Le Grand Atelier du Midi « de Van Gogh à Bonnard », au palais Longchamp à Marseille

L’exposition présentée au palais Longchamp à Marseille trouve son point de départ dans les tableaux de Van Gogh peints à Arles à la fin des années 1880. Le titre même de « Grand Atelier du Midi » se retrouve dans la correspondance du peintre lorsqu’il rêve d’une communauté artistique sous le flamboiement de la lumière et de la couleur. Tous les peintres désireux de s’exprimer par la couleur se sont référés à lui et précipités vers la Méditerranée.
Avec l’installation de Renoir à Cagnes, les séjours de Matisse à Collioure, la présence de Cézanne à Aix, le Midi devient un grand atelier à ciel ouvert. L’impressionnisme de Monet sur la Côte, le post impressionnisme de Signac, Cross, le fauvisme de Matisse, Braque, Derain ou Dufy jusqu’à Bonnard au Cannet, tous se nourrissent d’une fascination pour la lumière et la couleur.

L’exposition marseillaise présente 101 œuvres dont 2 sculptures. Le parcours s’articule en 12 sections.

Van Gogh et Gauguin à Arles : « Deux fous en guerre continuelle pour la belle couleur »

En 1888, Van Gogh quitte Paris pour le Midi et Marseille. Il s’arrête à Arles et loue la « maison jaune ». Il y rêve d’un « atelier du Midi », communauté d’artistes ouverte à tous. Gauguin est le seul à répondre à son invitation. Leur cohabitation sera courte et intense, mais les dissensions apparaissent rapidement. Leur collaboration s’achève tragiquement par le célèbre épisode de l’oreille coupée, qui met un terme au rêve de l’atelier du Midi.
Quatre toiles de Vincent (La Chambre, La Méridienne, Champ de blé vue sur Arles et L’Arlésienne, Madame Ginoux) sont rapprochées des Alyscamps de Paul Gauguin.

En hommage à Van Gogh sont exposés une Étude de paysage d’après Van Gogh de Francis Bacon et La haute note jaune de Claude Viallat.

Cézanne à l’Estaque

Les séjours de Cézanne à l’Estaque sont évoqués par un des tableaux les plus emblématiques de cette période, Le Golfe de Marseille vu de l’Estaque du legs Caillebotte, conservé à Orsay. C’est à l’Estaque que Cézanne s’éloigne de l’impressionnisme et qu’il expérimente une manière plus libre de travailler la matière, d’intensifier les couleurs et de simplifier les volumes.

Paul Cézanne, Le Golfe de Marseille vu de l'Estaque, 1878-1879. Huile sur toile, 58 x 72 cm Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Thierry Le Mage
Paul Cézanne, Le Golfe de Marseille vu de l’Estaque, 1878-1879.
Huile sur toile, 58 x 72 cm. Paris, musée d’Orsay.
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Thierry Le Mage

Monet et Renoir dans le Midi

Fin 1883, Monet accompagne Renoir dans un voyage d’étude sur le littoral méditerranéen qui les conduit de Marseille à Gênes.

Ce séjour décide Renoir à revenir dans le Midi avant de s’installer définitivement à Cagnes.
Deux œuvres de Renoir évoquent ce premier voyage en 1883 : Paysage méditerranéen prêté par la Neue Pinakothek de Munich et Paysage près de Menton du Museum of Fine Arts de Boston.

Monet, convaincu qu’il n’appréciera pas le Midi, est finalement ébloui. Il revient seul pour un séjour de trois mois à Bordighera, en 1884. Il ignore la mer pour se concentrer sur la végétation luxuriante et les palmiers qui le fascine. L’exposition présente trois tableaux réalisés lors de séjour : Vue de Bordighera, Palmiers à Bordighera et Vue de Vintimille.
En 1888 à Antibes, il peint des vues lointaines de la ville et de la baie où la mer prédomine (Cap d’Antibes : coup de Mistral, Sous les pins).

Renoir. Le paradis des Collettes

Après plusieurs séjours sur le littoral, Renoir s’installe à Cagnes en 1903. Il achète en 1907 le domaine des Collettes dont le jardin et la ferme deviennent une source d’inspiration intarissable.
Aux Collettes, Renoir reçoit les peintres de la jeune génération, Maurice Denis, Valtat, Bonnard et Matisse.
Cinq toiles réalisées aux Colettes et à Cagnes, entre 1903 et 1915, sont exposées dans cette salle.

Signac. L’atelier de Saint-Tropez

Invité par Cross, Signac arrive à Saint-Tropez, accessible uniquement par la mer, en 1892 à bord de son bateau, avec son ami Van Rysselberghe. Les trois artistes forment un petit foyer néo-impressionniste dans le Sud.
Paul Signac, personnage charismatique, réalise le rêve de Van Gogh. Il fait de Saint-Tropez et de sa maison, achetée en 1897, un lieu de rencontres pour de nombreux peintres comme Henri Matisse, Louis Valtat, Henri Manguin, Charles Camoin, Albert Marquet, Maurice Denis, Ker Xavier Roussel. Certains d’entre eux adopteront temporairement la technique néo-impressionniste de division de la touche avant de s’en éloigner et de développer leur propre expression artistique.

