L’Atelier de l’œuvre, dessins italiens du musée Fabre de Montpellier

Avec plus de 4 500 œuvres, le cabinet des Arts graphiques du musée Fabre possède un des fonds les plus riches parmi les musées français.
Depuis 2010, un important travail de recherche et de restauration de ce fonds a été entrepris.  Cette étude a débuté avec les dessins français du XVIIe siècle. La publication du  catalogue et la présentation de l’exposition Le Trait en majesté en ont été l’expression au premier trimestre de 2011.
Aujourd’hui, le musée Fabre présente le travail effectué sur son fonds de dessins italiens du XVIe  au XVIIIe  siècle avec  l’exposition L’Atelier  de l’œuvre, dessins  italiens de Raphaël à Tiepolo.

Cette exposition est proposée jusqu’au  12 mai 2013, dans les salles d’exposition temporaire du musée.

Presque 150 œuvres présentent  les différentes grandes écoles de dessin italien, mais aussi leurs différents usages du dessin dans le développement créatif des artistes. 25 prêts complètent avec beaucoup de pertinence les 117 feuilles issues du fonds du cabinet d’Arts graphiques du musée Fabre. Parmi les 16 prêteurs, on compte le musée du Louvre à Paris, le British Museum  et le Victoria and Albert Museum de Londres, la  Galleria  degli  Uffizi  de  Florence, le musée du Prado de Madrid ou  le Metropolitan Museum of Art de New York.

Le propos de cette exposition est de montrer le rôle essentiel du dessin dans la production de l’œuvre finale d’un artiste. Le caractère d’œuvre d’art attribué au dessin par les collectionneurs et les institutions, sans être nié,  est mis au second plan par rapport à son rôle d’outil, en tant que dessein, dans le processus de création.

L’exposition se développe en cinq sections de l’esquisse à la copie. À chaque étape, les œuvres sont présentées par école et par ordre chronologique et un « dispositif d’étude » propose plusieurs dessins préparatoires à une même œuvre avec pour objectif d’exposer méthodes de travail et recherches spécifiques d’un artiste.

Section 1 : L’Esquisse

Parmi dessins de cette section, on trouve des ébauches qui témoignent de premières réflexions d’un artiste (La Flagellation du Christ, de Giandomenico  Tiepolo), de ses études de composition (L’Adoration des bergers de Pietro da Cortona), mais aussi de certaines  études de détails (Groupe de figures de Lanfranco).

On apprécie, entre autres, de très intéressantes feuilles de Campagnola, Casolani, Palma il Giovani, Ciro Ferri,  Giovanni Domenico Ferreti ou du Guerchin.

Le dispositif d’étude rassemble autour du tableau de Giandomenico  Tiepolo, La Flagellation du Christ, conservé au musée du Prado, quatre dessins sur le même sujet. Deux appartiennent au fonds du musée, les deux autres ont été prêtés par les musées de Besançon et Stuttgart. Le rapprochement des ces études montre qu’il ne s’agit pas ici de dessins « strictement » préparatoires, mais plutôt de recherches de composition sur le thème du Christ à la Colonne.

Section 2 : La Figure

Cette section montre la diversité de ces études qui peuvent s’intéresser à la totalité de la figure, à un groupe, ou à un détail. Elles peuvent aussi s’attacher plus particulièrement à une expression, une action, une attitude.

Un premier dispositif d’étude s’intéresse à  une œuvre emblématique du cabinet des Arts graphiques du musée : l’étude pour la Dispute du Saint Sacrement de Raphaël.  Le dessin double face du musée montre une étude du buste de l’homme penché en avant, appuyé à la balustrade de la partie droite de la célèbre œuvre de Raphaël.  Il est inutile de rappeler ici que cette fresque de  la Chambre de la Signature au Palais du Vatican fait partie d’un ensemble décoratif majeur de l’histoire de l’art.
Le dispositif montre comment la réflexion de Raphaël évolue dans la mise en place et dans le rôle joué par les figures placées en avant plan, mais aussi sa capacité de récupération (étude pour la déposition Baglioni),  l’influence de Léonard dans l’utilisation de ces figures (Adoration des mages), et celle de Filippino Lippi (Triomphe de Saint Thomas d’Aquin) ou de Luca Signorelli (fresque à Orvieto).

Un deuxième dispositif, moins évident, cherche à démontrer à partir d’une feuille de Danele da Voltera qu’un dessin préparatoire n’a pas une destination unique, lié à une commande unique, mais qu’il peut être lié à plusieurs dossiers préparatoires et à se retrouver chez plusieurs artistes.

