Street Art dans les collections au Carré Sainte Anne, L’œil et le cœur #2 à Montpellier

Dans un précédent billet, nous avons évoqué les collections de Jacques Arnaudiès et L.G. (Laurent Goumarre) présentées dans le cadre de l’exposition l’œil et le cœur #2 au Carré Sainte Anne.

Cette chronique s’intéresse aux  collections de deux jeunes amis montpelliérains, passionnés par le Street Art.  Tous les deux ont choisi d’utiliser des pseudonymes Fernand pour l’un et Tranber pour l’autre.

Collection Fernand

Avec ses 12 œuvres, la collection Fernand  est clairement la plus modeste en volume. Cependant, elle apparaît comme une des plus intéressantes par la qualité des pièces présentées,  mais aussi par la pertinence de l’accrochage et par le rapprochement des œuvres qui est proposé.  En outre, elle fait avec opportunité le lien entre les quatre ensembles exposés.

Les premières acquisitions de ce jeune collectionneur semblent avoir été  un ensemble de photographies remarquables qui montre un œil très aiguisé et un choix affirmé.

Samuel Fosso, Autoportrait,“African Spirits”, Miles Davis,   ©Samuel Fosso 2008
Samuel Fosso, Autoportrait,“African Spirits”, Miles Davis,
©Samuel Fosso 2008

De Samuel Fosso, le jeune juriste a choisi Miles Davis, une épreuve de la série African Spirits. Présentée pour la première lors des rencontres d’Arles 2008, cette série est la concrétisation d’un projet conçu par le photographe africain pendant  plusieurs années : réinterpréter en  14 autoportraits des icônes photographiques des grands leaders des indépendances africaines et  du mouvement des droits civiques aux États-unis. Fosso investit donc les identités de Mandela, Senghor, Césaire, Miles Davis, Martin Luther King, Seydou Keita, Angela Davis, N’Krumah, Lumumba, Tommie Smith, Haïlé Sélassié, Malcolm X et Muhammad Ali.
Fernand a choisi la réinterprétation par le photographe d’un portait de Miles Davis en boxeur au téléphone qui illustrait le deuxième CD du mythique coffret The Complete Jack Johnson Sessions, enregistré en 1970.

Miles Davis, The Complete Jack Johnson Sessions, 1970
Miles Davis, The Complete Jack Johnson Sessions, 1970

Dans ce portrait plus grand que nature, installé au milieu de la nef de Sainte Anne, légèrement décentré sur la gauche, le regard de Fosso accroche celui du visiteur de manière irrésistible. Toute la présentation de la collection semble avoir été construite à partir de cette image.
Au-dessus de cette photo, légèrement décalé sur la gauche, un des autoportraits le plus reproduit de Fosso, où il pose en slip, avec des gants pour faire la vaisselle (SM 14, 1976/2003).

Ce portrait dirige le regard vers What if…, un ensemble de six photos de Bushra Almutawakel. Dans cette œuvre, qui fait partie de Hijab Series, la photographe Yéménite joue avec  humour sur la question du voile et du genre.

Bushra Almutawakel, What if...
Bushra Almutawakel, What if…

Le Miles Davis en boxeur fait subtilement le lien avec la sculpture Drop Out de Mark Jenkins, une des œuvres qui interpelle le plus les visiteurs du Carré Sainte Anne. Il faut dire que l’américain est  sans aucun doute un des maîtres des interventions urbaines qui interloquent le public à travers le monde. Fernand a par ailleurs choisi une autre œuvre de Jenkins ( de la série Stroker Project) comme emblème de sa collection sur le mur d’entrée.

Mark Jenkins, Drop Out, 2012
Mark Jenkins, Drop Out, 2012

De part et d’autre du Miles de Samuel Fosso, deux toiles de Jonone, très proches par leur dynamisme et leur facture. Les jaunes et les orangés de Travels  s’accordent à la palette de Circulatory system du californien Augustine Kofie. À droite, Out Out fait graphiquement lien avec une composition métaphysique de Dozen Green (Midnight of the Corrosion of conformity) et avec une belle composition de Mist (Blue eye Debil).

