The Butcher – Atelier Van Lieshout à la Friche de la Belle de Mai, Marseille

Blast Furnace - 1_1

The Butcher présenté par le Cartel à la Friche jusqu’en décembre 2013 est l’exposition principale proposée par Atelier Van Lieshout autour de laquelle s’organise l’importante programmation d’expositions et d’événements regroupés sous le titre générique New Orders.

Crée en 1995 par Joep Van Lieshout, l’Atelier Van Lieshout (AVL) est installé dans les docks de Rotterdam. Entreprise collégiale, elle regroupe une vingtaine de personnes : architectes, artistes, ouvriers qualifiés dans le travail de matériaux divers. Une perception d’un monde en pleine mutation où se mêlent provocation, humour, ironie et un certain cynisme marquent les productions d’AVL.

Les projets aux frontières entre l’architecture, le design et l’art contemporain se sont fréquemment développés sous la forme de saga (AVL Ville, The Technocrat, Slave City, Cradle to Cradle).
Ces utopies urbaines, sociales et économiques basculent le plus souvent dans la dystopie, mondes qui marient les horreurs du passé à celles d’un avenir aseptisé et écologique. Ce dialogue utopie/dystopie est bien entendu à mettre en comparaison avec nos propres modèles d’organisation sociale.

The Butcher est le premier volet d’une trilogie conçue comme une œuvre d’art total, The New Tribal Labyrinth.
L’exposition se compose de deux parties distinctes.  Slave City occupe le plateau du quatrième étage de la tour. The Blast Furnace, expression d’un environnement industriel du New Tribal Labyrinth est installé dans le Panorama.

Slave City au quatrième étage de la Tour

Ce volet de l’exposition est une « rétrospective » d’un chapitre de la production d’AVL qui s’est construit entre 2005 et 2008. Ce projet est à l’opposé d’AVL Ville conçu comme une expérience à vivre, un petit état indépendant, une zone de non-droit  qui émettait sa propre monnaie et distillait de l’alcool et qui se termina par l’intervention musclée de l’État. Slave City hérite de The Technocrat ,projet d’une rationalisation effrayante, où l’auto-suffisance avait pour objectif de maintenir le « bourgeois» dans un état heureux.

Salve City vit en autarcie grâce au travail de 200 000 habitants qui travaillent 14 heures par jour, dans un centre d’appels  le matin, dans les ateliers ou dans les champs l’après midi. L’objectif est d’atteindre un chiffre d’affaires de 7,8 milliards d’euros par an.
Ces 100 000 femmes et  100 000 hommes ont été sélectionnés  dans le Welcoming Center.  Ils disposent d’un centre médical, d’une université non mixte, d’un musée. Dans un bordel en forme de spermatozoïde ou d’utérus, ils peuvent s’adonner aux joies du sexe pendant les trois heures prévues après les sept heures de sommeil obligatoires…
L’alimentation est bio, la cité est autosuffisante en énergie, tout est recyclé y compris les humains déficients. Dans Slave City, l’humain a le statut de matière première, ses organes peuvent être réutilisés pour réparer d’autres individus, le reste permet de produire du biogaz. Le cannibalisme est intégré au fonctionnement de Slave City où naturellement le boucher (The Butcher) est un personnage majeur…

Dans l’exposition, le projet Salve City est présenté sous la forme de très nombreux dessins et des maquettes de dimensions et de matériaux très divers. Anthropomorphisme et hybridation marquent de nombreux modules qui prennent souvent la forme d’organes humains… Certaines pièces à échelle 1, dans lesquelles il est possible de pénétrer, nous font clairement enter dans cette dystopie où les allusions aux camps d’extermination de la Seconde Guerre mondiale sont évidentes.

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The Blast Furnace dans le Panorama

The New Tribal Labyrinth est un nouveau projet d’AVL qui se construit sur trois piliers : l’agriculture, l’industrie et le rituel.
Le Panorama présente The Blast Furnace, un environnement industriel difficile à définir. Des hauts fourneaux de près de 10 mètres de hauteur sont reliés par des circulations, des mezzanines et tuyauteries diverses en acier brut. Pour qui a connu ou fantasmé, les sites sidérurgiques aujourd’hui en voie de disparition, cette installation est une sorte d’espace fictionnel dans lequel on peut projeter à la fois d’angoissantes menaces, pleines de fracas, de poussières, de métal en fusion, mais aussi un abri plein de chaleur et peut-être de solidarité…

The Butcher est aussi une mise en pratique de rituels. Le Panorama accueillera le 15 septembre un dîner spectaculaire. À l’aide de deux batteries de cuisines militaires, autonomes en énergie et en eau, secondé par un boucher, Joep Van Lieshout « proposera un repas autour et à partir d’une vache, à la fois animal du grand sacrifice autant que matière première. Le principe consiste à rejouer ce qui a été souvent performé par l’artiste à l’occasion de ses vernissages, une convivialité gustative autour des œuvres, mais ici il s’agit de le traiter par la réactivation de rituels ancestraux, et de faire basculer ce temps de rencontres et d’échanges du côté de la survivance, de la nécessité, de la consommation sans gaspillage […] un nouveau monde où les nations sont gommées au profit d’une réorganisation de la société en tribus imaginaires » (citation extraite du dossier de presse).

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Il est impossible de rester indifférent au propos de cette exposition qui nous renvoie sans détours à nos organisations sociales et interroge avec un certain cynisme nos utopies sociales si tant est qu’elles existent encore…

C’est avec un très grand plaisir que l’on a de retrouver Marseille et son « bordel » ambiant à la sortie de cet « enfer »pour le moins perturbant… mais qu’il faut aller voir.

Signalons le projet « jeunes médiateurs » que l’on avait déjà apprécié pour Ici, maintenant et La dernière vague. Pour The Butcher, ce sont les élèves de Seconde option Art Visuels et Option TDM (Technicien de la musique et de la danse) du Lycée Thiers de Marseille qui proposent un livret d’accompagnement disponible à l’entrée de l’exposition, des débats audio à télécharger sur le site de Sextant &+, des créations sonores réalisées en partenariat avec le GMEM et des visites guidées par les lycéens.

Cette exposition est soutenue par Oh! Pays-Bas. Oh! Pays-Bas est une initiative de l’Ambassade des Pays-Bas à Paris qui a pour objectif de promouvoir (via un soutien financier mais aussi et surtout en visibilité au travers d’un site internet www.ohpaysbas.com) l’ensemble de la création néerlandaise à Marseille-Provence 2013.

En savoir plus :
Sur le site du Cartel
Sur la page Facebook du Cartel
Sur le site de Sextant &+ (The Butcher)
Sur le site de Sextant &+ (jeunes médiateurs )
Sur le site de la Friche de la Belle de Mai
Sur le site d’ Atelier Van Lieshout
Atelier Van Lieshout sur le site de la Grimm Gallery

Véronique Collard-Bovy, directice de Sextant &+ et présidente du Cartel au Talk culture de Marsactu (11 juillet 2013).

Joep van Lieshout présente The New Tribal Labyrinth lors d’un Talk de SALT à Istambul, le 6 avril 2012 (en anglais)

Conférence Joep Van Lieshout, 6 juillet 2013 – Friche belle de mai, Marseille

2 réflexions sur « The Butcher – Atelier Van Lieshout à la Friche de la Belle de Mai, Marseille »

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