« Jeux vidéo et art numérique Saison 2 », au musée Fabre, Montpellier

Les billets d’humeur sont assez rares parmi les chroniques publiées ici.  La présentation de « Jeux vidéo et art numérique, Saison 2 », au musée Fabre impose, à notre avis, quelques réserves…

L’année dernière, le musée Fabre avait choisi, à l’occasion de Montpellier In Game (MIG), de présenter, au sein de ses collections, dans le cabinet des arts graphiques, une sélection d’études préparatoires, concept art, character design et recherches artistiques. L’exposition, certes, modeste, permettait au public du musée de découvrir les étapes dans la conception d’un jeu vidéo . Elle soulignait aussi les liens entre pratiques traditionnelles (dessins, peintures) et celles mises en œuvre par les nouvelles technologies. Limité à une sélection de 21 œuvres de sept sociétés de la région Languedoc-Roussillon, l’exercice était assez réussi.

Jeux vidéo et art numérique Saison 2 - Musée Fabre, 2014_2
« Jeux vidéo et art numérique Saison 2 », au musée Fabre, Montpellier, 2014

Cette année, toujours à l’occasion de Montpellier In Game, le musée Fabre a souhaité prolonger et élargir l’expérience, avec une « Saison 2 ». Il a choisi de présenter une sélection d’Artworks, ces images numériques produites pendant la conception d’un jeu vidéo pour en définir l’identité visuelle et l’atmosphère.
En réponse à un appel national, 140 Artworks ont été envoyés par 65 sociétés ou studios indépendants. Trente-neuf ont été retenus par un jury composé de professionnels de la création numérique et du musée Fabre.

Nous ne nous attarderons pas sur ce choix, qui a la légitimité de son jury et qui est donc incontestable. Par contre, le dispositif imaginé pour la présentation de ces œuvres interroge …

Le commissariat a conçu un accrochage que le communiqué de presse qualifie d’innovant et qu’il décrit ainsi : « L’accrochage, très éclectique, se veut le reflet des tendances les plus actuelles dans le secteur du jeu vidéo. Il fait naviguer l’imaginaire dans des représentations très variées […] Accessible à tous gratuitement, cette présentation inédite permet de découvrir la vivacité de la création, ainsi que les différentes voies graphiques et imaginaires développées dans le domaine du jeu vidéo. Avec un accrochage de très grande taille (trois mètres de hauteur sur treize mètres de large), c’est un véritable mur d’images qui prend vie au musée ».

« Jeux vidéo et art numérique Saison 2 », au musée Fabre, Montpellier, 2014
« Jeux vidéo et art numérique Saison 2 », au musée Fabre, Montpellier, 2014

Si les intentions semblent louables et séduisantes, la réalisation s’avère malheureusement assez décevante…

Ces images ont été réalisées avec des logiciels, dans la conception de jeux vidéo qui sont utilisés sur des terminaux numériques (ordinateurs, consoles, tablettes et mobiles), équipés d’écrans rectangulaires… Il est assez surprenant de constater que les œuvres ont été recadrées, toutes réduites au même format carré… Elles ont été ensuite imprimées sur des toiles, montées sur châssis qui sont elle-même accrochées à touche-touche sur trois registres de 13 carrés…

Artwork entier. Dontnod Entertainment, Michel Kochet Paul Chadeisson, Canaux de Néo-Paris, Août 2011, pour le jeu Remember Me, Photoshop, dessin, PC et tablette graphique ©Dontnod Entertainment
Artwork entier. Dontnod Entertainment, Michel Kochet Paul Chadeisson, Canaux de Néo-Paris, Août 2011, pour le jeu Remember Me, Photoshop, dessin, PC et tablette graphique. ©Dontnod Entertainment ©Capcom

Ne peut-on pas considéré que le recadrage est une sorte de « manipulation » de l’œuvre originale ? Est-on certain que l’ambiance que transmettait l’original est bien conservée dans la sélection carrée qui a été choisie ? Comment ne pas s’interroger sur cette « transformation » des images, en particulier dans une institution muséale…  Sauf si les œuvres originales étaient toutes carrées, ce qui semble peu probable. Bien entendu, on ne peut imaginer que le recadrage n’a pas été réalisé par les auteurs ou fait sans consentement…

