Réaccrochage de la salle Fournier au musée Fabre, Montpellier

C’est avec de plaisir que l’on retrouve la salle Fournier (salle 48) dans le parcours Art Moderne du musée, à la suite des salles Soulages. On y (re)découvre un ensemble remarquable d’œuvres représentatives de l’engagement du galeriste Jean Fournier.

Musée Fabre -Salle Fournier. Crédit photo Montpellier Agglomération

En 2007, l’exposition inaugurale du musée Fabre La couleur toujours recommencée avait rendu  hommage à Jean Fournier qui, de 1954 à 2006, a défendu avec force la peinture face à l’émergence de nouveaux médias  et de nouvelles formes artistiques. Marchand d’art et collectionneur, il  a collaboré avec le musée Fabre pendant près d’une décennie, avant sa mort en 2006.

La succession des importantes expositions temporaires organisée par le musée depuis la rétrospective Courbet en 2008, avait mobilisé ces espaces au premier étage. En conséquence, un choix réduit de ces œuvres était présenté dans l’atrium au rez-de-chaussée.

Les travaux entrepris ces derniers mois ont permis l’installation de deux cimaises mobiles qui séparent cette salle en trois espaces. Les fenêtres, sur la cour Bourdon, occultées pour les expositions temporaires offrent  à nouveau un éclairage naturel, proche de celui que l’on apprécie dans les salles Soulages.

Jean Degottex, Judit Reigl, Marcelle Loubchansky et Simon Hantaï

Le premier espace de cette salle évoque les activités de Fournier dans les années 50 à la Galerie Kleber. Il expose une très belle sélection de tableaux de Jean Degottex (le Feu noir (II),1956), Judit Reigl (Sans titre, 1954-55), Marcelle Loubchansky (Jack l’éventreur, 1956) et surtout deux grand formats de Simon Hantaï avec lequel Fournier a entretenu une longue collaboration. Ces deux œuvres (Sans titre, 1955 et Sans titre,1958) appartiennent à sa période « gestuelle », une fois la rupture avec Breton et le surréalisme consommée. Simon Hantaï commence par peindre l’ensemble de sa toile avec des couleurs vives, puis il la recouvre d’une couche sombre qu’il racle ensuite avec divers outils (rasoir,entour de réveille-matin aplati, etc.), faisant alors réapparaître la couleur.

Simon Hantaï et Claude Viallat

L’espace suivant présente trois œuvres importantes de Simon Hantaï. Elles permettent de suivre l’évolution de son travail dans sa pratique du pliage comme méthode (titre d’une exposition à la Galerie, en 1971).
MM III, 1964 appartient à la série des Panses qui succède aux Mariales (1960-62) et aux Catamurons (1963-64) . Dans cette série, la toile nouée aux quatre angles est peinte et pliée plusieurs fois, puis tendue. Les formes ainsi obtenues flottent dans un espace non peint.
Après les Meuns(1967-68), Hantaï entreprend la série des Blancs(1972-74)dont le musée présente une très belle toile de 1974. Le peintre décrit ainsi l’objectif recherché dans cette série : « Le pliage est conçu de telle sorte que les zones colorées restreintes activent le blanc et en révèlent la multiplicité des valeurs. Ce sont les éclats colorés qui tiennent le rôle habituellement dévolu aux parties non peintes ».
Le troisième tableau, Laissée, 1981-1989,fait partie des œuvres produites avant que le peintre décide de se retirer du monde de l’art. Il entame alors un travail de destruction / reconstruction. Les Laissées sont  réalisées à partir de Tabulas (1972-76). Hantaï découpe ses anciennes toiles pour mettre l’accent sur telle ou telle partie d’une œuvre antérieure.

De cette période où la galerie passe de la rue du Bac (1963-1979) à la rue Quincampoix (1979-1998), l’accrochage retient  deux œuvres de Claude Viallat que Fournier soutient dès ses débuts. On retrouve le motif du haricot dès 1966, dans une huile sur toile montée classiquement sur châssis (Sans titre, 1966) et sur une grande bâche verticale de 1970 (Sans titre, 1970).

Shirley Jaffe, James Bishop, Bernard Piffaretti et Antonio Semeraro

Le dernier espace de la salle Fournier présente des œuvres de peintres américains soutenus par la galerie (Shirley Jaffe, The Juke-Box, 1976 et James Bishop, Sans titre, 1973). La troisième génération d’artistes défendus par la galerie est représentée par Bernard Piffaretti, Sans titre,1998 et Antonio Semeraro, Sans titre, 1993.

La réouverture de cette salle s’accompagne d’un nouvel accrochage, dans les galeries contemporaines (salles 49 à 52), d’œuvres produites par des artistes qui ont participé au mouvement Support(s) / Surfaces(s). Lire article à ce sujet ici.

En savoir plus :
Sur le site du musée Fabre
Télécharger la fiche de salle
Sur le site de la Galerie Fournier