Stan Douglas, Photographies 2008-2013, Carré d’Art, Nîmes

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Carré d’Art présente jusqu’au 26 janvier 2014, Photographies 2008-2013, de Stan Douglas.  C’est la première exposition importante en France consacrée au photographe canadien.

Trois grandes séries d’œuvres photographiques récentes, Crowds & Riots (2008), Midcentury Studio (2010-2011), Disco Angola (2009-2012), et quatre grands formats de nature documentaire occupent les six salles d’exposition temporaires.

Crowds & Riots (Salle 1)

La visite commence par cette série composée de quatre photographies de grandes dimensions. Stan Douglas y évoque des événements qui ont marqué l’histoire de Vancouver au cours du XXe siècle.

Abbott &Cordova, 7 Août 1971 évoque l’intervention de la police qui réprima avec violence une manifestation pacifiste pour la légalisation de la marijuana dans le quartier de Gastown, coeur historique de Vancouver. Ces événements sont restés  dans la mémoire de la ville comme « l’émeute de Gastown »  ou «la bataille de Maple Tree Square ».
Pour mettre en scène cette « image d’histoire », Douglas a recréé le décor de l’intersection Abbott  et Cordova  dans un parc de stationnement. Aucun détail n’a été laissé au hasard. Le placement des acteurs a été préparer par des rendus en 3D pour anticiper la photographie réelle. Trois jours de prise de vue ont été nécessaires. L’image finale est le résultat d’un montage numérique réalisé à l’aide de 50 photographies.
Montée sur des plaques de verre juxtaposées, l’image originale (15 x 9 mètres) a d’abord été présentée dans l’espace public, sur la façade du Woodward’s Building à Vancouver, sur le site de l’événement.

Ballantyine Pier, 18 June 1935 évoque un autre événement important dans l’histoire sociale et politique de Vancouver. Stan Douglas montre avec une grande force dynamique, dans une image panoramique  l’action des forces de l’ordre lors d’une bataille sur les quais de Ballantyne Pier, pendant les mouvements sociaux qui opposèrent  près d’un millier de débardeurs  en grève, contre la police de Vancouver.

Powell Street Grouds, 18 January 1912, met en scène un rassemblement pour la liberté d’expression des Wooblies, syndicalistes de l’IWW (lndustrial Workers of the World).

Hastings Park, 16 July 1955, la quatrième photographie de cette série semble assez éloignée des événements évoquées par les trois autres images.  On y voit une tribune de l’hippodrome,  dans un moment suspendu entre deux courses…  Les spectateurs ne sont plus captivés par ce qui se passent devant eux, mais sont en attente, certains discutent…
La composition très complexe rassemble plus de trente photographies.  Faut-il y voir le portrait d’une société mixte du point de vue de ses classes sociales et de ses origines ?

Dans cette série, le travail de Douglas montre de très nombreux points communs avec la peinture d’histoire, le grand genre de la peinture depuis La Renaissance jusqu’au XIXe siècle… Important travail de recherche documentaire, multiplication des dessins préparatoire et des études pour les figures, composition très élaborée…
Stan Douglas ne construit jamais ces compositions sur des images d’archives réelles.  Il s’agit de reconstructions théâtrales dans lesquelles il réanime l’histoire de Vancouver en empruntant la forme et les moyens du cinéma ( repérages, décors en studio, castings, accessoires, costumes, utilisation de logiciels 3D…). Chaque photographie est le résultat d’un important travail de montage numérique mobilisant plusieurs dizaines de prises de vue. L’industrie cinématographique est particulièrement liée à la ville, on y tourne en effet de nombreux films et séries américaines de télévision. Vancouver surnommée « Brollywood » ou « Hollywood North » est le troisième lieu de tournage d’Amérique du Nord .

Disco Angola  (Salle 2)

Cette série réalisée entre 2009 et 2012, Stan Douglas se place dans la situation d’un photojournalisme des années 1970. Il met en parallèle deux « reportages » : Le premier évoque l’émergence des boites discos de New York à l’époque du krach boursier de 1973, le second montre l’Angola des années 1974-1975 luttant pour son indépendance avant de sombrer dans la guerre civile.
Dans l’accrochage de cette salle, Douglas a souhaité mettre en correspondance  les photos de ces deux « pseudo-reportages ». Il établit des parallèles entre deux « utopies », d’un côté le rêve d’une société multiculturelle, d’une libération sexuelle et comportementale, l’émancipation des homosexuels, des Noirs et des femmes… de l’autre l’espoir d’une libération du joug de la colonisation. Ces deux moments d’espoir s’achèveront l’un avec l’apparition du SIDA et les années Reagan, l’autre avec l’enlisement dans la guerre civile.

Certaines associations proposées par Douglas sont particulièrement évidentes, d’autres sont plus énigmatiques et exigent du visiteur l’effort d’entrer dans les images…

Dans cette série, Stan Douglas utilise des modes opératoires similaires à ceux qui sont employés dans Crowds & Riots. S’il nous permet un regard critique sur l’histoire, il nous interroge aussi sur l’objectivité du photojournalisme et la fabrication des images. Cette série, plus que la précédente, questionne sur le passage de la photographie de presse dans  le champ de l’art.