Jeux vidéo et art numérique Saison 2 - Remember Me Recadrage
Artwork recadré. Dontnod Entertainment, Michel Kochet Paul Chadeisson, Canaux de Néo-Paris, Août 2011, pour le jeu Remember Me, Photoshop, dessin, PC et tablette graphique. ©Dontnod Entertainment ©Capcom

Pourquoi  présenter des œuvres numériques imprimées sur des toiles montées sur châssis ? Elles ont été conçues pour être vues sur un écran, avec la lumière si particulière que diffuse ces périphériques !
Dans le discours inaugural, on a pu entendre qu’il s’agissait de créer ainsi un lien avec les tableaux présents dans les collections…  Pourquoi  ne pas avoir utilisé des écrans numériques pour présenter ces œuvres ? Ne sont-elles pas légitimes par elles-mêmes ? En quoi une impression sur toile assure un meilleur dialogue avec les collections ? Faut-il absolument construire un lien entre ces créations contemporaines et les tableaux exposés dans le musée ? Techniquement, est-on certain que ces impressions sur toile assurent un rendu des couleurs aussi proches que possibles des originaux ? S’il était impossible d’installer des écrans, et s’il fallait impérativement en passer par un autre support, est-on certain que la toile soit le support le plus pertinent pour une restitution imprimée de ces images numériques ? En tout cas, ce n’est pas ce que l’on constate dans les lieux qui exposent des photos numériques…

Jeux vidéo et art numérique Saison 2 - Remember Me_1
« Jeux vidéo et art numérique Saison 2 », au musée Fabre, Montpellier, 2014 – vue de détail avec artwork pour « Remember Me »

Le mur d’image de trois mètres de hauteur sur treize mètres de large est, certes, impressionnant et il meuble sans conteste le hall Buren… Mais ce grand patchwork est-il réellement la manière la plus pertinente de faire partager au public ce que sont ces Artworks ? Permet-il réellement de restituer l’atmosphère des jeux ? Ces images ne se « bruitent »-elles pas les unes les autres ? Certes, on voit que les juxtapositions d’images ont été faites par un œil exercé et avec un certain sens de la « composition »,  mais que voit-on au bout du compte ?

Bernard Travier, Vice-président de Montpellier Agglomération délégué à la culture, Chantal Marion, Vice-présidente déléguée au Développement économique ont prés
Bernard Travier, Vice-président de Montpellier Agglomération délégué à la culture, Chantal Marion, Vice-présidente déléguée au Développement économique ont présenté l’exposition Jeux vidéo et art numérique saison 2 au musée Fabre de Montpellier Agglomération, aux côtés de Marie Lozon de Cantelmi, conservatrice, responsable des collections 19e et contemporaines. Crédit Montpellier Agglomération.

Comment comprendre cette présentation ? Est-ce une exposition d’art ou une opération de communication ? La teneur des discours lors de la présentation de presse, la place prise par les questions économiques, l’enthousiasme autour du Label Frenchtech, attribué récemment à Montpellier, et des rapprochements saugrenus entre « culture » et « culture d’entreprise » n’ont fait que renforcer un certain sentiment de malaise…

On ne doute pas que pour de nombreux créatifs dans le monde du jeu vidéo, une présence dans un musée soit une forme de reconnaissance importante… Mais est-ce suffisant ?

Il est temps que les institutions culturelles et en particulier les musées réfléchissent à la place qui doit être faite aux jeux vidéo, comme création numérique…  Il probablement temps de faire entrer dans les collections, ces objets qui témoignent d’une de création artistique qui s’affirme depuis les dernières décennies du XX° siècle.  Le MoMA a montré la voie, depuis novembre 2012.
La présence dans la région de studio de création est certainement un atout pour commencer à construire cette collection. Elle offre en particulier la possibilité de documenter avec précision les œuvres. Cela suppose une réflexion approfondie et un travail de fond qui pourrait tout à fait être l’objet (entre autres) d’un département des arts numériques dans le futur musée d’art contemporain à Montpellier.  On souhaite qu’un tel sujet soit au sommaire du Projet Scientifique et Cultuel  (PSC) qui doit être en cours d’élaboration… À ce propos, un peu d’information publique (on ose espérer une démarche participative) ne serait pas tout à fait inutile…

On trouvera la liste des œuvres présentées sur le site du musée Fabre ici. Ce document est présent, comme fiche de salle, à droite du « mur d’image » dans le hall Buren.