Cette section expose deux œuvres de Signac (Femmes au puits et Le Port de Marseille), deux toiles de Louis Valtat (La Famille Bompard sur les rochers à Agay au soleil, Les Roches rouges à Anthéor) et un paysage de Théo van Rysselberghe. Quatre tableaux d’Henri-Edmond Cross complète cet accochage (Le Retour du pêcheur (Le Pêcheur provençal), Cyprès à Cagnes, Côte provençale. Le Four des Maures, La Barque bleue)
Saint-Tropez sera aussi une brève étape pour Francis Picabia, venu sur les pas de Signac. St Tropez, effet de soleil de 1909 évoque ce séjour.

Paul Signac,  Femmes au puits, 1892. huile sur toile, 194,5 x 130 cm Paris, musée d'Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Paul Signac, Femmes au puits, 1892.
huile sur toile, 194,5 x 130 cm. Paris, musée d’Orsay.
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé
Lewandowski

Le Roussillon et Collioure

A l’exception de Signac et Valtat, peu d’artistes sont venus dans la région avant 1905. Aristide Maillol (Paysage des Pyrénées Orientales, Mas Trullet à Banyuls, Dans les Pyrénées Orientales et Profil de jeune fille ) et Achille Laugé (Le Relais) ont évoqué leur terre natale dans des paysages brûlés par le soleil.

A l’été 1905, Matisse se rend à Collioure. Il essaie d’y attirer Camoin, Marquet et Manguin restés à Saint-Tropez. Seul Derain le rejoint. L’influence des principes divisionnistes de Signac marquent les premières œuvres qu’il y réalisent. Mais très vite, Matisse et Derain en bousculent les principes et donnent une place prépondérante à la couleur qu’ils utilisent pure en aplats. Influencés par l’oeuvre de Gauguin découverte chez Maillol à Banyuls, ils ouvrent une nouvelle étape dans la libération de la couleur et donne naissance au fauvisme. Ce séjour à Collioure en 1905 est évoqué par trois œuvre d’ André Derain : Montagnes à Collioure, Le Port de Collioure et Le Faubourg de Collioure.

Le paysage fauve. L’Estaque, La Ciotat, Cassis

Derain est à L’Estaque en 1906. Braque le rejoint et prolonge son séjour et se rend à la Ciotat en 1907. Dufy et Friesz, originaire du Havre comme Braque, suivent le même chemin. Ils produisent de nombreux paysages fauves, mais leur palette est plus douce. Un peu plus tard, l’aventure du fauvisme se terminera pour eux. Construction et forme s’imposeront dans leur travail.
L’exposition présente un paysage de Derain peint, en 1905, près d’Agay.
Le travail de Dufy est représenté par quatre toiles peintes entre 1904 et 1908 (Le Marché aux poissons à Marseille, Paysage de Provence, La Tuilerie de Saint-Henri, La Terrasse à l’Estaque) et un Atelier à Vence avec nu plus tardif (1945).
Emile-Othon Friesz aimait particulièrement les motifs qu’il trouvait à la Ciotat et à Cassis qui sont représentés ici par trois paysages (Paysage de La Ciotat, Le Bec de l’Aigle à La Ciotat, Cassis). Ils sont complétés par Femme à la chaise longue de la même période et Femme dans un jardin de 1923. Cette sélection est complétée par Au Trayas de Georges Ribemont-Dessaignes, Les Oliviers à Cavalière d’Henri-Charles Manguin et La Pointe de la Baumette d’Armand Guillaumin.

Raoul Dufy,  Paysage de Provence, 1905. Huile sur toile, 65 x 81 cm Paris, musée d'art moderne de la Ville de Paris © RMN-Grand Palais / Agence Bulloz © Adagp, Paris 2013
Raoul Dufy, Paysage de Provence, 1905.
Huile sur toile, 65 x 81 cm. Paris, musée d’art moderne de la Ville de Paris
© RMN-Grand Palais / Agence Bulloz. © Adagp, Paris 2013

Une amitié : Manguin, Camoin et Marquet

C’est dans l’atelier parisien de Gustave Moreau que se noue une solide amitié entre Henri Matisse, Charles Camoin, Henri Manguin et Albert Marquet. Ils sont influencés par les œuvres de Van Gogh, Gauguin et Cézanne. Camoin côtoie Cézanne jusqu’à sa mort. Leur rencontre avec Signac est également déterminante. Il les invite à Saint-Tropez en 1904 où ils découvrent la lumière du Midi. Matisse part à Collioure, alors que Manguin reste à Saint-Tropez. Marquet et Camoin travaillent ensemble et se déplacent sur la côte. Rapidement l’intensité de la lumière et la violence des couleurs s’apaisent dans leur travail où la vie devient plus sereine.
Trois tableaux d’Henri-Charles Manguin (La Baigneuse, Deux figures sur la plage de l’Oustalet, Le Fond du golfe de Saint-Tropez, vu de l’Oustalet) et de Charles Camoin (Village au bord de la mer, Terrasse à Saint-Tropez, Le voilier dans la baie des Canoubiers) accompagnent quatre toiles d’ Albert Marquet (Port de Saint-Tropez, Le Port de Marseille, Le Vieux-Port à Marseille, La Terrasse de Saint Raphaël).