Le mur en retour prolonge ce remarquable accrochage. Deux petits dessins de Doezn Green accompagnent une grande toile carrée du marocain Yaze, de sa série des « broderies ».

Yaze, Untitled, Collection Fernand.
Yaze, Untitled, Collection Fernand.

Collection Tranber

Cette collection est, a notre sens, la moins aboutie.  On perçoit une accumulation d’œuvres qui semble manquer de décantation. On a le sentiment qu’il s’agit de rassembler au moins une œuvre de chaque artiste présent sur la scène du Street Art…, même si certains sont présent plusieurs fois ( Space Invaders, Mist, Supakitch, Smash 137…).
L’accrochage, qui restitue probablement l’intérieur du collectionneur, est d’une telle densité qu’il  ne permet pas d’apprécier les œuvres  assemblées.
Les plus observateurs remarqueront  la présence d’une petite gouache sur papier de Claude Viallat.  Il est probable qu’avec le temps, ce jeune collectionneur saura faire preuve de plus de discernement.

Oeil et le Coeur 2 - Collection Tranber
Oeil et le Coeur 2 – Collection Tranber

Lire sur ce blog  : Collections et collectionneurs au Carré Sainte Anne

Du 24 janvier au 7 avril 2014
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 13h et de 14h à 18h
Commissariat : Numa Hambursin

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5 réflexions sur « Street Art dans les collections au Carré Sainte Anne, L’œil et le cœur #2 à Montpellier »

  1. Il faut dénoncer la stupidité des organisateurs de cette expo.
    Ils ont installé une barrière interdisant au public de pénétrer de plus d’un mètre dans la petite pièce où est accrochée la collection Tranber.
    De ce fait, il est absolument impossible de regarder vraiment ces petites oeuvres, que l’on n’aperçoit que de loin et en biais, exactement comme sur votre photo.
    Je peux imaginer que c’est par crainte qu’un visiteur indélicat décroche et emporte un objet. Mais un gardien planté à 3 mètres de là observe en permanence.
    Et il aurait été possible de disposer autrement le filin, de façon à tenir les visiteurs à distance des murs tout en les laissant pénétrer plus avant dans la pièce.
    Ou d’opter pour des alternatives : concevoir un espace assez grand pour y circuler ; fixer les oeuvres avec des équerres métalliques vissées, comme cela se voit par exemple au Pavillon populaire…

    1. Le choix du commissaire semble avoir été de proposer une évocation de l’intérieur du collectionneur. On peut imaginer que ce choix a été fait avec l’accord de ce dernier. Dans ces conditions, il était difficile de permettre aux visiteurs de pénétrer plus avant dans cette pièce. Vous pouvez bien entendu contester ce choix de présentation. Une proposition très proche avait aussi été fait pour présenter le « cabinet » de François Bebing, lors de la première édition de l’Oeil et le Cœur, il y a deux ans. Dans ce cycle d’exposition, l’Oeil et le Cœur, ce sont les collectionneurs et leurs collections qui sont sujets des présentations. Il n’est donc pas incohérent d’y évoquer la manière dont les collectionneurs accrochent les œuvres dans leur intérieur…

    2. Dans un premier temps, le soir du vernissage notamment, nous avions décidé de ne pas poser de fils de sécurité, ni pour le bureau de Tranber ni pour la sculpture de Jenkins. Mais les collectionneurs ont très vite été inquiets, non par crainte du vol mais par le fait que les visiteurs bousculaient les œuvres par inadvertance. Nous n’avions plus le choix, leur sécurité étant bien entendu un impératif. Évidemment cela rend plus difficile, même si pas impossible, le regard sur certains tableaux. Comme le dit très justement Jean-Luc Cougy, les expositions L’œil et le cœur sont avant tout une réflexion sur la figure du collectionneur.

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