L’accès est libre. Jusqu’au 4 janvier 2015.

En savoir plus :
Sur le site du musée Fabre
Sur le site de Montpellier-Agglomération

Nouvelles du Festival des Architectures Vives

Nouvelles du Festival des Architectures Vives

Le FAV (Festival des Architectures Vives) annonce que son ouvrage qui documente l’édition 2014 du FAV est disponible !

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La date limite (5 décembre) de dépôt des candidatures pour la 10° édition du FAV en 2015 approche… Appel à candidatures pour Montpellier ici et pour La Grande Motte là

Vous pouvez aussi aider l’Association Champ Libre qui organise le FAV en adhérant ou par un don au titre du Mécénat Culturel

En savoir plus :
Sur le site du FAV
Sur la page Facebook du FAV

16e Parcours d’Ateliers d’Artistes à Montpellier

16e Parcours d’Ateliers d’Artistes à Montpellier

L’association Les Briscarts, organise à Montpellier les 22 et 23 novembre 2014 le 16e Parcours d’Ateliers d’Artistes.

Les 37 artistes montpelliérains participant au 16e Parcours d’Ateliers d’Artistes, présentent une œuvre à l’Espace Saint-Ravy pour donner un aperçu de leurs travaux, et ouvrent leurs ateliers au public samedi 22 et dimanche 23 novembre 2014.

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Vernissage, le vendredi 21 novembre 2014 à 18h30.
Accueil et exposition à l’Espace Saint-Ravy de 11 à 20 heures.
Rencontre avec les artistes dans leurs ateliers de 11 à 19 heures.

Les artistes : Aichelmann Christophe •Bassède Francine, Beall Joan •  Blondet Nina •  Bouët François •  Cabanes Christian •  Cazilhac Gisèle •  Ciurana Denise •  Couchinho Marie •  Degans Claire •  Delpech Claire •  Dupuy Delphine •  Durand Éric •  Girard Elisabeth •  Guidée Virginie •  Hillaireau Jean-Luc •  Huet Sylvie •  Jacquin Monica •  Jean-Joseph Anne •  Le Gall Nathalie •  Lhommet  Véro •  Loupiac Nina •  Marinho Isa •  Marquet Nicolas •  Marsala Isabelle •  Million Jean •  MiMa •  Pfaadt Aurélie •  Pinar Mehmet •  Plumelle Marie-Agnès •  Rabia •  Rigaudin Jean-François •  Salhen William •  Segura Raphaël •  Seigneuret Léonard Sylvie •  Toquebiol Jean-Claude •  Turlure Jean-Luc.

En savoir plus :
Sur le site des Briscarts
Sur la page Facebook de l’Espace Saint Ravy
Télécharger le plan des ateliers ouverts sur le site des Briscarts

Jean Lecointre Greenwich à La fenêtre

Jusqu’au 24 janvier 2015, le centre d’art La Fenêtre à Montpellier présente Greenwich, une exposition de Jean Lecointre, en partenariat avec Arts Factory.

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Cette exposition a accompagné la publication d’une monographie aux éditions Cornélius.
Seconde Nature avait présenté le projet Greenwich dans le cadre des Rencontres du 9ème Art, à Aix-en-Provence, en 2011.

Certains se souviendront des Turkish Delights, série de courts-métrages d’animation diffusée sur Canal +, en 2004-2005.

Une chronique suivra éventuellement notre passage par La Fenêtre…
En attendant, pour ceux qui ne connaissent pas l’univers débridé, surréaliste et satirique de Jean Lecointre, on ne peut que conseiller d’aller à sa découverte…

Une séance de signature et une rencontre sont programmées par La Fenêtre, le 8 janvier 2015 avec Jean Lecointre et Laurent Zorzin, co-fondateur de La Superette « agent actif d’illustrateurs ».