Matisse « Tailleur de lumière »

Cette section montre le travail de Matisse depuis son voyage en Corse au printemps 1898 (Paysage corse), jusqu’aux papiers découpés des années 50 (Baigneuse dans les roseaux).
Au Nu assis / Nu rose de 1909 succède ainsi deux toiles de 1922 (Intérieur à Nice, la sieste et Femme assise, le dos tourné vers la fenêtre ouverte) et un tableaux de 1946, peint à Vence (Intérieur jaune et bleu ).

Bonnard en plein jaune

Bonnard découvre le Midi, en 1904 et y fait de nombreux séjours (Marine, 1910, Paysage du Midi et deux enfants, 1916-1918 et Vue du Cannet, 1920).
En 1926 il achète la villa Le Bosquet au Cannet et s’y installe. Il y trouve de nombreux motifs. Inlassablement,il réinterprète ce paysage où la couleur et la matière envahissent la toile, noient les contours… Trois toiles en témoignent ici : Le Cannet vers 1930, La Terrasse ensoleillée et Baigneurs à la fin du jour.

Pierre Bonnard, La Terrasse ensoleillée, 1939-1946. Huile sur toile, 72 x 236 cm Collection particulière © Adagp, Paris 2013
Pierre Bonnard, La Terrasse ensoleillée, 1939-1946.
Huile sur toile, 72 x 236 cm. Collection particulière. © Adagp, Paris 2013

Soutine, Vallotton. Un autre Midi

Des séjours de Félix Vallotton dans le midi, l’exposition présente Femmes portant des corbeilles à Marseille peint en 1901 lors de son premier voyage et Les Alyscamps, soleil matin. Arles peint au retour d’un voyage à Gagnes pendant l’hiver 1920.

Soutine découvre le Midi en 1918 grâce à Modigliani qui l’avait invité à Vence et à Cagnes où il revient souvent jusqu’en 1925. Deux paysages de cette période sont présentés ici : Rue de Cagnes-sur-Mer et Paysage de Cagnes.
À Vence en 1929, il peint plusieurs versions du frêne de la place du village, dont Place du Village, Vence .

L’Arcadie retrouvée

Le voyage dans le Midi, c’est aussi de la poursuite d’un rêve hédoniste, un pays privilégié, aux paysages épargnés par la modernité, une Arcadie rêvée…

L’exposition se clôt par une douzaine de toiles qui évoquent cette Arcadie. On y retrouve Aristide Maillol, Théo van Rysselberghe, Jean Francis Auburtin, Louis Valtat, Ker Xavier Roussel, Emile-Othon Friesz, Pierre-Auguste Renoir, Richard Guino et Pablo Picasso.

Pablo Picasso, Barques de naïades et faune blessé, 31 décembre 1937. Huile et fusain sur toile, 46x55 cm Collection Particulière © Photo Maurine Aeschimann, Genève © succession Picasso 2013
Pablo Picasso, Barques de naïades et faune blessé, 31 décembre 1937.
Huile et fusain sur toile, 46×55 cm. Collection Particulière
© Photo Maurine Aeschimann, Genève. © succession Picasso 2013

Le commissariat est assuré par Marie-Paule Vial, directrice du musée de l’Orangerie à Paris,précédemment directrice des musées de Marseille

La scénographie est signée par Pierre Berthier et Jean Paul Camargo (Saluces Design) et Loretta Gaïtis, architecte, scénographe. Des éléments de ce travail sont visibles sur le site de Saluces Design.

Le catalogue Le Grand Atelier du Midi est édité par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais.
Pour le volet marseillais, il comprend des articles de Marie-Paule Vial, directrice du musée national de l’Orangerie, Paris (De la couleur avant toute chose ), Claudine Grammont, historienne de l’art (Lux(e) ) et Richard Thomson Watson Gordon professor of Fine Art, Université d’Edimbourg (« Un jardin incomparable » Pays et modernité dans les images du Midi méditerranéen, 1880-1905).

A lire sur ce blog :
de Cézanne à Matisse au musée Granet
de Van Gogh à Bonnard au Palais Longchamp

Les expositions associées au Grand Atelier du Midi :
Picasso céramiste et la méditerranée
Aubagne, chapelle des Pénitents Noirs. Du 27 avril au 13 octobre.
Dufy, de Martigues À L’estaque
Martigues, musée Ziem. Du 13 juin au 13 octobre

En pratique :
du 13 Juin 2013 au 13 Octobre 2013
Musée Granet – Aix-en-Provence
Musée des beaux-arts de Marseille – Palais Longchamp
Réservations (probablement indispensable) sur le site Marseille-Provence 2013

En savoir plus :
Sur le site de l’exposition
Sur le site de Marseille-Provence 2013

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6 réflexions sur « Le Grand Atelier du Midi « de Van Gogh à Bonnard », au palais Longchamp à Marseille »

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