On trouve dans cette section de très belles études de Paris Bordone, Bassano, Mattia Pretti, Lanfranco, Ludovico Carracci, Pier Francesco Mola  ainsi que la Tête de femme de Raphaël  qui pourrait être préparatoire à la Madone Noorthbrook du Worcester Art Museum.

L’exposition s’attarde aussi sur un dessin de Jacopo Chimenti da Empoli autour de la Décollation  de Sainte Barbe prêté par la Galerie des Offices de Florence et sur une sanguine de l’Albane autour de Diane au bain avec ses nymphes surprise par Actéon.

Section 3 : Le Tableau

Cette section regroupe un ensemble de « dessins arrêtés  » selon la formule de Félibien, c’est-à-dire une présentation avancée du travail de l’artiste. La composition est fixée, les figures sont en place, le dessin a le format de l’œuvre définitive.

La grande majorité de ces dessins préparent des tableaux d’autel, plus rarement des tableaux de dévotion. Une mise au carreau est visible sur quelques feuilles présentées.

Naturellement, une place particulière est accordée au fragment du carton pour la Madone Tempi  de Raphaël que conserve le musée.

Un dessin de Giovanni Baglione fait l’objet d’une présentation plus approfondie autour de La résurrection de Tabithe en rassemblant des œuvres issus des collections du Louvre et du musée des Beaux-Arts de Dijon.

Menzocchi, Camillo Procaccini, Ludovico Carracci, Fenzoni, Ricci, Francschini, il Baciccio, Piola ou Guiseppe Cades font partie des artistes présents dans cette section.

Section 4 : le Lieu, l’Objet

Les dessins proposés dans cette section ont été conçu en considérant la forme de l’emplacement définitif de l’œuvre finale. Parmi ces dessins, on remarque les figures allégoriques de Baglione, Perino del Vaga, Poccetti,Palma il Giovani, Zuccaro, Vasari ou du Parmesan ainsi qu’un dessin de présentation pour la Fontaine de Neptune à Messine de Fra Giovanni Angelo Da Montorsoli.

Un dispositif d’étude montre que l’étude pour la figure d’Éve du Parmesan appartient à un riche dossier préparatoire pour la Steccata de Parme. Il tente de démontrer aussi, à partir d’un dessin conservé à Florence, que cette figure présente des analogies avec celles que l’on peut observer dans des feuilles d’études sur le thème de Vénus et l’Amour.

Section 5 : L’Interprétation

Cette section met en évidence l’importance de la copie dans le travail du dessinateur : copies en atelier d’après les dessins ou les tableaux du maître, copies d’après l’antique (Marco da Faenza) ou d’après la gravure (Petrazi). La copie, nécessaire à la formation de l’artiste, permet aussi la constitution de répertoires de modèles dans lesquels le dessinateur viendra éventuellement puiser par la suite…

Cette exposition est remarquable à plus d’un titre. Il faut tout d’abord souligner qu’elle s’appuie avant tout sur la collection permanente du musée.  Les œuvres prêtées  ne sont là que pour mettre en valeur la richesse du fonds du cabinet d’arts graphiques et éclairer certaines œuvres… et non l’inverse, comme c’est parfois  le cas.

Dispositif d’étude Parmesan
Autour d’un dessin de transition et de survivance
© musée Fabre de Montpellier Agglomération

L’exposition, avec son catalogue,  est surtout  la restitution publique d’un important travail de recherche et de restauration que conduit le musée sur les œuvres de notre patrimoine commun. On est bien loin des expositions événements, dont les objectifs, avoués ou non, sont parfois moins « nobles ».

Enfin, l’objectif n’est pas seulement de présenter des œuvres remarquables à la délectation du curieux, mais il y a aussi la préoccupation de faire comprendre au public, le rôle essentiel du dessin dans le processus de création des artistes. Le parcours monte avec pertinence que cette création n’est pas toujours marquée par l’éclair du génie mais qu’elle est aussi le produit d’un travail de recherche parfois long, quelquefois sinueux et bien souvent cumulatif.
Les dispositifs d’étude présentés sont de ce point de vue très didactiques et ils constituent un accompagnement inédit pour le visiteur.

Il faut enfin souligner l’attention portée aux enfants et au public en situation de handicap, avec Droit dans les yeux, une galerie pédagogique proposant un accrochage bas de 19 dessins italiens.

Signalons aussi la projection d’un film inédit sur la restauration des œuvres présentées dans l’exposition.

