes, anciens prisonniers…) pour appréhender avec beaucoup de finesse cette prison, son histoire et son fonctionnement…
Il a ainsi réussi à exploiter avec intelligence et à-propos toutes les ressources que lui offrait le bâtiment, pour concevoir une exposition qui fera date. La disparition des lucioles marquera, sans aucun doute,  la saison estivale en Avignon.

Aux œuvres de la Collection Lambert, il a ajouté une remarquable sélection de pièces de la Collection Enea Righi. Ce dernier, véritable mécène de l’exposition,  a également offert le transport et l’assurance des oeuvres. À cet ensemble exceptionnel s’ajoutent des prêts de nombreux collectionneurs privés, d’institutions culturelles (musées, Fracs, archives, fondations), de galeries et d’artistes.

La liste des artistes exposés est impressionnante :
Adel Abdessemed • Francis Alÿs • William Anastasi • Kader Attia • Mirosław Bałka • Roger Ballen • Robert Barry • Yael Bartana • Massimo Bartolini • Jean-Michel Basquiat • Niel Beloufa • Joseph Beuys • Barbara Bloom • Alighiero Boetti • Christian Boltanski • Pierre Bonnard • Louise Bourgeois • Brassaï • Marcel Broodthaers • Tom Burr • Mircea Cantor • Frédéric-Auguste Cazals • Claire Fontaine • Guy de Cointet • François-Xavier Courrèges • Berlinde De Bruyckere • Jason Dodge • Trisha Donnelly • Gardar Eide Einarsson • Mounir Fatmi • Hans- Peter Feldmann • Spencer Finch • Mario Garcia Torres • Anna Gaskell • Kendell Geers • Jean Genet • Nan Goldin • Dominique Gonzalez Foerster • Douglas Gordon • Loris Gréaud • João Maria Gusmao et Pedro Paiva • Henrik Håkansson • Keith Haring • Mona Hatoum • Candida Höfer • Jenny Holzer • Roni Horn • Jonathan Horowitz • Joris Ivens • Joan Jonas • William E. Jones • Ilia Kabakov • On Kawara • Žilvinas Kempinas • Anselm Kiefer • Kimsooja • Július Koller • Jiri Kovanda • Barbara Kruger • David Lamelas • Bertrand Lavier • Zoe Leonard • Claude Lévêque • Glenn Ligon • Richard Long • Jill Magid • Anna Maria Maiolino • Christian Marclay • Gordon Matta-Clark • Allan McCollum • Adam McEwen • Ana Mendieta • Melvin Moti • Vik Muniz • Deimantas Narkevicius • Cady Noland • Roman Ondák • Roman Opalka • Jean-Michel Pancin • Philippe Parreno • Pier Paolo Pasolini • Yan Pei-Ming • Adam Pendleton • Mathieu Pernot • Walid Raad • Ugo Rondinone • Martha Rosler • Anri Sala • Markus Schinwald • Yann Sérandour • Richard Serra • Andres Serrano • Ross Sinclair • Kiki Smith • Nedko Solakov • Haim Steinbach • Jana Sterbak • Pascale Marthine Tayou • Alessandra Tesi • Miroslav Tichý • Wolfgang Tillmans • Niele Toroni • Cy Twombly • Xavier Veilhan • Paul Verlaine • Francesco Vezzoli • Franz Erhard Walther • Andy Warhol • Lawrence Weiner • Ai Weiwei • Rémy Zaugg • Chen Zhen.

Après de multiples réussites, dont les mémorables Papesses de l’an dernier, on ne peut que saluer un travail de commissariat trop rare qui sait donner toute leur place aux œuvres, favoriser  leurs dialogues, leur permettre de questionner l’espace, tout en laissant la place au visiteur pour qu’il puisse « faire couture », comme l’écrivait, si justement,  Michèle Moutashar, à propos de l’exposition Nuage, l’an dernier.

Il est difficile de rendre compte d’une exposition aussi dense en une seule chronique. Nous reviendrons donc dans de prochains billets plus en détail sur la scénographie et sur les différents moments qui organisent le parcours de visite.

À lire dans ce blog :
Des impressions de visite d’un premier chapitre de La disparition des lucioles : Le ciel est, par-dessus le toit, si bleu, si calme ! 

En savoir plus :
Sur le site de la Collection Lambert en Avignon
Sur la page Facebook de la Collection Lambert en Avignon

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