La salle suivante présente quatre grandes photographies documentaires. Pour cette série commencée en 2010 et toujours en cours, plusieurs tirages ont été réalisés spécifiquement  pour l’exposition à Carré d’Art. À l’inverse des séries précédentes, ces photographies ne sont plus des images construites, mais des prises de vues réelles réalisées dans un atelier, une arrière-boutique et deux magasins dont une épicerie italienne, un des plus anciens commerces de Vancouver. Il n’y a pas de présence humaine, mais ces photographies sont particulièrement habitées.  L’amoncellement d’objets apparaît comme une sédimentation des années qui passent… Avec un peu de temps, on découvre aussi, parmi ces « merveilles », des messages souvent pleins d’humour.

Midcentury Studio (Salles 4 à 6)

Cette série, réalisée en 2010-2011, rassemble près de 40 photographies en noir et blanc qui évoquent le climat particulier de l’Amérique après-guerre, entre 1945 et 1951. Comme dans Disco Angola, Stan Douglas se place dans la situation d’un photo-reporter d’une époque révolue.  C’est, dans les archives du studio de Raymond Munro, conservée à bibliothèque de Vancouver, qu’il a trouvé les sujets et les modes d’expression de cette série. Photojournaliste, Munro travaillait à la manière de Weegee, Douglas propose plusieurs images dans cette veine, reproduisant les codes photographiques caractéristiques du reportage de cette époque (cadrage, vue en plongée, flash violent…)
Les sujets habituels de la presse magazine de l’époque sont présents (mode, reportage, sport, fait divers…).
On retiendra particulièrement Malabar People, 1951, une étonnante galerie de portraits du personnel d’une boite de nuit de Vancouver dans les années 50…

Les prises de vue ont été réalisées en studio, sans montage numérique à l’exception de deux grands formats. Comme le souligne Jean-Marc Prévost, Directeur de Carré d’Art et commissaire de l’exposition, le montage est ici dans les salles. En fonction du lieu, Stan Douglas a défini avec soin l’association des images et leur accrochage sur les cimaises de ces trois salles.

La découverte du travail de Stan Douglas mérite sans aucun doute le déplacement à Nîmes. La richesse de l’exposition, sa cohérence et son accrochage permettent de comprendre la démarche de cet artiste sensible aux réalités sociales, économiques et politiques. Ses références aux événements historiques, son utilisation des archives, le soin porté à la construction de ses images font de Douglas un photographe d’histoire dans une veine proche de celle du peintre d’histoire au XVIIe ou au XVIIIe siècle. Son travail nous interroge aussi sur la fabrication des images et, donc l’objectivité du photojournalisme.

Jean-Marc-Prévost
Jean-Marc Prévost

L’exposition est coproduite avec le Haus der Kunst de Münich (été 2014), le Museu Berardo de Lisbonne (fin 2014), The National Gallery of Ireland (2015), le Wiels de Bruxelles (2015).
Elle est présentée en partenariat avec le Centre Culturel Canadien à Paris qui propose, du 26 septembre 2013 au 17 janvier 2014, Stan Douglas, Abandon et Splendeur .
Commissariat de l’exposition : Jean-Marc Prévost, Directeur de Carré d’Art – Musée d’art contemporain, Nîmes.

Stan Douglas est né en 1960 à Vancouver où il vit et travaille. Il fait partie du mouvement appelé École de Vancouver (lan Wallace, Jeff Wall, Rodney Graham, Ken Luni, Roy Arden…)
Ses œuvres ont été présenté dans de nombreuses expositions individuelles et collectives. Il a été présent à trois biennales de Venise (1990, 2001, 2005) et trois Documenta (1992, 1997, 2002).
Il est représenté par les galeries Victoria Miro à Londres et David Zwirner à Londres et New York.
Ses œuvres sont présentes en autres dans les collections du Centre Georges Pompidou à Paris, du MoMA et du Guggenheim de New York, du  Museum of Contemporary Art  de Chicago, de la Tate Gallery de Londres, de la Vancouver Art Gallery.

 

En savoir plus :
Sur le site de Carréd’Art
Sur la page Facebook de Carré d’Art
Sur le Scoop-It realisé par le centre de documentation du musée
Sur le site du Centre Culturel Canadien à Paris

Stan Douglas sur le site de la galerie David Zwirner
Disco Angola sur le site de la galerie David Zwirner et sur le site Photo of teh Day. Photo de la série sur site de la galerie David Zwirner
Midcentury Studio sur site de la galerie David Zwirner.  Photos de la série sur le même site. Interview de Stan Douglas à propos de cette série sur le Blog de David Blazer
Stan Douglas sur le site de la galerie Victoria Miro
Midcentury Studio sur le site de la galerie Victoria Miro
Stan Douglas sur Wikipédia

2 réflexions sur « Stan Douglas, Photographies 2008-2013, Carré d’Art, Nîmes »

  1. J’adore, et particulièrement sa série en noir et blanc. C’est fin, c’est précis, et l’éclairage est parfaitement maîtrisé. Le genre de photos qu’on ne se lasse jamais d’admirer.

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