En savoir plus :
Sur le site de La Fenêtre
Sur la page Facebook de La Fenêtre
Sur le site d’Arts Factory
Sur le site de Seconde Nature
Sur le site de Jean Lecointre
Sur la page Facebook de Jean Lecointre

Présentation de Jean Lecointre par Le Fenêtre et Arts Factory

Artiste atypique de la scène graphique contemporaine, Jean Lecointre est un véritable chirurgien du collage numérique. L’exposition Greenwich, programmée par La Fenêtre, en partenariat avec la galerie Arts Factory, revient sur près de vingt ans de créativité débridée et propose une fascinante immersion dans un univers parallèle, peuplé de personnages à l’ADN plus que douteux…

Ancien élève de Roman Cieslewicz, Jean Lecointre puise son inspiration en disséquant toutes sortes de vieux papiers – magazines de mode, journaux, romans photos – pour livrer des ambiances étranges, évoquant tout à la fois l’univers de David Lynch période Eraserhead ou les associations déstabilisantes de Luis Buñuel.

Dès 1995, il publie ses premières illustrations pour Libération – journal avec lequel il collabore encore aujourd’hui – avant de mettre en images la cultissime Balançoire de Plasma sur un scénario de Pierre La Police.

De nombreuses expérimentations graphiques se sont ensuite succédé avec notamment L’Hygiène et L’Epopée Plastique, des ouvrages au tirage très limité qui donneront lieu à deux expositions éponymes en 2000 et 2004.

En 2003, Jean Lecointre passe à l’animation avec Turkish Delights, une collection de péripéties pâtissières diffusée sur Canal + et co-réalisée avec Frank Secka et Fabien Caux-Lahalle.

En parallèle, il s’essaye avec succès à l’édition jeunesse en signant Les Dents du loup (2002), Les Animaux domestiques (2007) et A la mode (2010), trois ouvrages particulièrement remarqués, édités par Thierry Magnier.

En 2010 les éditions Cornélius publient Greenwich, une imposante monographie qui donne son titre à cette exposition.

En 2013, Jean Lecointre reçoit la Pépite du meilleur album au Salon du livre jeunesse de Montreuil pour L’odyssée d’Outis, une inénarrable relecture de la mythologie grecque.

Concoctées à l’aide d’un savant mélange de photographies vintage et d’une cuisine informatique très personnelle, enracinées dans la science-fiction et le glamour des Trente Glorieuses, les oeuvres présentées du 14 novembre 2015 au 25 janvier 2015 livrent une satire loufoque et inspirée de notre quotidien.

Triste nouvelle… Lucien Clergue est mort…

Triste nouvelle… Lucien Clergue est mort…

Le photographe arlésien Lucien Clergue s’est éteint à l’âge de 80 ans.  La nouvelle a été annoncée ce matin samedi 15 novembre.

Lucien Clergue, Kunsthaus Vienna, 2007. Kay von Aspern. CC-By-SA (Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0)

Amis de Picasso et de Cocteau, imprésario de Manitas de Plata, il est l’auteur de nombreux ouvrages qui ont marqués la photographie contemporaine (Corps Mémorable , Tauromachies, Picasso mon ami, Née de la Vague…)

Après son exposition au MoMa en 1961, il crée, en 1965 le premier département dédié à la photographie dans un musée de Beaux-Arts, avec  son ami Jean-Maurice Rouquette, conservateur du musée Réattu.
En 1968, il fonde avec Michel Tournier le festival international de photographie des Rencontres d’Arles. Il y invite les photographes les plus célèbres.
Son amitié avec Picasso, conduit en partie à l’exceptionnelle donation de l’artiste espagnol au musée Réattu,en 1971.
Sa thèse présentée, en 1979, sous le titre Langage des sables ne comporte que des images, elle est préfacée par Roland Barthes.
Il contribue aussi à la création de l’École nationale de la photographie à Arles, en 1982.
Il est régulièrement invité dans les plus grandes universités étrangères et donne de nombreuses conférences à l’étranger.
Lucien Clergue est élu à l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut  de France, en mai 2006.

Le musée Réattu rend hommage au photographe depuis juillet et jusqu’au 4 janvier 2015 dans l’exposition  Les Clergue d’Arles. Photographies de Lucien Clergue dans les collections du musée Réattu.  Depuis octobre, cette exposition est complétée par De Clergue à Picasso, une présentation exceptionnelle des Picasso de la collection Clergue.

Brève biographie sur le site de la galerie Anne Clergue.

Chroniques & billets d'humeur… sur les expositions d'art dans les musées et galleries à Montpellier, Nîmes, Arles, Avignon, Aix et Marseille

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