Nicole Bigas, Vice-présidente de Montpellier Agglomération déléguée à la Culture, Michel Hilaire, directeur du musée Fabre, Eric Pagliano et Jérôme Farigoule, commissaires de l’exposition. Crédit photo Montpellier Agglomération

Commissariat est assuré par :
Michel Hilaire, Conservateur général du Patrimoine, directeur du musée Fabre
Jérôme Farigoule, Conservateur du Patrimoine, chargé du département des Arts graphiques et des Arts décoratifs
Éric Pagliano, Conservateur du Patrimoine – Pensionnaire à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis

Un prochain billet sera consacré au cabinet des Arts graphiques du musée Fabre, aux opérations de restauration réalisées, au travail de recherche effectué sur le fonds des dessins italiens, au catalogue de cette exposition et à l’accès aux œuvres numérisées sur le site Internet.

Pour en savoir plus :
Le site du musée Fabre
La base de données des œuvres du musée Fabre

Mirages d’Orient (2) : « Arbabesques »

La deuxième section de l’exposition Mirages d’Orient, grenades & figues de barbarie à la Collection Lambert commence par la présentation d’une série photos stéréoscopiques de Jean Nouvel qui précèdent une remarquable installation photographique de David Claerbout The Algiers’Sections of a Happy Moment.
Sur le toit d’une Casbah, en Algérie, une dizaine de jeunes hommes arrêtent leur match de football pour donner  à manger à une mouette. Pour réaliser cette saisissante vidéo de 37 minutes, le photographe belge a mis en œuvre un procédé photographique sophistiqué qui lui a permis de prendre plus de 50 000 photos de cette scène, sous différents angles, en quelques secondes …
David Claerbout trouble ainsi notre perception du temps. Il faut une attention soutenue pour comprendre qu’il s’agit d’un seul et même instant et que le montage présente un récit,  apparemment vrai, mais en réalité factice. Lentement,  une impitoyable réalité se révèle et  l’on comprend dans les regards les envies d’un ailleurs…
Il faut impérativement prendre le temps de s’asseoir et de se laisser embarquer dans cet étonnant moment « suspendu ».

David Claerbout Algier’s Sections of a Happy Moment, 2008
37′ single channel video installation, HD progressive stereo audio

Le parcours propose ensuite une collection disparate, souvent émouvante, parfois anecdotique de lettres, de croquis et de carnets de voyage d’Isabelle Eberhardt, de Théodore Monod, de Pascal Coste,d’Auguste Chabaud  ou encore du Corbusier

L’accrochage présenté dans la grande galerie montre quelques faiblesses. Le bleu des cimaises et la lumière naturelle que déversent les fenêtres en fin de matinée ne valorisent pas un ensemble hétérogène de toiles orientalistes du XIX°. La sélection proposée souffre peut-être du souvenir encore très présent de l’exposition l’Orientalisme en Europe que proposait la Vieille Charité à Marseille à l’été 2011.

Cependant, certaines toiles méritent l’attention. On retiendra en particulier la belle Esquisse pour Ruth et Booz, de Cabanel prêtée par le musée Fabre de Montpellier, le Portrait de l’acteur Lekain en Orosmane par Simon-Bernard Lenoir issu des  collections de la Comédie Française ou encore le Caïd marocain Tahamy de Jean-Joseph Benjamin Constant du musée de Narbonne. Ces tableaux sont accompagnés par un ensemble d’objets d’art prêté par le collectionneur André Réda Dadoun (éléments décoratifs, livres enluminés, objets de culte, bijoux et armes…)

Cette partie d’achève au deuxième étage sous les combles. Un lit turc de harem doré en fer forgé du début du XIXe siècle, déjà présent à Aix en 2011, fait face à l’Odalisque au coffret rouge prêté par le musée Matisse de Nice. Quatre seaux de hammam émaillés accompagnent l’ensemble et font lien avec le court-métrage tourné dans les bains de Budapest par l’artiste anglaise Tacita Dean, présent aussi à Aix, tout comme les photographies par Nan Goldin de son amant égyptien, Jabalowe.

On retrouve également le charmant petit tableau de A. Bonnichon, Peintre représentant dans son atelier son modèle en Orientale qui évoque l’attrait de l’orientalisme et sa représentation fantasmée à la fin du XIX°  siècle. Dans la veine du harem et des femmes aux bains, une toile assez faible de Georges Clairin côtoie une copie de l’académique Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort de Cabanel.

Sans rapport direct avec ces œuvres, si ce n’est l’idée du mirage, une très belle installation de Kader Attia occupe un des espaces sous combles. Elle évoque par des vides les toits en tôle ondulée d’une casbah et les tours d’une médina dans un paysage en semoule de couscous.

Kader Attia, Untitled , 2009
(Couscous)

 

Lire sur ce blog :
Mirages d’Orient (1) : «Tangerama »
Mirages d’Orient (3) : « De Sardanapale à la place Tahir »

En savoir plus :
Le site de la Collection Lambert

A propose de David Claerbout
Hauser & Wirth Gallery
Galerie Micheline Szwajcer
Punta della Dogana – Fondation François Pinault

A propos de Tacita Dean
Presentation House Gallery
Marian Goodman Gallery

A propos de Nan Goldin
Sprüth Magers Gallery

A propos de Kader Attia
artnews.org

Montpellier : Projet de livre 100 % communautaire sur le Street Art

Tristan Philippe veux répertorier les plus belles expressions de rue. (CHRISTINE PALASZ)

Midi Libre publie ce matin un article très intéressant à propos d’un projet de livre 100% communautaire sur le Street Art à Montpellier.

 »  Tristan recueille des photos de street art à Montpellier pour en faire un livre. Tristan Philippe est un garçon formidable ! Mais il a besoin d’aide pour son projet. À l’heure du web, de l’immatériel, ce jeune homme appliqué, impeccable comme le vernis de ses chaussures pointues, veut faire un livre. Un bouquin, en dur, en vrai … »

La suite sur le site de Midi Libre

Mirages d’Orient (1) : «Tangerama »

TangeramaL’exposition Mirages d’Orient, grenades & figues de barbarie à la Collection Lambert ouvre au premier étage de l’Hôtel de Caumont par une salle qui est consacrée à Tanger.

Une généreuse coupe de grenade y accueille le visiteur. Au-dessus, entre une vue de la baie de Tanger et un dessin à la plume de Matisse, l’œil est attiré par un étrange portait au pastel .
En bas, à gauche, figue l’étonnante mention « Will. S. Burroughs, Tanger 1954 ».
Signature ou dédicace ? Qui est représenté par ce croquis ? Qui l’a réalisé ?

Attiré par le nom Burroughs, l’acteur Gérard Desarthe achète ce pastel dans une brocante de Normandie, en 2010, pour quelques dizaines d’euros. Intrigué, il le montre à la critique Mona Thomas. Celle-ci décide de mener l’enquête qu’elle raconte dans un ouvrage, paru chez Stock en 2012, Tanger 54.
Il s’agirait d’un portrait de  l’artiste marocain Ahmed Yacoubi, amant de Bowles puis de Francis Bacon. Ce dernier serait donc l’auteur du pastel…
Le livre de Mona Thomas fait revivre le Tanger interlope des années 50 et de la Beat Generation... Évocation, qu’elle reprend dans un article du catalogue de l’exposition…

Une splendide bibliothèque du XIX°, d’origine syrienne,  maquettée de nacre,  présente une partie de la bibliothèque de Paul Bowles  proche de William Burroughs et d’Allen Ginsberg… dont Miquel Barceló a hérité.

1954, c’est aussi l’année de la mort de Matisse. Admirateurs du peintre, Cy Twombly et Robert Rauschenberg, voyagent ensemble en Afrique du Nord et en Europe. De leur passage à Tanger et à Tétouan en 1952, l’exposition présente de rares photographies.

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Lire sur ce blog :
Mirages d’Orient (2) : «Arabesque »
Mirages d’Orient (3) : «De Sardanapale à la place Tahir»

En savoir plus :
Le site de la Collection Lambert

A propos de Matisse :
Une fenêtre à Tanger , Unesco

A propos de Cy Twombly et Robert Rauschenberg :
Une biographie de Cy Twombly
Rauschenberg + Twombly
Pictures of Pictures of: Cy Twombly by Robert Rauschenberg
Exposistion Le temps retrouvé Cy Twombly photographe  à la Collection Lambert (dossier de presse).
Robert Rauschenberg as Photographer,
the New Yorker

A propos de Tanger 54 de Mona Thomas :
Le blog les diagonales du temps
Attention, Tanger ! Nouvel Observateur
Afrique frac, blog de Frédéric Asselineau 
France Culture Du jour au lendemain émission 3 avril 2012 :  Alain Veinstein reçoit Mona Thomas

A propos de Paul Bowes :
Tanger et Paul Bowes

Annie Favier, « La poétique des ruines » au musée Saint-Raymond de Toulouse. Dernières semaines

Le musée Saint-Raymond propose un dialogue entre vestiges archéologiques et art contemporain. L’exposition met en regard des œuvres d’Annie Favier avec des fragments sculptés sortis des réserves du musée.  Du 15 décembre 2012 au 3 mars 2013.

En savoir plus :
Le site du musée Saint-Raymond
Dossier de presse
Le site de l’artiste